‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 83 sur 107 · SIÈGE DE ROME · texte numérisé non relu

SIÈGE DE ROME

sources, de remonter à des temps où Rome, la ville dite éternelle, n'avait pas encore l'honneur d'exister.

Or, la première signification du siège de Rome en 1849, sa signification théorique, spirituelle, exprime fidèlement cette nécessité. Paris replante sur Rome l'étendard de la Révolution française, le signe de la tolérance universelle, le labarum des fils de Voltaire et de Rousseau. La cause réelle qui le pousse est tout autre que la cause apparente. Au fond Paris ne songe nullement à détruire la pensée, à braver le sentiment qui anime les défenseurs de la nouvelle république improvisée dans Rome. Cette pensée, ce sentiment, est le cri d'indépendance et de revivification pour l'Italie entière; c'est la volonté de justifier celle des figures de l'ancienne loi qui, malgré toutes les assertions contraires, est aujourd'hui et partout plus vivante que jamais, la volonté de célébrer de nouvelles pâques, d'accomplir le grand passage de Ja maison de servitude à la maison de liberté.

Dans l'ordre du fait ou la suite des événements, la seconde signification n'offre pas moins l'intérêt d'une sorte de formule employée par la Providence. Paris, en 1849, cède à la puissance du nom qui, en 1840, dans l'Europe entière, est sorti de toutes les bouches, celui d'Orient. D'après les conditions géographiques de ces trois noms, Paris, Rome, Jérusalem, que devait-il donc arriver pour que la ville représentative du présent se retrouvât sur le sol de la ville représentative de l'avenir, pour que l'Occident régénéré se vît en mesure de provoquer en Orient une régénération correspondante ? De nouveau, il était inévitable que Paris passât par-

dessus la tête de Rome. Sous quelque prétexte que ce fût, la ville du temporel de nouvel ordre se sentait disposée à battre en brèche les murs de la cité consacrée au spirituel du régime ancien, et cela pour aller retremj)er, légitimer sa nouveauté dans une contrée et sur des monts dont la sainteté est bien autrement antique.

Ce n*est pas tout, le même siège de 1849 a une couleur à soi, un caractère std generisy comme on est dans l'usage de dire. Il atteste en quel sens le monde, aujourd'hui, est entraîné par la force des choses et par les décrets suprêmes.

Dans la première Révolution et pendant les jours de l'Empire, ce sont des étrangers à l'Italie qui étendent leurs bras sur Rome, qui changent de fond en comble sa manière d*être, son état, qui enlèvent violemment la papauté et le pape.

En 1849, les circonstances deviennent bien plus graves. Rome papale a besoin du drapeau de la Révolution française pour s'en faire un protecteur, pour trouver un asile sous son ombre.

Ce sont les Romains eux-mêmes, c'est l'Italie entière qui enlève Rome à Rome, et qui force la papauté, le pape, à sortir de ses murs en fugitif. Aussi combien est digne de remarque la nouvelle coïncidence qui apparaît entre l'ancienne époque de transition d'une ère à une autre ère et notre transition actuelle !

Après dix-huit cents ans écoulés depuis les jours où Rome se préparait à changer de religion, à recevoir un nouveau baptême, sa situation se présente sous un aspect presque semblable à celle d'autrefois; elle est marquée, en 1849, de la même empreinte.

Qui ne se rappelle les sentiments qu'un des adversaires les plus vigoureux de Rome ancienne , que le héros des rives de la mer Noire, Mithridate, se voyait en droit d'exprimer ; les sentiments dont la nature a été rendue avec tant d'éclat par un des poètes immortels du grand siècle de notre littérature française?

f Partout, dit en langue moderne le célèbre lutteur » des jours anciens, partout vous trouverez. . . .

7> Et la triste Italie encor toute famante

> Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante.

» Non, princes, ce n'est point au bout de l'univers

» Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers ,

» Et de près inspirant les haines les plus fortes,

» Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes. »

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