SOCIÉTÉS SECRÈTES
proverbe. En Italie, les sociétés secrètes, dont le nom de Charbonnerie et l'organisation furent d'abord adoptés par leurs émiiles de France, remontaient aux premières années de notre siècle. Elles avaient eu aussi pour but de secouer le joug de l'étranger et surtout la domination des Germains. On s'y proposait de donner une nouvelle forme, un nouvel intérêt à la condition religieuse, de même qu'à la condition politique des peuples. Cependant, il est infiniment probable que ces importations étrangères auraient obtenu beaucoup moins d'effet parmi nous, si la crainte des efforts dirigés contre la révolution n'avait pas trouvé d'aliments sérieux; si l'idée n'avait pas été fortifiée chez les défenseurs les plus ardents de cette révolution, d'opposer un contretravail au travail occulte et permanent de la réaction, une contre-mine à une mine activement développée. Depuis les temps de la Ligue, les sociétés religieuses, les congrégations catholiques romaines avaient à leur usage un code complet d'influences politiques, de gouvernement occulte. Pour y faire contre-poids, et bien avant la création des sociétés secrètes politiques qui semblent aujourd'hui disposées à devenir religieuses, un autre ordre de sociétés religieuses s'était formé, agissant également à double fin. Au dehors elles ^n'exprimaient qu'un intérêt de pure morale, de pure religion, en secret elles répondaient à des vues politiques; je veux parler des sociétés bibliques ou protestantes, dont les racines et le centre existent sur le sol anglais, et dont la rivalité avec les missionnaires catholiques a eu et rencontre encore tant d'occasions de se produire.
Ce fut donc au milieu de ces complications, entre lesquelles le public officiel en général était loin de discerner les plus profondes, que surgit le .vaste desseih qui est devenu pour la France, pour l'Europe, pour la révolution elle-même, une source de craintes, de dangers et peut-être le sujet prochain de quelque grande conflagration. Les adeptes secrets de cette ré-volution furent désormais inscrits, comme membres ^'un corps organisé, comme des soldats appelés à former une armée de nouvelle espèce : une armée toute différente de celle qui portait le casque, le glaive, et qui relevait exclusivement du trône ; toute différente aussi de celle qui portait la robe longue, la robe courte et qui relevait de l'autel.