L'ENVOYÉE DU DIABLE
OSÉ Frappa, pondant long'temps, eut le privilège à peu près exclusif des doyens en g-og-ueite, des curés gTotesques, des vicaires égrillards, et des moines IréLucliant dans les vignes du Seigneur. Aujourd'hui encore il ne connaît guère que la soutane folichonne et le capuce goguenard .
Dans le tableau que reproduit notre Paris-Salon, le malicieux artiste a l'envie bien évidente de mettre à mal un pauvre saint homme d'ermite, qui s'est enfui bien inutilement au désert, puisque la tentation, sous la figure d'une jolie femme, va
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le poursuivre jusque-là, pour lui apprendre que partout la chair est faible !
C'est une sorte de tentation de saint Antoine, dont M. Frappa nous donne ici la réédition. Mais il ne Ta point traitée en charge, comme on aurait pu le croire ou le craindre de lui. C'est, au contraire, une tentation sérieuse.
VEnuoyée du diahlc, c'est luic jolie femme, très bien en pomt, portant avec beaucoup de crânerie le manteau rouge de nos éminentissimes seignem's les Cardinaux du Sacré Collège. Comment un pauvre solitaire, perdu au fond d'une Thébaïde, isolé depuis trente ans dans sa baume, ferait-il bien pour ne s'y point laisser prendre !
La dangereuse créature fraj^pe à la porte, d'un doigt mignon, qui sait pourtant se faire entendre, et le cénobite ébloui va se trouver eu face d'un corsage décolleté carré, laissant voir une poitrine opulente ; d'une tête souriante, aux contours pleins et fermes, aux dents blanches, aux yeux bruns, fendus eu amande, et couronnée d'une forêt de boucles noires s'échappant du grand chapeau... Que va-t-il se passer, bon Dieu? Ora pro nohis!
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AIME MOROT