‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 27 sur 107 · LOUIS XVIII ET CHARLES X · texte numérisé non relu

LOUIS XVIII ET CHARLES X

d^exercer un véritable ascendant sur la révolution elle-même et de terminer sa vie dans son lit royal.

Par sa propre individualité, Louis XVUI se rattachait au nouveau fait, au nouvel homme. Suivant l'opinion populaire, le comte de Provence s'était montré hostile à la cour pendant les préludes et les premiers élans de la Révolution française; il avait bu à la coupe des aspirations de 1789 et avait participé au banquet des philosophes. On aimait à raconter que, dans ses habitudes privées, les poésies d'Horace étaient beaucoup plus feuilletées par ce prince que les livres d'heures.

Sous cetteinfluence, le nouveau fait ne se trouva plus isolé, plus seul contre deux. Un certain équilibre fut rétabli qui, par d'autres voies et en sens inverse, se reproduira sous le règne de Louis-Philippe.

Joint à la nature libérale de Louis XVIII, à la moitié de sa personne qui correspondait au nouvel homme, ce nouveau fait, la révolution, se vit en mesure de pondérer, de tenir en échec les deux forces réunies dont il redoutait au dernier point la prédominance : ici, la réaction politique, qui avait en sa faveur la nature officielle du prince, l'émanation de l'ancien droit divin; là, le travail de réaction religieuse, qui regardait ce droit divin en lui-même, l'ancien principe et surtout cette trinité seigneuriale du moyen âge dont une de mes lettres précédentes vous a indiqué la constitution et le lien.

Sans contredit, il y a un honneur invariablement attaché à la Restauration et au mouvement des idées qui éclata pendant cette période de notre siècle. Si la volonté d'être juste, si le désir d'iine sage liberté,

si la noblesse des cœurs avaient suffi pour trancher le nœud des difficultés, la Restauration aurait été en état de former un faisceau respectable. Elle aurait rencontré à cette fin un assez grand nombre de notabilités chez les hommes d'esprit ancien et chez les hommes d'esprit nouveau, dans les défenseurs de la théorie du. droit divin et dans les défenseurs de la théorie du droit populaire, parmi les propagateurs de la guerre et parmi les propagateurs de la'paix. Mais vous le savez, il est des temps où, de par la Providence, les choses marchent si vite qu'à peine on a le loisir de se reconnaître spi-même, et, à plus forte raison, de juger au sujet des autres ce qu'ils veulent et ce qu'ils sont.

Aussi, à la mort de Louis XVIII et après l'épuisement de ses efforts pondérateurs, une époque brûlante s'ouvrit pour la monarchie restaurée. Les causes religieuses y augmentèrent rapidement d'activité et dominèrent jusqu'à un certain point les débats politiques. Charles X ne se divise plus en deux personnes comme son frère, il marche de bloc. C'était le représentant moins intelligent sans doute, moins habile, mais, il faut le dire, le représentant plus noble, plus franc, de l'ancien fait ou de la réaction politique, de l'ancien principe ou de la réaction religieuse.

Vous avez encore ce temps présent à votre pensée. Les amis eux-mêmes de la révolution, qui désiraient en abriter les intérêts et l'avenir sous la forme vivante et parlante d'un instrument constitutionnel, se rapprochèrent de Charles X. Ils essayèrent de gagner son cœur et de lui faire prendre une position favorable aux institutions nouvelles. Mais les préventions réci-

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proques et les animosités étaient déjà trop enracinées, les complications trop grandes, la pente trop rapide, les accommodements et les palliatifs proposés trop incertains, trop fragiles. Le caractère de Charles X ne pouvait longtemps s'y prêter; le vieil homme ne tarda pas à réapparaître en lui dans toute sa force. En même temps, les représentants religieux de l'ancien principe agirent sur sa conscience, dominèrent son esprit, lui dictèrent ses devoirs.

Dès ce jour, l'équilibre factice obtenu sous le règne précédent fut à peu près détruit. Le fait nouveau, la révolution, Paris, se vit à la veille d'être encore seul contre deux, devant le vieil homme ou la réaction politique et devant l'ancien principe, la réaction religieuse. Il s'en effraya, son agitation accueillit tous les bruits, s'en prit aux moindres circonstances. Les approches du danger ne se manifestèrent plus à ses regards que sous la forme et sous la robe attribuées aux agents et représentants du pouvoir rehgieux. Les sociétés occultes d'ordre opposé se préparèrent à quelque coup décisif. Le foyer intime des impulsions nouvelles recommença à bouillonner, et je n'ai pas besoin d'en retracer les conséquences.

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