‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 58 sur 107 · CONSÉQUENCES DE L'IMITATION · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE L'IMITATION

chir, le mystère de l'Infini, de l^Éternel, de l'Être. Jusqu'à présent, à l'occasion de Rome et de Jérusalem, toutes les fois que je. vous ai fait remonter aussi haut que possible dans le passé, j'ai rempli l'engagement contracté dans la première de mes lettres. Jamais je ne vous ai laissé perdre de vue l'intérêt et le mouvement civilisateur de notre époque; jamais je ne vous ai trop détourné de vos préoccupations habituelles, Paris, Aujourd'hui, c'est un engagement de même espèce auquel je me tiens obligé. A quelques obscurités métaphysiques et subtilités de théologie que les points énoncés ci-dessus semblent inévitablement associés, j'espère rester en dehors. J'entends ne vous soumettre que des appréciations naturelles, des images familières et ne recourir qu'à des autorités dont la compétence et le caractère soient trop connus pour entraîner des incertitudes.

Mais, en dernière analyse, quelle est la moralité positive qui ressortira de tout ceci? Sans do&te ce sera que les mêmes idées, les mêmes sentiments, les mêmes images se reproduisent à perpétuité, seulement de façon à se prêter à des applications toutes nouvelles. Ainsi pour terminer ma lettre par un exemple, rappelezvous la figure biblique et le nom de ce jeune Emmanuel, ou plutôt Imma-no-El , qui signifie « avec nous est le Dieu fort. »

Quelle raison défendra au monde de se représenter le nouvel âge de son existence, la nouvelle ère dont nous apercevons à peine la première aube, sous l'aspect d'une femme jeune et belle, qui tient entre ses bras le génie naissant de l'avenir ou l'Imma-nd-El

réengendré. Quelle raison lui défendra de ressaisir à son usage, de s'approprier l'abréviation si célébrée de ce nom juif et de crier successivement : « No-El ! No-El ! ou le Dieu fort est avec nous, en faveur de la vie nouvelle des nations, » qui, dans Paris et dans la Révolution française, a rencontré le triple signe déjà constaté : explosion pour le présent, expiation douloureuse par rapport au passé et signe manifeste du nouvel enfantement depuis si longtemps promis à l'avenir ; « No-El I No-El I en faveur de la justice et de la tolérance universelles, qui sont les meilleurs gages de l'amour; No-El I enfin pour la bienveillance réciproque et la bienfaisance, » que leur parenté originaire avec la vertu de charité n'a pas moins autorisées à se créer un règne à part, à prendre un nom indépendant de celle-ci, afin de mieux échapper aux tristes souvenirs qui restent liés par le fait à la charité tant de fois sombre et redoutable de l'ère moyenne.

0 ALTITUDO. 245

Page 1