‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 66 sur 107 · RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION

Je vous ai fait observer que sur ce point il ne pouvait y avoir ni incertitude ni détour. Jésus, saint Paul, les évangélistes , les symboles, les pères de l'Église, les conciles, tous proclament la résurrection personnelle et positive en chair et en os, comme la pierre angulaire de la doctrine. « Notre Sauveur dans l'Evangile, disent les docteurs chrétiens et catholiques, notre Sauveur a expressément réfuté l'erreur des saducéens qui rejetaient la résurrection des morts. Il a promis à ses fidèles qu'ils jouiraient des parfaites béatitudes après la résurrection générale, et il est ressuscité lui-même pour nous fournir dans sa personne une preuve, un gage, un modèle de notre résurrection future. Bien plus, ajoutent ces mêmes docteurs, dans toutes ses lettres saint Paul parle de la résurrection générale ; il réfute ceux qui la niaient ou qui la combattaient; il dit que nier la résurrection des morts, c'est nier celle de Jésus-Christ, et que si les morts ne ressuscitent pas de la même manière que Jésus-Christ est ressuscité, la prédication de l'Évangile est vaine. »

En ceci donc nous retrouvons une de ces difficultés qui ne sauraient se résoudre qu'à la faveur d'une transformation commune.

Par des' voies directes ou indirectes, si l'on touche à la résurrection personnelle de la chair ou à l'immortalité des corps pour se retrancher exclusivement dans l'immortalité ou la semi- éternité des âmes, l'on atteint à fond la doctrine de Jésus-Christ; l'on ne marche pas franchement dans les voies de l'Église, kxx contraire, si l'on rejette toute restriction mentale, serait-elle de na-

S04 lÉRUSÀLEM OU LA RÉÉOIPICATION.

ture philosophique; si Ton admet avec rigueur cette résurrection de la chair, T éternité future et personnelle des mêmes corps, on tombe en esprit dans le système de rimmobilisation ; et rien n'est plus contraire au principe universel et pratique du temporel nouveaui à tout ce que Dieu lui-même nous a appris en ordonnant aux cieux de parler une langue nouvelle pour ra* conter sa gloire.

Dans cette perplexité le dogme antique de la trans^ migration des esprits ou des âmes a acquis par le fait un avantage sensible sur celui de la résurrection. Nonseulement cette hypothèse sacrée répond beaucoup mieux au génie de l'ère nouvelle qui fait à chacun un droit et une nécessité de monter à tous les degrés de l'échelle sociale et d'en descendre ; non-seulement elle est plus favorable à une justice distributive ; non-seulement elle échappe à l'objection dominante que le dogme de la résurrection emporte avec lui et qui vous sera bientôt soumise, mais elle a d'autres titres par rapport à l'œuvre de transformation religieuse. Ce dogme s'est établi de toute antiquité en Terre Sainte et y a fait acte de vie. Il se relie à la grande image de l'échelle de Jacob, emblème perpétuel d'un double mouvement de haut en bas et de bas en haut. Il engendre toute une nouvelle poésie et donne rexph'cation de certains obstacles contre lesquels toutes nos combinaisons sociales et nos imaginations finissent par témoigner de leur impuissance. C'est pourquoi après avoir montré l'analogie entré les deux dogmes et leur différence radicale, après avoir consacré cette lettre à la résurrection et à l'objection qu'elle comporte, ma lettre

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