‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 9 sur 107 · LES DEUX RAMEAUX · texte numérisé non relu

LES DEUX RAMEAUX

lamisme ; celles-ci appellent votre attention but la bifurcation de la branche chrétienne et ses deux rameaux grec et latin, sur la séparation des deux Églises représentées par Constantinople et par Rome. Lors même que ces souvenirs sembleraient beaucoup plus éloignés de nous qu'ils ne sont en réalité, on chercherait en vain dans notre histoire actuelle rien d'aussi vivant. Nul événement ne se relie de plus près à la question politique et religieuse à peine naissante ou renaissante, que l'année 1840 a mise en relief, aux affaires d'Orient, à l'ouverture des nouveaux rapports à établir entre l'Europe et l'Asie.

Mais cet intérêt n'est pas le seul. Dans le sujet que je traite et le système que je poursuis, la séparation de Constantinople d'avec Rome a une portée plus étendue. Elle forme un des chaînons essentiels dans la série des consolations et des encouragements à persévérer que, tout en les flagellant, la Providence s'était chargée d'envoyer de siècle en siècle aux défenseurs vaincus de l'ancienne loi. Cette première bifurcation de la branche chrétienne justifiait le dépôt sacré qu'ils avaient pour mission de conserver à tout prix. Elle justifiait les expressions spéciales employées dans leur langage messianique, savoir : l'attente d'une Pâque nouvelle, ou d'un nouveau passage pour toutes les populations de la maison de servitude à la maison de liberté ; l'espérance d'une « circoncision universelle des esprits et des cœurs, » ou d'une croisade féconde, ici contre tous les préjugés réciproques, toutes les hypocrisies réciproques, là contre tous les genres de faux témoignages.

La consolation envoyée en Mahomet avait résidé dans

la protestation éclatante du prophète en faveur d'un des principes qui avaient subi une sorte de défaite entre les mains des Juifs, le principe de la pure unité de Dieu. La consolation nouvelle concernait Rome. Dans la foi religieuse des vaincus, non-seulement cette cité représentait l'usurpatrice heureuse des droits et du nom de l'antique Jérusalem, mais, dans leurs souvenirs populaires, elle avait un caractère encore plus terrible. Elle représentait le bras fatal à l'aide duquel l'Occident s'était exercé contre eux, comme jadis l'Orient, et ils réappropriaient à sa double victoire les lamentations religieuses et patriotiques que leur première ruine avait fait sortir, dans les termes suivants, des lèvres de leurs poètes, de leurs prophètes : « Ah ! comment est-il arrivé que Jérusalem, la ville si peuplée, ait été changée en solitude? Comment celle qui était grande entre les nations, qui était dame entre les provinces, est-elle devenue veuve? Il n'y a pas un seul de ses amis qui la console. Bien loin de là, ses plus proches ont usé de perfidie à son égard. La Judée a été emmenée captive ; son affliction et sa servitude n'ont point de bornes. Ses persécuteurs l'ont enserrée; les gens qui lui étaient les plus contraires ont été établis pour chefs, et ses calomniateurs ont prospéré. »

Dans ces conditions, le coup qui allait déjà atteindre Rome nouvelle et qui annonçait d'autres blessures plus graves ne pouvait être reçu par les vaincus que comme un grand signe. Ils en tiraient la conclusion que tout n'était pas fini pour la veuve désolée, pour l'antique reine de la loi, pour la Jérusalem éteinte, ensevelie, mais non point morte.

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