II
n'est impossible à Dieu. Dans l'intérêt de la transformation et réédiflcation universelle, Dieu a voulu que, à des distances incalculables, l'homme interrogeât l'homme, et lui répondît dans un intervalle de temps mille fois plus court que la rapidité qui venait d'être imprimée aux corps ou à la matière. Comparé aux miracles anciens, le caractère distinctif du prodige moderne consiste à être vrai pour tout le monde, sans exception, et non pas seulement pour certains esprits, certains climats, certaines sectes.
Au premier bruit de son apparition, les multitudes, surtout parmi les plus crédules, avaient fait preuve d'une franche incrédulité. Elles s'étaient écriées: «Cela n'est pas possible ! » Mais sans recourir à des discussions stériles, à des entassements de commentaires, à des controverses , il a suffi de deux mots : « Venez et voyez. » C'est alors que la vieille crédulité a voulu avoir son dédommagement et s'est appuyée sur une sorte de logique. « D'un pôle à l'autre, a-t-elle dit, puisque l'esprit de l'homme s'interroge et se répond en un clin d'œil, pourquoi ne nous serait-il pas donné d'obtenir un autre genre de satisfaction? Pourquoi le même privilège ne s'étendrait-il pas au delà des humains. A l'aide de quelques procédés aussi familiers, aussi simples que celui qui met en jeu le prodige nouveau , pourquoi ne réussirait-on pas à émouvoir les habitants de l'Amenthès, du grand empire des morts, pourquoi ne converserait-on pas avec les esprits qui sont sous terre? »
Nous portons en nous-mêmes, dans notre organisation, la cause de plusieurs phénomènes dont on a
beaucoup abusé et dont on abuse encore chaque jour. Une foule de nos sensations intimes, de nos impressions, auxquelles nos premières lectures romanesques, fantastiques, ont pris une grande part, une foule de ces sensations acquises , restent comme recouvertes, comme cachées par la manière de sentir et les habitudes que provoquent notre vie de relation , nos obligations sociales. Tels certains sentiments vrais, certains souvenirs de notre enfance se laissent à peu près ensevelir sous les couches diverses d'images et de préoccupations que l'âge a développées. Mais plus tard, ou bien sous quelque influence imprévue, on voit ces pensées et souvenirs reparaître avec force et avec la même fraîcheur qu'un tableau so^neusement conservé qui passerait de l'ombre à la lumière.
Il n'est donc pas surprenant que cette disposition naturelle devienne la clef de divers actes qui donnent facilement le -change à l'avidité si grande, chez toutes les classes de la société, pour les choses extraordinaires. En agissant à l'aide de paroles mystérieuses , par des attouchements et d'autres moyens sur l'imagination et sur les sens d'individus délicats ou maladifs , il peut très-bien arriver qu'on réveille soudain des impressions cachées, endormies , qu'on les ramène à la surface, qu'on obtienne enfin les effets si variés d'une liqueur spiritueuse ou des substances enivrantes, comme l'opium. Rien n'empêche non plus le patient ainsi travaillé de prendre pour des objets extérieurs certaines images qui ne sont qu'une réaction pure et simple de lui-mêmie.
Quant au signe à déduire de cette ardeur d'évocation dont la société vient d'être atteinte sur une
échelle assez étendue, il se découvre avec clarté. Le monde sent l'approche d'un nouvel enfantement ; il court à la recherche d'un nouveau symbole. L'esprit qui est donné officiellement pour dériver d'en haut ne répond plus à l'attente générale. L'esprit qui règne sur le sol ne suffit pas. Des intelligences éminentes nous ont déclaré que cet esprit du jour était en voie d'abaissement, qu'il avait besoin d'être relevé et saiiivé. Sous l'influence de ce sentiment commun, quand le nouvel esprit ne se rencontre pas encore sur les chemins du monde, et qu'on ne le voit pas descendre d'en haut^ un instinct secret excite à poursuivie les essais, et à chercher jusque sous terre.