‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 26 sur 107 · LETTRE LXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXI

La Restauration et ses deux rois, Louis XVIIf, Charles X; nouvelle phase de la lutte engagée entre le présent et le passée entre le nouveau fait et Tancien principe.

Juin 1851.

A la fin de l'Empire, les malheurs de la guerre n'avaient pas permis de s'arrêter aux derniers effets de la lutte qui, depuis l'an 1804, s'était graduellement développée entre Paris et Rome? entre Napoléon ou le représentant du temporel d'ordre nouveau et Pie VU, le représentant assigné au spirituel de régime ancien. Cependant les effets de cette lutte dont l'année 1813 a marqué l'apogée n'avaient pas pris une faible part aux revers et à la chute du chef couronné de la Révolution. La réaction religieuse de 1815 en était particulièrement sortie. Sans changer beaucoup le fond des choses, sans en.détourner le mouvement, cette réaction allait imposer* de nouveaux aspects, de nouvelles péripéties au conflit politique et religieux du présent avec le passé. En ce sens, le cours de la Restauration a offert deux époques qui se distinguent fortement et se résument dans le caractère de ses deux rois, Louis XVIII et Charles X.

Quoique notre xix' siècle ait accordé un grand

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retentissement au système d'indifférence en njatière religieuse, presque toujours ses débats politiques se sont inspirés, autant qu'à nulle autre époque, des allusions et des termes fournis par la langue, par les affaires ou les projets des représentants de la religion. Nous avons vu ce qui" s'était produit en ce genre dans la première Révolution, sous le Consulat et sous l'Enïpire. Pendant la Restauration la même tendance devient encore plus sensible. Toutes les conversations engagées sur la chose publique, toutes les voix de la tribune parlementaire et 'de la presse quotidienne ne tarissent pas en détails offensifs ou défensifs concernant l'ultramontanisme , le gouvernement occulte, le parti prêtre, les congrégations religieuses, les jér suites de toutes robes et de tout rang. Certes, ce n'était là ni un résultat du hasard, ni le témoignage d'une conspiration provoquée par la volonté de quelques partis, de quelques hommes. C'était au contraire la conséquence naturelle de la situation qui, à daterde 1815, semblait réservée au\ trois formes précédemment définies, aux trois points dont l'accord, quoique tardif, n'est pas moins indispensable pour amener à l'équilibre tout nouvel âge du monde ; le nouveau fait, le nouvel homme, le nouveau principe.

En 1815, Paris, la révolution politique, le nouveau fait, allait se trouver dans une sorte d'isolement, seul contre deux. Il n'avait plus pour lui le nouvel homme couronné, le chef qui avait dû sa principale force à cette raison qu'il était l'expression la plus éclatante et peut-être la plus exagérée du droit laissé à chacun de parvenir aussi haut que son mérite, les cir-

constances et la loi générale des choses le permettent. L'île de Sainte-Hélène renfermait déjà son illustre captif. Par la Restauration, la couronne, le sceptre et l'épée avaient été rendus à l'homme du passé, au vieil homme, au représentant reconnu des anciennes opinions, des anciens usages, des anciennes mœurs. De plus et par la nature des choses, ce représentant du passé appuyait inévitablement sa raison d'être, sa légitimité, sur l'ancien principe, l'ancien spirituel, l'ancien dogme.

Par conséquent, en 1815 le nouveau fait se trouvait seul à se débattre contre le vieil homme et contre l'ancien principe ou, comme on s'exprimait à l'époque dont il s'agit, contre l'effort combiné de l'autel et du trône. Quoique seul, ce nouveau fait se sentait de force à lutter; mais une circonstance du plus haut intérêt avait bientôt modifié la situation et imprimé à la première partie de la Restauration son principal caractère. Deux natures se réunissaient en la personne de Louis XVIII, deux moitiés toutes distinctes de luimême, qui le séparaient profondément de Charles X, son frère.

En vertu de l'une de ces deux natures, de ces deux moitiés, celle qui était officielle, LouisX VIII, représentait le droit divin de l'ancien régime. Il entrait en son règne comme dans la succession non interrompue de la monarchie dont le principe et l'existence avaient été si terriblement frappés d'abord en la personne de Louis XVI, ensuite par un complément fatal en la personne du duc d'Enghien. L'autre nature de ce prince, la seconde moitié de son être, formait à l'égard de sa nature officielle un contraste qui lui donna les moyens

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