PARIS ET DAMAS
dans le but de mêler son sang avec le pain azyme que les Juifs ont coutume de manger dans leur solennité pascale.
En Orient, et parmi les Juifs comme parmi toutes les autres populations, qu'il se rencontrât un esprit de fanatisme capable de grands excès, cela ne fait l'objet d*aucun doute. Selon son droit et selon ses forces, il en résulte que toujours et partout chacun est tenu d'attaquer ce fanatisme sous toutes ses formes. En dehors de la personne des Juifs torturés à mille Heues de notre pays, et en dehors de la personne respectable du capucin disparu, ce qui importait le plus dans l'affaire mémorable que je rappelle, c'était donc l'honneur de notre siècle, qui s'exposait à s'entendre dire avec justice que lui non plus n'avait rien oublié, ni rien appris. Voilà pourquoi le dernier degré et le pire de ce triste épisode attesta, pour sa part, que le temps n'était pas éloigné où la nécessité se ferait sentir d'une transformation religieuse générale et franche.
Dans le xviir siècle, sous le règne de Voltaire, pendant les jours qu'il est devenu de bon goût en ce moment de dénoncer comme voués aux plus désolantes pensées et à la seule impiété, pendant ces jours-là, Paris tout entier, au cri de Damas, aurait oublié les individus : il se serait levé en esprit, comme un seul homme, et n'aurait songé qu'à flétrir l'abus, l'indignité des tortures.
Au milieu du xix' siècle, en l'an 1840, quelle différence, quel progrès ! Pendant des mois entiers, au sein de ce même Paris et dans une partie considérable de l'Europe, on discuta, on plaida, on invoqua des textes, on s'excita hautement à la croisade, et tout cela au sujet de l'affaire de Damas ; tout cela pour savoir si la sou-
che de toutes les branches actuelles de la religion des Écritures, si la religion juive, ou tout au moins la branche judaïque, le judaïsme proprement dit, s'arrogeait en secret le droit de continuer les sacrifices druidiques, Jes sacrifices humains. On ne craignit pas de donner comme une représentation nouvelle, heureusement mitigée et courte, des scènes populaires dans lesquelles le paganisme avait travesti d'une façon si étrange, si monstrueuse, la cérémonie eucharistique, les banquets mystérieux, où un corps et un sang étaient censés distribués à l'assemblée chrétienne, sous une apparence de pain et de vin, et mangés par les fidèles.
Après 1818, on a dit que l'invasion des barbares dans Paris, qui jadis venait du Nord et de l'Orient, était sortie cette fois de dessous terre. En 1810, vous le voyez, l'affaire de Damsts, la manière dont on affecta de la présenter, le dessein évident qu'on y poursuivit, prouvèrent que déjà il courait sur le sol de Paris et en plein soleil un certain nombre de barbares d'une autre espèce.
Au demeurant, Damas est l'Orient, l'Orient ramène à la pensée Jérusafem, et Jérusalem ou l'œuvre universelle de réédification forme le dernier développement de ma trilogie*