‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 22 sur 107 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

Retour aux événements compris de Tan 181 5 à Tan 1840, et à l'application des deux règles solidaires précédemment exposées.

Nous nous retrouvons au milieu de l'an 1815, là où ma première partie nous a laissés, en présence du traité religieux et politique de la Sainte-Alliance. Nous sommes autorisés à reprendre l'usage des deux règles solidaires, des deux instruments d'appréciation dont l'application a été déjà étendue aux événements compris de l'an 1789 à l'an 1815. L'exposé que cette seconde partie vous a soumis relativement aux origines, aux influences et à la fausse situation de toutes les branches actuelles de la religion des Écritures, a eu pour effet d'assurer plus de justesse et plus de portée à ces deux règles, à ces deux instruments. Nous avons reconnu que la question religieuse, déjà si complexe, pèse d'autant plus sur les difficultés de notre temps, que les esprits observateurs s'en détournent volontiers et qu'on s'en tient, en général, à un certain nombre d'axiomes de convention, à des opinions, des raisonnements reçus et transmis comme une monnaie courante.

D'après l'une de ces règles, vous vous souvenez que toute révolution politique générale, sociale, implique une transformation religieuse correspondante. D'après

RETOUR A 1815. \t1

Tautre, nulle transformation religieuse n'est possible, n'est viable, qu'autant qu'elle éclate comme le produit naturel, légitime et prévu d'une sève originelle; que si elle emporte dans le temps, aussi bien que dans l'espace, sa raison d'être, sa généalogie marquée, le principe ou le germe réservé à son épanouissement à venir. Au fond celle-ci et celle-là ne sont qu'une traduction des paroles données pour épigraphe à mes lettres. Entre les deux points, la religion et le gouvernement politique, dès qu'il y a un ordre et une suite à découvrir, à comprendre, chacune des deux règles est comme un hommage rendu à cet esprit de suite.

Ainsi dans ses grandes révolutions, l'effet de la question politique est de déteripiner le renouvellement de la Jérusalem visible, et de s'accorder avec l'expression figurée d'après laquelle la poésie sacrée signale l'apparition d'une nouvelle terre. Dans ses grandes transformations la question religieuse étend ce renouvellement à la manière de concevoir la Jérusalem invisible, et selon l'expression figurée, coïncide avec l'apparition de nouveaux deux.

Mais tout en conservant la distinction des deux points religion et politique, spirituel et temporel, le principe et le fait, vous vous souvenez aussi que j'y ai introduit une modification dont l'utilité se fera de nouveau sentir quand nous arriverons à la destinée des monarques dont le nom est associé à la Restauration et à la révolution de Juillet, Louis XVIII, GharlesX, Louis-Philippe.

Dans l'établissement d'un monde nouveau ou d'un état nouveau du monde, et dans les épreuves par où

l'on doit passer avant d'en obtenir l'équilibre, il y a trois points à considérer, vous ai-je dit, trois conditions dans lesquelles l'iniatitive appartient tantôt aux uns, tantôt aux autres. C'est le nouveau fait ou la révolution politique ; c'est le nouvel homme ou la rénovation dans les opinions, les usages, les mœurs; c'est le nouveau principe ou la transformation religieuse, qui a pour but de vivifier ce même principe, de le consacrer, de l'élever à la dignité de dogme.

A la faveur des deux règles et de cette modification, j'aurai donc à poursuivre l'appréciation des affaires de notre temps, la raison des courants contraires où nous sommes poussés chaque jour et qui, dans leur effort alternatif, ne manquent pas de préparer chacun le retour le plus prochain de l'autre;

En la présente année 1851, nous sommes plus que jamais suspendus entre ces courants. Dans la question religieuse comme dans la question politique, l'esprit de pure réaction et l'esprit de pure révolution y président. L'esprit de transaction ou d'accommodement, qui vient en troisième, produira sans contredit de nouveaux et utiles palliatifs ; il dressera des digues temporaires; il procurera des trêves, des repos, mais sans empêcher, par malheur, qu'on ne reste exposé au flux et au reflux, dès que ces palliatifs auront perdu leur efficacité, dès que ces digues factices auront été débordées.

Le courant de la pure réaction, qui, au milieu de l'an 1815 où cette lettre nous reporte, avait déjà repris l'avantage, ne cessait de se distinguer par des caractères presque inutiles à rappeler. 11 cédait à l'idée de

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