‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 94 sur 107 · LES CLEFS · texte numérisé non relu

LES CLEFS

siennes, celles de saint Pierre. L^ère nouvelle, la cité représentative de 3a civilisation, sa Jérusalem future aura un nouveau temple ; et à nouveau temple, à nou-^ velle cité il faut évidemment de nouvelles clefs.

A l'heure où je vous écris, Fincident des clefs est d'une nature différente. La diplomatie s'agite, l'Europe entière est émue pour savoir ce qui sortira de cet incident. A qui doit rester, en définitive, dans les églises de Jérusalem et de Bethléem le dépôt des saintes clefs ? Est-ce aux Grecs ou aux Latins? L'un s'introduira-fc'il dans l'édifice sacré par la grande porte, tiendra-t-il la clef majeure ; l'autre n'aara-t-.il à son usage quMne voie de tolérance, qu'une clef presque dérobée?

La querelle est grave; elle va s'envenimant. On raconte que chaque jour l'intervention de l'aga de» vient nécessaire. A tout prendre, c'est la figure calme et impassible du Turc qui représente en cette occurrence le Dieu de paix. Malgré les saintes lustrations dont ils sont empreints, les champions grecs et romains, au contraire, ressemblent, dit-on, à des envoyés de Mars [ou de Bellone; ils soufflent et provoquent la bataille.

Pour compléter le tableau, une pierre tumulaire s'ébranle; celle qui s'est déjà soulevée au bruit des croisades; celle qui recouvre, en esprit, la femme allégorique, l'ancienne Jérusalem tuée et ensevelie par les deux Romes, mais non point morte. Cette figure de femme encore enveloppée d'un linceul laisse échapper une parole que POrient transmet à FOccident avec la rapidité miraculeuse et pourtant ai vraie de l'étincelle électrique.

Dans les anciennes écritures et particulièrement dans les chants, les odes de David, une exclamation reparaît avec fréquence: « Qui me délivrera de mes angoisses, si ce n'est loi, ô Étemel! » La parole partie des profondeurs actuelles de la ville désolée reproduit la même exclamation accompagnée seulement de quelques variantes : « Qui me délivrera , ô Éternel, dit-elle, de tous ceux qui pèsent depuis si longtemps sur moi, qui me rendent stérile et me causent tant d'angoisses? qui me délivrera, si ce n'est toi, des Grecs et des Romains, des Arabes et des Turcs, des juifs et des chrétiens? à qui devrai-je, si ce n'est à toi, ô seul et véritable Rédempteur, le nouveau nom que tu m'as promis; qui m'apportera mon nouvel esprit, mon nouveau cœur, qui me fera chanter un nouveau cantique? »

Page 1