‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 42 sur 107 · PARIS ET DAMAS · texte numérisé non relu

PARIS ET DAMAS

mouvement était donc plein de complications et d'orages. En Europe comme en Asie, chez les puissances européennes prépondérantes comme chez les partis prépondérants qui se heurtaient dans leur sein, des coalitions nouvelles éclataient ou se tramaient. La politique et le commerce s'y servaient de la religion, et la religion à son tour se servait de la politique.

C'est alors que l'affaire particulière de Damas devint un grand et mémorable épisode en rapport avec la situation. D'après des errements de vieille date, on essaya d'en faire un moyen pour ranimer les passions religieuses et activer ce nouveau projet d'alliance entre les nations dites catholiques dont ma lettre précédente vous a parlé.

Rien ne trouble et ne démoralise autant les populations que de sacrifier de grands principes, des principes acquis avec des efforts douloureux et sanglants, à des intérêts du jour, à une utilité éphémère.

La ville asiatique de Damas, située à mille lieues environ de Paris, est une des plus antiques du monde. Selon la Genèse, elle avait donné naissance à Éliézer, serviteur d'Abraham, son ami le plus fidèle. Pendant le cours de l'ère chrétienne, Damas acquit une, nouvelle célébrité. Elle devint un des centres de la domination accordée à la troisième branche issue du tronc sacré, à l'islamisme.

Or, aux premiers jours de l'an 1840, un moine, un révérend père capucin de Damas, ne reparut plus à son couvent. Il était d'origine française. Dans des pays aussi éloignés de notre civilisation, chacun est exposé beaucoup* plus encore que parmi nous à disparaître de

cent manières différentes. On assura que le père avait été vu entrant dans le quartier des Juifs et que rien n'indiquait qu'il en était sorti. L'autorité représentant la France à Damas s'en émut et avec toute raison. Mais pour répondre à ses vœux, sans autre préliminaire et sans avoir constaté le corps même du délit, la mort réelle du moine, d'affreuses tortures furent employées contre un grand nombre de Juifs.

Dans ces circonstances, la première de toutes les questions à soulever au sein de Paris, la plus libérale, celle qui tenait de plus près à la nature et à la reli gion de notre drapeau devait être ainsi posée : Il y a des droits qui suivent partout le Français abrité sous le signe de la révolution française; par la même raison il y a des principes inséparables du nom de la nouvelle France. Or ce nom de France, ce nom de peuple français reste à jamais incompatible avec des tortures provoquées directement ou indirectement, et sous quelque prétexte que ce soit. Aussi la première singularité de l'affaire de Damas fut-elle que tous les agents des autres nations de l'Europe, accrédités dans cette cité, protestèrent contre une manière si peu généreuse de chercher la vérité, contre la provocation officielle aux tortures, ou plutôt contre le consentement officieux exprimé au nom de la France.

Cependant ce terrible moyen ne produisit rien de positif, aucune trace. Tout se réduisit à des présomptions. L'affaire n'arriva pas moins à son deuxième degré. On déploya une véritable ferveur à publier de tous côtés que le révérend père était tombé victime du fanatisme déicide; qu'on l'avait tué, saigné, dépecé

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