II
les révolutions de toute nature, de même que les hommes doivent faire preuve d'indulgence et de tolérance réciproque. Ce n'est pas Jésus-Christ, le Dieu de r Évangile, qui renverse l'antique sabbath, ce sont les apôtres, les promoteurs et les représentants secondaires de l'esprit qui a produit la Jérusalem d'ère vulgaire et moyenne ou de moyen âge, Rome. Ils usent largement du droit d'innovation. Ils ne s'attaquent pas à une simple ordonnance des pharisiens ou des saddu* céens ; ils ne s'attaquent pas à un règlement dicté à Moïse, qui n'aurait eu en sa faveur, dans le domaine de la religion, que quelque quinze ou dix-huit siècles de durée: ils vont plus à fond. Conformément à la nécessité faite à toute époque de passage d'un ère à une autre ère, d'un état du monde à un autre état, * leur résolution témoigne d'une rupture beaucoup plus com* plète avec le passé. Ils jugent à propos, il leur convient de dire aux hommes : t Une tradition religieuse de quatre mille ans ne doit pas vous arrêter ; nous vous y autorisons. L'Éternel, que nous reconnaissons comme le créateur de la terre et des cieux, a travaillé le premier jour de sa grande semaine : eh bien I vous choisirez précisément ce jour-là, le primi-di, pour vous reposer. De même, après avoir travaillé, nous reconnaissons que l'Éternel, le Dieu de la terre et des cieux, s'est reposé le septième jour: eh bien! vous serez libres de travailler précisément en cette journée, et dès que nous deviendrons puissants nous soumettrons tous les hommes à notre règle. Sans doute, au moyen du septi-di, les Juifs et l'ancienne loi avaient proclamé que le travail devait précéder le repos ; nous, au contrairci
LES TROIS SABBÀTHS. 355
au moyen du primi-di, nous plaçons d'autorité le repos hebdomadaire avant le travail, le sabbath avant l'œuvre. •
C'est dans ce même esprit, sous l'empire d'une raison parfaitement semblable, que les mahométans à leur tour ont opéré la rupture. En effet comme ils honorent d'une façon toute particulière le jour où l'ange Gabriel aurait apporté le Koran à Mahomet, les apôtres et représentants de ce prophète, du moins une grande partie, ont jugé à propos de substituer la consécration nouvelle du sexti-di ou, vendredi à celle du samedi et du dimanche.
Dans un intérêt de réforme et afin de mieux préparer une fusion, il a été fort question, dans ces derniers temps, de certaines écoles de Juifs, qui ont paru toutes disposées à transporter le repos de l'ère ancienne au repos de l'ère moyenne. Comme théorie, ce projet n'a aucun légitime fondement; mais, en pratique, il pourrait offrir un avantage marqué, et voici à quel point de vue. Dans les choses spirituelles comme dans toutes les affaires du temporel, l' amour-propre des sectes et des partis exerce une influence considérable. Lors même que la logique du septi-di et ses conséquences apparaîtraient avec une pleine clarté, le plus grand nombre répugnerait naturellement à en faire l'aveu, de crainte de se placer, même en apparence» à la suite de la vieille synagogue. Si donc toute une assemblée de Juifs faisait aux yeux du monde le sacrifice de l'ancien sabbath, la question d'amour-propre serait toute résolue, et le génie des temps nouveaux se retrouverait beaucoup plus libre dans l'expression de ses jugements. Peutêtre môme en naîtrait-il une métamorphose analogue
à celle dont vous connaissez la nature. Tant que les enfants de Mahomet restaient fidèles au turban et à l'ancien costume, jamais il ne serait venu à la pensée d'un Européen, d'un chrétien, d'en adopter l'usage. On se serait gardé de prendre les apparences d'un renégat; mais du jour où les disciples du Koran ont revêtu l'habit à l'européenne, tout scrupule s'est évanoui. La France, d'un bout à l'autre , a trouvé bon de se " jeter sur le costume délaissé et d'en décorer glorieusement des bataillons entiers de ses armées.