LE KOI ET LA HEINE
Mais j'y reviendrai jusqu'à satiété : dans les grandes époques de transition-, les voies les meilleores, les plus saintes, en apparence, ne répondent pas toujours à l'espoir qu'on avait conçu. La religion positive n'est pas seulement une puissance de sentiment, une élévation d'esprit et de cœur, elle exerce une action manifeste sur le mouvement des empires. A part les vérités qui lui sont échues et sa profonde connaissance du cœur humain, tout le monde est témoin que l'Église romaine tire sa principale force de son organisation. Tout en marchant au même but, les différents corps et membres de ses armées sont loin d'agir d'une façon identique ; de sorte que la prudence des uns arrive toujours à propos pour corriger ou ralentir ce qui a été compromis ou trop précipité par l'ardeur et même la violence des autres.
Vous en avez le souvenir. Après 1880, les représentants du principe ancien et consacré,* les représentants de la religion considérée dans sa forme catholique et romaine, avaient été plus surpris, plus abattus qu'à nulle autre époque. La raison en était que cette révolution signalait l'avènement des classes dites moyennes, qui passaient presque universellement pour être beaucoup moins accessibles aux influences publiques de Rome et à ses influences secrètes, que les classes dites aristocratiques, qui se reliaient à l'ordre de légitimité dont le droit divin romain est le garant, et beaucoup moins accessibles aussi que les classes dites populaires.
En 1880 l'ancien principe se trouva donc seul contre dèux^ tout comme le nouveau fait en 1815. En la personne de Charles X, le vieil homme, le représen-
tant de l'ancienne légitimité ou de la loi faite à l'ère vulgaire et moyenne, avait été précipité encore une fois du trône. En la personne de Louis-Philippe, le nouvel homme s'y était assis, et le nouveau fait ou la révolution avait naturellement acquis un surcroît de force.
Mais sous l'action distincte des deux natures réunies chez ce dernier princei il suffit pour le moment d'indiquer ce qui arriva. Les conséquences finales ne se déclareront que dans ma dernière partie.
Tandis que le roi de la monarchie de Juillet inspirait les répulsions les moins déguisées à la réaction religieuse, de même qu'à la réaction politique ; tandis que, selon les expressions généralement employées aux jours de la Restauration, le pouvoir signalé comme ultramontain, le parti prêtre et son gouvernement occulte, portaient chaque jour des atteintes sensibles au nouveau monarque, on se montrait tout différent à l'égard de l'autre moitié de lui-même. Comme sous l'effet d'un mot d'ordre, on faisait preuve des plus grands ménagements envers la reine; on lui prodiguait toutes sortes d'encouragements, de caresses apparentes et même de flatteries.
Ainsi, à l'exemple de ce qui avait eu lieu sous Louis XVIII, quoique dans des conditions renversées, l'ancien principe consacré, les organes de l'ancien dogme, ressortirent par cette voie de leur isolement extérieur. Ostensiblement appuyés sur la moitié catholique et romaine de la personne royale, sur celle qui représentait le zèle religieux de l'ordre ancien, ils reprirent bientôt leur équilibre. Ils se trouvèrent à leur
tour en mesure de faire face, soit au fait nouveau ou à la révolution, soit au représentant ofSciel du nouvel homme ou à l'autre moitié de la personne royale, à sa nature politique et philosophique.