SOCIÉTÉS SECRÈTES
grégations enveloppées de mystère, qui se servent d'un idiome de convention, volontairement obscur, hiéroglyphique, et qui adoptent tous les moyens de se tenir en garde contre l'espionnage, la trahison : on s*y transmet des mots d'ordre, on se confie à des agents de communication réciproque et à un signe général de ralliement autour d'une même étoile. Enfin, d'après les documents romains et les annales primitives de l'Église, lorsque la propagande chrétienne travaillait si puissamment à précipiter la chute des croyances et des dieux fondements, de l'anciep empire et de l'ancien monde, est-ce qu'elle y réussissait avec les seules paroles prononcées au-dessus du sol, en pleine lumière ? Nullement. Son efficacité dérivait aussi de l'ardeur, de l'enthousiasme qui étaient excités au sein des catacombes, dans des souterrains protecteurs, là où l'on était le plus à portée de réaliser la recommandation faite par le précurseur de Jésus-Christ : « Mettez la cognée aux racines des arbres ; » autrement dit, « attaquez l'édifice par la base. »
Dès que les sociétés secrètes et les gouvernements occultes sont un signe approprié aux grandes époques de transition, il devenait difficile que leur trace ne restât pas fortement empreinte sur notre époque. Pendant le cours de la Restauration, comme jadis, ce fut la religion qui provoqua indirectement à entrer dans cette voie. 11 en résulta l'extrême singularité qui répond à la nature de mes deux règles, et dont chacun peut aujourd'hui si bien se rendre compte.
Indépendamment de leur vie extérieure ou publique, tandis que les sociétés et congrégations issues de la
us ROME ET LA HÉACÏION.
religion déployaient une activité secrète qui en faisait des instruments politiques, les sociétés secrètes issues de la politique cédaient à la même impulsion, mais en sens contraire. Elles aspiraient à se créer un nouveau dogme, un nouveau symbole; elles se proposaient de sortir de leurs retraites mystérieuses, de leurs nouvelles catacombes, avec les titres et qualités de nouvelle religion.
A peine si j'ai à vous rappeler que, en France, les sociétés politiques secrètes ne remontent guère au delà de Tan 1818. Elles furent une importation étrangère. Dans ma première partie, il a été dit que les victoires et conquêtes de nos armées au delà du Rhin et des Alpes avaient entraîné des abus, des causes d'oppression, qui finirent par réveiller chez les populations de ces contrées la haine de l'étranger, l'amour de l'indépendance. Pour les entretenir dans ces sentiments, presque toutes les universités d'Allemagne étaient devenues le foyer * de sociétés secrètes qui se préparaient au combat au nom de la patrie et de la liberté. Après avoir flatté et favorisé ce mouvement, la coahtion des monarques, restée victorieuse de la France, sembla oublier les promesses qu'elle avait faites.
Déçues dans leurs espérances, les sociétés occultes de l'Allemagne, dont on voulait désormais interrompre le cours, cédèrent à une nouvelle tendance. Elles se renfermèrent beaucoup moins dans les intérêts locaux ; elles se nourrirent de théories qui embrassaient l'humanité, la race entière d'Adam; elles se répandirent en aspirations universelles.
« Charbonnier veut être maître chez lui, » dit le