‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 90 sur 107 · II · texte numérisé non relu

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418 JÉRUSALEM OU Lk RÉÉDIFICiTION.

la sagesse des nations? Quel est le lieu catholique, grec ou protestant, dont on puisse dire avec vérité : C'est ici qu'il s'élève 1 Serait-ce par hasard pour servir de couronnement à la confusion générale et croissante des esprits, que tout le monde avoue et dont tout le monde est effrayé, que la conversion particulière des Juifs devrait se produire ? Point du tout. Cet acte a été réservé dans un autre but. Loin de servir de couronnement à de vieux édifices ébranlés et criants de toutes parts, il doit au contraire fournir au monde le moyen d'agir d'ensemble, et de rebâtir, selon la maxime de Bacon, une Jérusalem de nouvel esprit et de nouveau cœur, en reprenant l'œuvre eco imis fundamentis^ par la base.

J'ai sous les yeux deux documents récents et officiels, l'un catholique, l'autre protestant.

Le document protestant est une déclaration, un programme signé par les ministres français les plus distingués de cette Église. Leur objet est de retrouver ou de recomposer un Lien commun entre les nombreuses diversités du protestantisme. Ils y sont poussés par l'activité de l'Église romaine et par les avantages que lui procure l'unité toute militaire de son organisation, bien plus encore que son unité de foi. Or, d'après cette déclaration, il existerait déjà pour la réforme trois manières d'être, trois orthodoxies distinctes : une orthodoxie ancienne, une orthodoxie moyenne et une orthodoxie nouvelle. Trois orthodoxies dans trois siècles! vous conviendrez que c'est beaucoup et même trop. Mais cette triplicité est significative à la seule condition de l'appliquer sur une plus

vaste échelle. L'ère ancienne a eu son orthodoxie résumée dans la Jérusalem des premiers temps. L'ère vulgaire moyenne ou chrétienne, à laquelle le protestantisme appartient , a fourni une seconde orthodoxie et une Jérusalem moyenne, spécialement représentée par Rome. Aujourd'hui nous avons franchi l'ère moyenne, les temps moyens, et nous sommes entrés ou nous entrons dans une ère toute nouvelle. En conséquence, la nécessité éclate d'une troisième orthodoxie ou d'un messianisme de nouveau nom.

Jadis les auteurs et promoteurs de la révolution chrétienne adressaient aux chefs établis de l'ancienne loi un^ genre de reproche que tout le monde a présent à la mémoire. Vous teniez entre vos mains, leur disait'On, les clefs de la connaissance de l'Éternel, les clefs de la science, et pourtant vous avez répandu ou laissé répandre de tous côtés d'épais nuages, des ténèbres et les ombres de la mort.

Mais où en sommes-nous arrivés? Que dit le document catholique, la lettre pastorale que j'ai entre les mains ? Quels sont les aveux sortis de la bouche des docteurs qui, après s'être emparés des clefs de l'ancienne Jérusalem et s'être mis à sa place, ont tenu, pendant des siècles, toutes les forces vives, toutes les puissances du monde religieux , politique et moral ? Ce n'est certainement pas un homme, un prélat qui, de son plein gré, a écrit et publié les paroles suivantes ; c'est la justice de Dieu qui les lui a forcément imposées. Ainsi, écoutez avec une grande attention l'analogie des temps, du langage, des situations, et reconnaissez ceux à qui il appartient , en première ligne, d'être convertis.

« Je réponds au siècle infortuné au milieu duquel nous vivons, s'écrie cette voix religieuse officielle que je choisis entre mille autres. Jamais peut-être, depuis l'origine du monde, plus de nuages ont produit une nuit plus fatale, et jamais les grandes vérités les plus nécessaires à l'homme n'ont été ensevelies dans un oubli plus profond. Les ténèbres sont partout. Elles couvrent les intelligences naissantes et les esprits mûris par les années. On va jusqu'à nier Dieu... ou on se fait son égal, on s'asseoit sur son trône ! »

Reportez-vous à l'époque ancienne de transition. Devant les novateurs chrétiens sortis du sein du judaïsme et du sein du paganisme, ne pensez-vous pas que des termes à peu près semblables étaient employés par ceux des prêtres et princes des prêtres qui, à tort ou à raison, étaient convaincus de la bonté de leur cause? Ne pensez -vous pas que les prélats de l'ancienne Jérusalem disaient surtout d'une voix tantôt émue, tantôt irritée : t On va jusqu'à nier la pure unité de l'Éternel... ou l'on se fait son égal, on s'asseoit sur son trône 1 »

* Je termine ici ma lettre, sans savoir encore à quel moment, sous quelle date je tracerai celle qui doit suivre. D'autres soins me réclament, pendant lesquels j'attendrai de nouveaux événements.

QUESTION d'orient EN 1853. 421

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