‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 77 sur 107 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

Les trois sabbatbs ou renouvellement dans la forme c||^ cérémonies ; dernier sujet d'imitation fourni parle passé au génie réédiûcateur de Tère nouvelle.

Il est temps d'en finir avec le tableau des ressources légitimes dont le génie du nouveau monde sera libre de disposer pour obtenir une transformation complète dans les trois points dont se compose la question religieuse : le spirituel ou le dogme, le personnel ou le sacerdoce, et le matériel ou la forme extérieure de la cité représentative des principes, de son temple, de ses cérémonies.

Malgré le soin que j'ai mis à ne pas m'écarter des limites strictes de ma tâche, on ne traite pas de pareils sujets sans en éprouver de fortes émotions. Aussi comprenez-vous toute mon impatience de toucher au dernier enseignement fourni aux jours présents par Fimitation réfléchie et consciencieuse des œuvres du passé. Ce der-

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nier enseignement, d*ailleurs, la comparaison des trois repos, des trois sabbaths en vigueur a pour but de confirmer bien plus encore que d'appliquer le droit de renouveler la forme des cérémonies reconnues officielles, obligatoires.

Sous nos yeux, tout un parti puissant, toute une religion ne cesse de parler, de se récrier avec énergie contre l'illégitimité des moyens qui ont réussi à renverser une monarchie de quatorze siècles, et à substituer des innovations arbitraires à des règles consacrées par la durée et la sainteté de leur origine. Eh bien, sans oublier les différences de situation, on ne saurait s'abuser. Dans le fond et dans la forme, il ne se rencontre aucune résolution plus innovatrice, aucun, acte aussi révolutionnaire, aussi radical, que celui qui, en Orient comme en Occident, et dans le domaine de la religion des Écritures, a substitué pour ainsi dire la dynastie nouvelle d'un sabbath à la dynastie ancienne d'un autre sabbath, qui a renversé le repos naturel et logique du samedi, pour mettre à sa place le repos illogique du vendredi ou du dimanche.

On ne produit pas de telles assertions sans être ou sans se croire en mesure de les justifier. Je vais donc établir d'abord les termes de la question, écarter ensuite la principale objection qui se présentera probablement à votre esprit, et après avoir indiqué les titres des trois prétendants, des trois sabbaths, vous resterez entièrement juge des conséquences.

Il est arrivé à ce mot sabbath, comme à une foule d'autres mots de notre langue; on a fini par lui faire exprimer absolument le contraire de son sens intime.

350 JÉRUSALEM OU LA RÉÉD IPICATION.

Quoiqu'il dérive d'une racine hébraïque qui veut dire se reposer, et que, dans sa forme substantive, il signifie repos, chacun sait les applications si diverses qui en ont été faites tant au monde imaginaire qu'au monde réel. Dans celui-là, le monde imaginaire, le sabbath rappelle ces agitations et bruits surnaturels, ces assemblées nocturnes d'êtres féminins, au sein desquelles les cris réunis de tous les démons de l'enfer ne sauraient obtenir la prédominance. Dans celui-ci, le monde réel, il n'est personne qui n'ait assisté à quelque espèce analogue de sabbath et qui n'y ait participé dans des assemblées en plein jour et composées d'hommes.

La manière de distinguer les jours de la semaine que l'ancienne loi avait adoptée est celle qui fut reproduite plus tard dans la décade grecque, et que la Révolution française, à sa naissance, essaya d'étendre à son nouveau calendrier. Cette succession hebdomadaire, basée tout simplement sur les nombres et dégagée d'aucune allusion à des croyances, était susceptible de devenir d'un usage universel. Elle entraînait surtout un résultat de première importance dans la question ici pendante et dans le jugement que vous aurez à en porter. Sous l'autorité inflexible dea^ nombres, l'ordre des* jours était resté invariable ; jamais la moindre contestation, la moindre controverse n'a été élevée à cet égard. Il y avait accord unanime du temps de Jésus-Christ et des apôtres, comme avant et après; partout les Évangiles attestent l'exactitude traditionnelle de la hiérarchie hebdomadaire. D'ailleurs, il suffit d'en redire les noms pour se convaincre de l'impossibilité de s'y tromper. Depuis Moïse, le

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jour premier de la semaine se distinguait sous le titre de yorn^rischorij ou primi-di ; le jour second sous le titre de yorn-chéni, ou duo-di; ainsi de suite jusqu'au septième et dernier jour, le chébiiy septi-di, ou repos.

