L'IMMACULÉE CONCEPTION
pour suffire au nouvel état, au nouvel agrandissement d'une famille, d'une société, on arrive à des temps où une sage économie dicte de reconstruire de fond en comble la maison, l'édifice, plutôt que de les réparer à grands frais , d'en changer les dispositions essentielles.
Un autre intérêt du nouvel acte est d'ajouter une preuve, une confirmation aux rapports perpétuels des deux points religion et politique.
Récemment à Paris, sous l'influence du plus grand nom que les temps nouveaux aient encore répété, la question politique s'est manifestée par un coup d'État couronné de succès, dont les effets retentissent dans l'Europe entière. En la personne de Rome et du pape, la question religieuse a voulu marcher d'après les mômes errements. Elle a jugé que l'occasion était favorable, et à soixante ans à peine de la révolution française , elle a fait signe de puissance, et réalisé à son tour son coup d'État.
On assure qu'à cette nouvelle, qu'au bruit de la gloire désormais acquise au dogme de l'immaculée conception, dés villes entières de France, d'Italie, d'Espagne ont exprimé leur bonheur par des illuminations spontanées. Tous les enthousiasmes ont quelque côté qui les rend respectables. Mais de nos jours, pourquoi parler si haut de ces témoignages, quand on sait par expérience à quel point les véritables lumières, les véritables sentiments se distinguent des clartés factices dont le caractère moral aussi bien que le caractère physique est de vaciller et de s'éteindre au moindre vent ?
Il est à remarquer que dans les régions méridionales
de l'Europe, le culte populaire de la Madone a une prééminence marquée; qu'il laisse bien loin derrière lui le culte rendu à Dieu le père et à Dieu le fils. Les sentiments que provoquent partout le nom de mère, le nom de femme, le nom de Vierge, l'indulgence, le charme qui s'y rattachent en donnent assez l'explication. L'antiquité offre quelque chose de semblable : si le temple de Delphes, si l'autel d'Apollon jouissait d'une popularité immense, les temples de la Vénus de Milet et de la Diane d'Éphèse ne lui cédaient en rien. En dernière analyse, un dogme nouveau a été produit à la face du xix* siècle. Le succès qu'il a obtenu entraîne un enseignement de double nature et se présente comme une arme à deux tranchants. Si l'on a montré au génie de l'ère nouvelle comment les dogmes se forment , on lui a appris du même coup comment les dogmes se défont.