LETTRE XXXI
Le$ marchands do Temple an xn« siède, on rcMNiTeflemeiit poIîtîqDe ao tem de Paris de Tépisode rdigieax fonm par fanrifnnf Jérusalem*
Au nombre des événements contemporains, il n^est permis à cette dernière partie de mes lettres, Jérusalem, que de choisir ceux qui éclairent certains points et certains intérêts déterminés : Tentre-croisement perpétuel de ]a religion avec la politique, les effets de la tendance nouvelle de TEurope vers TAsie, enfin les analogies que présentent à chaque pas les deux plus grandes époques connues de transition, le passage déjà si lointain de l'ère ancienne à Tère moyenne ou chrétienne, et le passage actuel à Tère nouvelle qui, de même que sa devancière, ne recevra son véritable nom que beaucoup plus tard.
Dès Tenfance, on nous raconte les principaux actes de Thistoire, on nous en inculque les dates; mais il est un ordre de conditions historique^ qui nous reste presque toujours étranger. Nous n'en possédons même qu'une connaissance incomplète après y avoir employé du temps et des efforts. Ce sont les émotions générales, les impressions et les dispositions d'esprit qui caractérisent les diverses époques, et qui forment la clef de
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tant de succès et tant de résistances, souvent assez difficiles à expliquer. Cependant, si Ton étudie avec quelque soin son propre siècle, on ne manque pas d'y retrouver des jours, des heures qui retracent fidèlement les impressions caractéristiques des siècles antérieurs, et qui autorisent à dire que tout est en tous* C'est comme en s'étudiant soi-même. Alors on saisit des moments rares, quelquefois presque imperceptibles, où notre âme laisse poindre les impulsions, les passions •familières aux races les plus superstitieuses, les plus barbares, et même les instincts de toutes les classes d'animaux.
Aujourd'hui, en ce mois de mars 1852, nous sommes sous l'empire d'une émotion, fugitive sans doute, mais dont l'intensité ne conservera pas moins un caractère historique. Elle fait de nous pour toute l'Europe un sujet d'enseignement et de vive curiosité. Nous renouvelons, au sein de Paris, la vieille aventure des marchands du temple de Jérusalem. Quelle ^ue soit la voie qu'ils aient suivie, tous les représentants de l'intelligence, de la parole, depuis les plus élevés jusqu'aux plus infimes, tous les interprètes et organes de l'opinion réelle ou des opinions factices, tous éprouvent avec solidarité un même sentiment, tous sont enveloppés dans un même épisode, tous se reconnaissent bien et dûment flagellés.
Ce résultat est fâcheux, car le champ des représailles s'étend à l'infini, et les occasions renaissent toujours pour la parole et pour l'esprit de recouvrer leur vigueur, et où malheureusement ils se vengent. Mais, comme tout autre fait, ce sentiment actuel et commun
a une cause qui vient de loin et qui devait un jour englober dans une même expiation les innocents et les coupables.
Chacun se souvient qu'au sein de l'ancienne Jérusalem, sur la plate-forme du mont Moria à l'entrée du Temple, certaines gens faisaient métier de vendre les animaux offerts en sacrifice et tous les objets relatifs au culte. Ils dressaient également des tables sur lesquelles on échangeait l'argent des visiteurs qui réclamaient la petite monnaie nécessaire pour payer quelques tributs ou pour jeter dans les troncs consacrés aux aumônes. Chez ces gens-là les profits du commerce avaient fini par l'emporter à tel point sur le zèle de la bienfaisance et l'intérêt de Dieu, qu'on les entendait disputer le prix des choses comme sur un marché, et s'en partager le produit avec la même âpreté, est-il dit, que des voleurs qui sont occupés à la division du butin dans une caverne.
C'est alors que le maître du nouvel esprit, que le symbole de l'ère qui commençait, que Jésus se serait saisi d'un fouet et aurait chassé vigoureusement les marchands du Temple.
Dans l'ordre intellectuel et moral, il existe en réalité quatre forces différentes que l'esprit a obtenues, dès l'origine, pour conquérir sa royauté. On compte quatre talismans à l'aide desquels il lui appartient de^e. précipiter, tête baissée, à travers les flots tumultueux, les passions, les préjugés du grand nombre : le miroir de la vérité ou l'exactitude de la pensée, la balance de la justice, le glaive tantôt fulminant, tantôt emmiellé de la parole, le fouet de la satire ou de l'indignation.