SIÈGE DE ROME
Dans une trilogie intitulée Paris, Rome, Jérusalem, une importance supérieure est nécessairement acquise au siège de Rome, qui, en 1849, a été jeté comme un jalon sur la route conduisant de la révolution de 1848 à la péripétie récente du 2 Décembre. Outre les causes pai ticulières de cet événement , des causes générales y ont présidé, de sorte qu'il participe de la nature d'un symbole et presque d'une formule employée par la Providence.
Plus d'une fois, pendant le cours de l'ère que nous voyons finir, les anciens souvenirs de la République se sont réveillés dans Rome; plus d'une fois les papes ont été expulsés et restaurés par des empereurs, des princes, ou même se sont chassés les uns les autres. Le moyen âge est tout rempli de vicissitudes de ce genre.
Depuis l'imprimerie et la réforme, les luttes avec Rome ont pris un caractère distinct. Elles ne se sont plus renfermées dans des questions d'influence, dans des questions de discipline ; elles ont été transportées beaucoup plus haut, dans la sphère des droits et des principes. Jusqu'à la Révolution française on aurait dit que Paris et Rome tournaient l'un autour de l'autre sans savoir comment ils se prendraient corps à corps. Dès que la Révolution eut éclaté, un des deux athlètes, saisi par son adversaire, sembla au moment d'être étouffé sous la violence de son étreinte. Mais chacun avait sa force et le débat devait passer par des alternatives nombreuses. Après avoir relevé l'autorité du pape en 1801 et 1804, nous avons vu que l'Empereur, en 1809 et dans les jours suivants, renouvela Toeuvre
de la Révolution. Le pape fut enlevé, Paris s'enopara de Rome, y planta son drapeau et fit de la ville éternelle le simple chef-lieu d*un de ses départements appelé le Tibre.
Quelque grandes que soient de nos jours ces contradictions, elles ne l'emportent pas cependant sur celles dont les rois de France eux-mêmes offrent de nombreux exemples. Tel, sous François P% et dans l'intérêt de Rome, Paris fut entraîné à brûler les protestants, tandis qu'au détriment de la cité romaine il les soutenait en Allemagne; tel ce même prince ouvrait la voie, par la politique, à la tolérance religieuse universelle, en formant une alliance offensive et défensive avec les enfants de Mahomet.
La signification du siège de Rome, en 1849, a un intérêt théorique qui concerne la révolution dans les principes, et un intérêt pratique concernant la marche du fait ou des événements.
Comme principe, j'ai avancé qu'une transformation religieuse était la conséquence nécessaire et providentielle de toute révolution politique générale, sociale. J'ai ajouté qu'il était impossible d'obtenir cette transformation sans remonter dans le passé jusqu'aux premières sources, sans y avoir retrouvé le droit légitime de renouvellement, le fil conducteur destiné à relier, avec nouveauté, les intérêts du présent aux prévisions du passé et aux aspirations vers l'avenir. Sous ce rapport, il était prescrit à la cité qui est l'expression formelle des temps nouveaux de passer par-dessus la tête de la cité représentative des temps moyens; il lui appartenait de rentrer avec un nouvel esprit dans la région des