‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 50 sur 107 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Du sceau de la France ; engagement moral prescrit à tons les artisans

de Fœuvre réédificatrice.

Entre les actes préparatoires de tout travail édifica- ' leur, nous avons compté l'engagement, la nécessité de l'espèce d'initiation, de nouveau baptême, auquel adhèrent tous ceux qui sont appelés à y concourir.

218 JÉRUSAtEM OU LA RÉÉDIP'ICATION.

En appliquant cet acte préparatoire à la réédificatiofl de la cité religieuse, de la Jérusalem d*ère nouvelle, ce n'est nullement au hasard ni par un choix arbitraire que le titre, d'abord assez vague de t sceau de la France, » s'est présenté. Il dérive rigoureusement, d'une de ces coïncidences frappantes, d'un de ces contrastes auxquels plus d'une foie la Providence elle-même se complaît.

En fait, il a appartenu à notre pays d'être au moral l'instrument de la rupture la plus profonde avec le passé qui se soit accomplie depuis l'apparition de Jésus-Christ; il a appartenu à la nation française, ail peuple français, d'être la première de toutes les nations qui ait rendu, sans réserve, la dignité de l'homme et la pleine autorité du citoyen au représentant reli^ gieux, au témoin toujours vivant de la Jérusalem antique.

Or, à part les causes générales qui ont déterminé cet événement, il v a une raison intime destinée à expliquer pourquoi on l'a vu éclater en France plutôt que partout ailleurs, une raison qui forme suite en même temps que rupture à l'égard du passé, et qui, par ce moyen, engage l'avenir et marque en quelque sorte la nature nouvelle de son baptême.

Dans l'ordre des desseins providentiels, et dans un intérêt dont j'ai déjà défini le double caractère, il avait été arrêté longtemps à l'avance que, pendant le cours entier de l'ère chrétienne^ le juif lie serait pas seulement le persécuté par excellence, mais le méprisé, le déshonorée

Un homme de génie des temps antiques, qui fut

Le iCÈkV DE LA FRANCE. 949

nnësi uh gratid législateur, a dit que le^ (3ontraii*es sont guéris souvent pat* les contraires.

Dans les circonstances dont il est ici question, et en dictant à la France de commencer la guérison mo^ raie du peuple déshonoré, de proclamer sa réhabilitation officielle inséparable de la réhabilitation de tous les peuples, le dispensateur suprême des choses s'est réglé visiblement d'après la maxime des contraires, et

voici comment.

En Europe, chez toutes les populations de premier ordre, on découvre des instincts impérieux, des sentiments innés qui servent à caractériser ces populations, à les distinguer les unes des autres, à leur imprimer un sceau moral. Eh bien ! en France il existe un instinct de cette nature qui s'appropriait avec une délicatesse infinie, avec un à-propos tout providentiel à la délivrance du dépositaire religieux dont l'état moral ainsi que l'état social était descendu au degré le plus misérable. Cette disposition, « ce sceau de la France, * cet instinct caractéristique, qui a brillé diversement à toutes les époques de son histoire, est comme inhérent à son ciel, à son sol, à la fibre de ses habitants. Sans, doute, et plus d'une fois, il peut changer d'objet, 'de forme, de régime^ il peut s'affaiblir de temps à autre, s'effacer même en apparence, mais pour reluire à la moindre occasion favorable, à l'appel le plus imprévu. Vous en devinez le nom et vous en appréciez l'application immédiate. Cet instinct français que' nul ne saurait définir et que pourtant chacun partage, cette source providentielle d'un nouveau baptême, ce sentiment enfin dô céleste origine, est tout simplement l'honneur.

Dans rintérêt de la réédification générale, il n'y a donc pas à hésiter sur la conséquence naturelle de ce fait ; c'est au moyen des termes suivants qu'on en peut rendre la moralité intime : « Quel que soit votre pays, la secte, le parti, le rang dans lesquels vous avez été enregistrés comme d'office, vous tous qui vous sentez appelés à mettre la main à l'œuvre, enfants de la Jérusalem d'ère promise, montrez-vous d'abord reconnaissants. Aimez la France dans les limites du dévouement et de l'amour que vous devez à votre propre patrie. A travers les variations et les défaillances dont le caractère français donne de fréquentes preuves, ne perdez jamais de mémoire que cette nation, que ce peuple a une mission réelle à remplir, une destinée marquée du doigt de la Providence; et sans préjudice de ce qui appartient à la loi, à la foi et aux intérêts les plus divers de la vie, soyez comme baptisés avec elle ou rebaptisés devant l'Éternel, au nom et sous les auspices de l'honneur.

L'AN 4 840 ou LE TEMPS. 221

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