Parmi nous, ces mêmes jours de la semaine portent encore l'empreinte des anciennes croyances mythologiques. Le dimanche, qui était jadis le jour du soleil, fait seul exception ; mais le lundi est resté le jour de la lune, le mardi le jour de Mars, ainsi des autres. Bien plus, dans les études récentes concernant la religion des Hindoux, on a constaté un fait curieux : c'est que de la plus haute antiquité les éléments du septénaire indien avaient été placés sous l'invocation des mêmes dieux à peu près que la semaine actuelle. Le vendredi, entre autres, si célèbre à tant de titres, et qui signifie le jour de Vénus, correspond à celui que l'on consacrait dans l'Inde à Lakmi, une des épouses de Vichnou, la reine des belles.

Quant à l'observation préalable, l'objection que j'ai supposé vous devoir venir sur les lèvres, je me la repré* sente comme il suit : Dès que l'on reconnaît utile d'adopter un jour de repos sur sept ou sur un tout autre nom* bre, peu importe en définitive que ce soit l'un plutôt que l'autre: l'essentiel est de s'entendre. J'en conviens; seulement, au point de vue purement philosophique, cette même observation exige de se voir beaucoup plus étendue. Après avoir dit : « Choisissez le jour qu'il vous plaira, • elle autorise à ajouter : « Reposez-vous le premier jour, reposez-vous le dernier, ne vous reposez pas du tout, reposez-vous toujours, cela ne regarde que vous-même» » Mais il en est autrement dans la ques*

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tion reKgieuse. Ici la nécessité da jour de repos est admise comme un fait, et la succession des jours de la semaine est irrévocablement déterminée.

Sous l'empire de ces conditions j'arrive donc à l'origine successive des trois sabl>aths, et à la révolution survenue dans leur triple dynastie. Ce qui fait la moralité perpétuelle du septième jour dans l'ancienne loi, c'est que loin d'indiquer, de consacrer essentiellement le repos, c'est au contraire le sabbatb, le repos qui indique et consacre quelque chose de plus élevé que luimême. Ce quelque chose, en effet, dont toutes les bouches parlent et dont tous les échos retentissent en notre xix* siècle, est la loi universelle d'activité, la loi universelle de travail. Voilà pourquoi, indépendamment du genre de supériorité provenant de son antiquité ou de sa noblesse généalogique; indépendamment' de sa supériorité provenant de l'exemplaire divin dont elle reste une émanation, l'institution sabbatique du samedi entraîne le genre de supériorité le plus décisif pour notre temps ; une raison d'être naturelle et logique.

Vous êtes encore tout imbu des débats engagés entre nos législateurs modernes sur les questions du droit au travail ou du droit du travail, appliquées au peuple et à l'humanité entière. Or, remontez dans vos souvenirs; quand il s'adresse à tout le peuple sans distinction, à Israël, et par le peuple, à toute la race d'Adam, à l'humanité, l'antique législateur dit en moins de mots, mais avec plus de force peut-être que de nos jours : « Tu travailleras et tu feras toute ton œuvre ; tu travailleras non-seulement parce que le travail nourrit et enrichit, poais parce que le libre travail ennoblit ;

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car Dieu lui-môme, le maître de la terre et des deux, le vrai Dieu de l'état social, a travaillé pendant six jours pour te servir d'exemple, et ne s'est reposé que le septième. •

Je le demande donc à qui que ce soit ; y a-t-il le moindre doute à former? N'est-ce pas une idée naturelle, une idée logique et universelle que de placer le repos après le travail ; et tant que la hiérarchie de la semaine est religieusement reconnue, la loi du septi-di ne vous paraît-elle pas aussi légitime que juste?

Quel est maintenant le moyen invoqué pour en opérer le renversement, pour y substituer en Occident le premier jour de la semaine ou l'ancien jour du soleil, et en Orient le sixième jour de cette même semaine ou l'ancien jour de Yénus? En quel sens, ici et là, ce moyen, ce procédé découvre-t-il un caractère essentiellement radical, essentiellement révolutionnaire ? t Dès le commencement, disent les hommes de l'Église les plus versés en cette matière, dès le commencement les chrétiens honorèrent d'une façon toute particulière le jour de la résurrection du Sauveur qui arriva le lendemain du sabbath. Les apôtres, pour conserver la mémoire de ce jour si glorieux à Jésus-Christ et à son Église, jugèrent à propos de transporter au premier jour, au dimanche, le repos qui s'observait parmi les Juifs le septième jour. »

Ainsi voyez le vaste champ ouvert au génie transformateur de l'ère moderne, tant au sujet du matériel ou de la forme extérieure du temple et des cérémonies qu'au sujet du personnel ou du sacerdoce, qu'au sujet du spirituel ou du dogme. Voyez surtout à quel point

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