‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 60 sur 107 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

Sainteté du nombre treize ; l'unité et ses douze manifestations, ou les quatre tripUcités du p6re, du fils, de l'esprit et de U mère.

Par le résultat indiqué dans ma lettre précédente, par la solution naturelle et légitime du mystère de la Trinité dans l'antique quaternité, un grand avantage a été offert au génie des temps nouveaux. Un rapprochement sensible s'est opéré entre les cieux et la terre* Dans le même but et en poursuivant le même ordre de questions, quatre formes trinitaires étroitement associées vont nous apparaître.

Quand on emploie des noms empruntés à notre nature, à notre espèce, il faut bien en admettre les conséquences. En présence d'un père, tout fils, qu'il soit homme ou qu'il soit Dieu, entraîne toujours l'idée d'une femme, d'une mère.

Or, comme l'état de père, pris au point de vue universel et au point de vue privé, découvre un triple caractère, une triplicité ; comme ce triple caractère se dessine aussi dans l'état da fils, dans l'état d'esprit et dans l'état de femme, il s'ensuit douïe manifestations qui, jointes à l'Être, ou l'unité dont elles émanent et â qui elles servent d'expression, forment rigoureusement le nombre treize, et le sanctifient. Tels, pour corn-

parer des choses difl*érentes, les douze apôtres formaient ou devaient former les douze manifestations ou expressions de Jésus, qui cependant restait lui-même au-dessus d'eux tous et en treizième. Mais pour retracer trois par trois ces intéressantes images, il me faut accorder à ma lettre une certaine extension.

Dans sa nature universelle et divine, comme dans la nature humaine, la paternité implique ce caractère triple : père de ce qui a été, père de ce qui est, père de ce qui sera.

Quand on considère ces trois états dans un sens abstrait, absolu, ils restent toujours distincts : ce qui a été est une affaire, ce qui est une autre affaire, et ainsi pour ce qui sera. Mais dès que ces distinctions s'appliquent à des existences définies, à des objets déterminés, alors leur sens absolu s'évanouit; elles se confondent avec rapidité l'une dans l'autre. L'auteur, le père de ce qui est aujourd'hui ne sera plus, demain, que l'auteur ou le père de ce qui a été, et le père de ce qui doit être se transforme en père de ce qui existe.

Sur ce fondement il m'a toujours paru que le génie des arts tombait dans l'abus lorsqu'il était comme convenu avec lui-même de ne représenter la paternité universelle ou le père divin que sous la forme d'un vénérable vieillard, tandis qu'on réservait à l'état de fils, au- fils divin, d'apparaître toujours jeune. Donnez-y quelque attention. Puisque l'homme a été fait à l'image et ressemblance de Dieu, et que nous réunissons dans notre personne les conditions de fils, de père et d'esprit, il n'y a qu'à nous étudier nous-mêmeé. Dans les

œuvres du corps comme dans celles de l'iraggination, nous sommes toujours de vieux filsj des fils de vingt, trente, quarante ans et plus, lorsque nous commençons à nous manifester et à vivre comme pères.

De plus, le fils ne peut être fils qu'une seule fois, tandis que le père se renouvelle à différents intervalles. Par rapport à la création de ce qui a été, si donc on est autorisé à représenter le Père divin comme un vénérable vieillard, on doit le voir, au contraire, dans la force de l'âge par rapport à la création de ce. qui est, et rien ne s'oppose même à le peindre sous les traits d'un enfant, eu égard à sa qualité de père et auteur de ce qui n'est pas encore, de ce qui sera, de ce qui doit être. A s'en tenir à l'autorité des images extérieures, la mythologie grecque répondait jusqu'à un certain point à ce dernier état de la paternité universelle. Elle attribuait la forme d'un enfant, toujours enfant, à Éros, à Famour qui, en réalité, se préoccupe bien plus de ce qui est encore à faire que de ce qui est déjà fait. La mythologie reconnaissait dans cet enfant, cet amour, la puissance, le dieu qui avait précédé toute chose et qui restait à jamais le maître souverain des dieux et des hommes.

Dans l'état de fils, soit divin, soit humain, le triple caractère n'est pas moins sensible. En corps comme en esprit, tout fils, toute œuvre commence à vivre sous le voile, dans une région mystérieuse, inaccessible à notre vue et à notre conception,- c'est-à-dire dans les reins de son auteur, de son père. Le second état de fils est la minorité, la dépendance immédiate du père. Les monuments de l'Egypte sont remplis d'images repré-

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