‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 67 sur 107 · RÉSURRECTION. S9S · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION. S9S

prochaine s'arrêtera sur Thistoire de la transmigration et en fera le passage au dogme final de rétemité des peines.

Le point d'accord, Tanalogie, consiste à reconnaître que nul souffle, nulle âme, nul esprit ne peut avoir l'existence sérieuse, impliquer l'état vivant que lorsqu'il est incarné, c'est-à-dire revêtu d'une chair, d'un corps palpable.

Auprès de chacune de ces croyances et de leurs défenseurs, un esprit, une âme qui n'aboutirait pas à un corps, ressemblerait à une idée à jamais privée de toute expression, de toute parole.

Mais si le point d'accord se fait aisément sentir, les différences entre les deux dogmes sont bien autrement profondes.

D'après le système de la résurrection, le même esprit, la même âme est éternellement réservée ou inféodée à la même chair, au même corps. D'après celui de la transmigration, au contraire, l'âme, l'esprit est destiné à recevoir ou à se faire des corps différents. Il change de logement privé, de vêtement extérieur, selon les diverses régions des cieux où la justice de Dieu Ta transporté; selon les qualités qui se sont développées en lui, ou selon les vices et les défauts contre lesquels on a été fondé à lui reprocher de n'avoir pas assez fait de résistance. Pour y employer une image familière, le dogme de la résurrection des corps fait tomber l'esprit, l'âme, dans la condition particulière de la femme immobilisée, de la femme vouée aux anciennes rigueurs du clottre, qui, sous toutes les influences, restait enveloppée du même habit. Le

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système de la transmigration est représenté par la condition universelle de la femme soumise à la loi de la société qui, selon les temps et l'occasion, selon sa richesse ou sa pauvreté, la noblesse de son cœur, ou ses malheureux instincts, découvre dans son vêtement des oppositions, des diversités sans bornes.

Une autre différence aussi capitale, c'est que dans Tordre de la résurrection il est admis que les âmes sont faites journellement pour être adaptées à chaque corps qui vient au monde. Au contraire, l'hypothèse de la transmigration ne marche pas sans le dogme de la préexistence, qui signifie que les germes des âmes sont aussi éternels que l'Éternel lui-même et vont sans cesse se dégageant les uns des autres et se développant.

Pour défendre la résurrection de la chair contre les sectes qui se refusaient à l'admettre ou qui voulaient se contenter de l'immortalité exclusive de l'esprit, de l'âme, les pères de l'Église faisaient valoir une grave raison, d'où dérive précisément l'objection annoncée. Après avoir participé aux vertus ou aux fautes de la vie, à ses macérations ou à ses passions, il était juste, disaient ces Pères, il était indispensable que le corps participât également aux récompenses futures et aux peines. Or cette participation entraîne de toute nécessité une responsabilité propre ; car si l'âme était seule la cause des abus du corps, le double jugement dont il va être question resterait complètement inutile.

En effet, d'après la doctrine reçue, dès que l'homme meurt, l'âme s'échappe sur des ailes invisibles, tandis que lé corps est enseveli, mais pour attendre la dé- 1

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