RECRUDESCENCE RELIGIEUSE
tions de ses chefs ; il possède un code expérimental de conduite qui lui apprend à connaître les hommes et à les atteindre par le côté qui convient; il sait enfin s'avancer hardiment ou se retirer sans bruit selon les circonstances.
Or, un gouvernement militaire est seul capable de faire contre-poids à un si grand pouvoir, seul capable d'opposer une obéissance passive, un commandement autocratique, un plan suivi avec ordre et avec secret, à une autre obéissance passive, une autre autocratie, un autre plan secret de conduite. Encore faut-il que ce gouvernement militaire, sorti de la Révolution, ne soit pas exposé à de mauvais jours, à des échecs graves dans l'usage de ses armes.
En tous temps et en tous pays de nombreux délais, des recrudescences brillantes ont été réservés aux institutions religieuses qui marchaient vers leur déclin, ou plutôt qui se préparaient à une transformation nouvelle. Leur sort rappelle en partie celui de l'homme originairement robuste dont la vie a été atteinte dans sa source. Cet homme est loin de s'aflfaisser sur lui-même en un seul jour; son existence se prolonge encore pendant des années. Tantôt il semble que le souffle est près de lui échapper, tantôt, au contraire, on serait disposé à croire que la vie se rallume en lui comme un flambeau. C'est ainsi qu'il marche d'oscillations en oscillations, à tel point que le lendemain même du jour où l'on se confiait le plus à son état, un cri douloureux donne à connaître que son temps est fini, qu'il laisse à d'autres les richesses et les difficultés de son héritage.
De même, sous les auspices de l'idée qui préside à
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toute forme et institutioti religieuse et qui en fait ràmë, îl se crée des intérêts, des habitudes, des souvenirs doués d'une puissance intime. Les uns et les autres se maintiennent encore longtemps après que l'Idée qui les a produits s'est évanouie ou a subi des altérations profondes.
Comme habitude et souvenir, que vous importent, par exemple, l'origine et les termes d'un chant sacré si ses modulô lions vôuâ tirent des pleurt, si elles vous rappellent les êtres les plus chers ou les premières impressions de votre enfance?
Gommé question d'intérêt, vôUi*f connaissez un des reproches adressés aux premiers chrétiens, celui de ruiner par leurs prédications le grand nombre de familles auxquelles le culte des anciens dieux et surtout de la Diane d'Èphèse donnaient les moyens de vivre. Récapitulez en même temps les résultats de ce genre obtenus par l'extension et les pompes du Culte catholique.
Mais quelle que soit la force des intérêts, des habitudes et souvenirs, il ne leur appartient nullement de retenir la vie réelle dans le seiti des institutions qui se trouvent déjà épuiséeSi
On ne doit donc pas s'abuser Sur nôtre situation présente et sur le nouveau courant d'opinion et de recru-' descence dans lequel vous témoignez trop de surprise peut-être de nous voir si vivement réengagés. Ce serait faiblesse^ je crois, de méconnaître la possibilité des luttes morales nouvelles auxquelles le spirituel de l'ordre ancien est encore en état de donner lieu ; ce serait également faiblesse de s'en exagérer l'importance ou le danger.
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Sons doutô les représentants de la recrudôôcence religieuse font en ce moment toute sorte d'avances au nouveau chef de l'État, et lui disent : « Aide-nous à rendre de l'autorité populaire aux croyances, aux desseins, aux traditions de nos anciens jours et nous te prêterons Je secours de notre force. » Sans doute le nouveau pouvoir répond de son côté : « Accommodez-vous aux nécessités des nouveaux temps, aux intérêts de mon nom et je vous ferai refleurir sous le manteau de nia puissance. »
Mais quelle sera, en définitive, l'influence de ce serrement de main, de ces témoignages réciproques sur la marche des événements? Je m'imagine que vous en trouvereîS la nature fidèlement exprimée dans les lettres de ma première partie qui concernent les commencements de notre siècle.
En attendant, qu'ai-je à faire de plus ici qu'à consta* ter des circonstances qui se renouvellent à toutes les époques de transition ?
Il est incontestable que le socialisme est la première cause de la recrudescence actuelle, que le socialisme est la grande aflaire du jour, et qu'on n'acquiert pas sans quelque motif le droit de tenir le monde préoccupé et en suspens.
Il est Certain aussi que le socialisme a 6u et a pour efl'et de provoquer une sorte d'épôuvantement. Of nulle des branches actuelles de la religion des Écritures n'est à savoir que ces épouvantes générales sont un des signes précurseurs des grandes révolutions d'esprit exigées par la Providence.
Reportons-nous sur le sol de la Terre Sainte^ dans
la Judée considérée comme échantillon, comme tableau en raccourci de toutes les aventures par lesquelles les nations doivent passer, et Thuroanité entière. On ne saurait oublier ce qui se produisit avant que le christianisme actuel se fût dessiné, soit lorsque Jésus était encore enfant, soit après sa mort Un parti puissant de novateurs, de véritables révolutionnaires, appelait continuellement le peuple à la liberté, suscitait les pauvres contre les riches, renversait les maisons ou châteaux des seigneurs du temps. Novis rébus et mutalionibus siudentes, vvlgo permadebatU^ ad liberkUem récupérant dam . • . . dit l'historien Josèphe, leur contemporain et leur adversaire, dans les traductions latines de son texte grec, publiées bien avant nos révolutions, et potentium domos diripiebant sibi non assentientium. Au sein de leurs sociétés secrètes, ces novateurs rendaient des arrêts comme des francs-juges, et le nom particulier de sicaires leur avait été donné à cause du sique ou poignard imité des Perses, qu'ils portaient caché sous leur manteau.
Dans les cris de haine et les persécutions dirigées au sein de l'Empire contre les premiers chrétiens, une des principales causes était l'épouvantement qu'ils provoquaient chez les défenseurs plus ou moins intelligents de l'ordre alors établi, de la paix dite publique.
Les terreurs causées par la croisade égalitaire des anabaptistes de Munster, leur protestation sanglante contre les maîtres et seigneurs précédèrent, à leur tour, le grand mouvement de la réforme.
Quelque vague, désordonnée même que soit encore l'aspiration socialiste vers une économie, une forme