TRAITÉ DE
devant de mon sujet; je n'ai recours qu'à ceux qui sont sous les yeux et sur les lèvres de tout le monde.
En ce mois de mars 1854, la question d'Orient amène un nouveau traité de triple alliance. Si on ne l'a pas intitulé religieux, comme celui de la saintealliance en 1815, il en a pourtant les caractères. Sous ce rapport même, les trois actes de Paris au commen* cernent de la Restauration, de Londres en 1840, et de Constantinople en 1854 marquent une progression croissante.
En dehors de son objet politique, et dans sa nature officiellement religieuse, le traité de 1815 nous a décelé un caractère transformateur, presque révolutionnaire.
Ses auteurs sont trois têtes couronnées représentant l'Église grecque, l'Église latine et l'Église protestante ou saxonne.
De leur propre autorité et eii vertu d'une sorte de mission providentielle qu'ils s'attribuaient, les trois contractants s'étaient fait un terrain religieux commun. Là, on rejetait au dernier rang, on mettait comme sous les pieds, toutes les qualifications et préjugés traditionnels que, par institution, par dogme, par article de foi, chacune des trois Églises avait coutume d'étendre aux deux autres. Ainsi sur ce nouveau terrain et au nom même des Écritures et de la sainte Trinité, la prétendue hérésie embrassait le prétendu néo-paganisme ou la nouvelle Babylonne. A leur tour cette hérésie et ce néo-paganisme étaient embrassés par le prétendu schisme et lui rendaient la pareille. En conséquence, rien n'aurait empêché d'élever un nouveau temple sur le terrain commun créé par le côté religieux de l'acte
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en question, et d'attacher un nouveau pontificat à Texpression de cette nouvelle alliance*
Mais il y a des préjugé» réciproques, des obstacles tout autres que ceux qui dans la déclaration de la sainte alliance, ont été effacés ; il y a un terrain à chercher et à obtenir qui concilie quelque chose de plus que les trois principales oppositions ou rameaux d'une seule des branches issues du tronc primitif de la religion des Écritures, la branche chrétienne. Or, le traité de 1840 a été un pas de plus fait dans cette recherche. La voix des enfants de Mahomet, des serviteurs du prophète y a été entendue. De même que le pape, Photius et Luther s'étaient donné la main dans le traité précédent , de même Mahomet est appelé ici à donner la main aux uns et aux autres. Il n'entre pas encore dans la confédération européenne ou sur le terrain commun ; mais il y touche.
En 1854 , le progrès est formel , l'élargissement du cercle facile à apprécier. Sans doute on ne doit pas oubUer qu'un diplomate célèbre de notre temps a dit qu'en diplomatie surtout la parole avait été accordée à l'homme pour mieux cacher sa pensée; mais jusqu'à preuve du contraire, il n'y a aucun motif de ne pas admettre la bonne foi, de substituer des suppositions à des actes authentiques. D'après le traité de cette présente année, la France , l'Angleterre unissent leurs forces à la Turquie pour conserver l'intégrité de l'empire Ottoman. Si la guerre éclate contre le drapeau béni par la communion grecque et au nom des plaies de Jésus-Christ, ce sera certainement le clergé papal qui bénira les drapeaux français, un autre clergé l'éten*
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dart du Koran, et un troisième dont la parole répandra sur le léopard d'Albion quelques encouragements évangéliques.
Cependant au-dessus de l'intégrité de l'empire turc, un même but a été expressément assigné par le nouveau traité à cette triple bénédiction, les progrès de la civilisation, son unité future. Ainsi la civilisation en progrès, la cité que l'ère nouvelle est en travail de rebâtir réussit à rallier ceux que les cités d'ère précédente laissaient séparés ; elle rend amis les cœurs qui en dépit des paroles les plus belles eti apparence, restaient positîveiïlent ennemis; enfin elle entend faire marcher la tété droite, des hommes et des populations que les Églises dominantes se plaisaient à tenir dans les langes et à l'état de nourrissons, afin de mieux donner dei^ preuveè de leur amour maternel et de leurs qualités dé bonnes nourrices. Dans ces conditions, il est constant que la destinée faite à l'ancienne légitimité se reproduit également pour le droit de sainteté. Cette sainteté se déplace; et le temporel de la nouvelle civilisation témoigne déjà, par providence, qu'il emporte avec lui son spirituel ou une nouvelle phase de la religioil qui ne se connaît pas encore elle-même.
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