LETTRE LXII
Des sociétés secrètes sous la Restauration, les unes politiques relevant de la révolution, de Paris, les autres religieuses relevant de la réaction, de Rome.
Le rôle des sociétés secrètes et des gouvernements occultes, commencé ou développé parmi nous sous la Restauration, a acquis depuis lors un accroissement considérable. Aujourd'hui, au milieu de Fan 1851, le mouvement qui se fait et les anxiétés si vives qui éclatent de toutes parts en offrent assez la preuve.
C'est une loi commune dont nous avons été déjà frappés. Ceux qui proclament les principes, qui en font valoir avec le plus d'ardeur l'autorité, sont presque toujours les premiers à en enseigner la violation. La révolution, la France, le xix* siècle ont à peu près banni tout ce qui tient du mystère. L'esprit de la nouvelle cité, de la nouvelle humanité, a adopté comme première condition de lui-même la publicité, le grand jour. Pourtant, quels qu'en soient la nature, l'intérêt, le but, les sociétés secrètes, les gouvernements occultes forment une infraction flagrante à la majesté de ce principe. Leur existence devient comme un témoignage, comme un fâcheux argument qui milite contre la puissance qu'on était convenu d'attribuer au droit universel de la pensée, de la parole, de l'écriture.