LE RENFORT
'ai entendu beaucoup de soldats, et un assez grand nombre d'officiers, quelques-uns même parvenus à la graine d'épinards, me raconter . des batailles auxquelles ils avaient pris part.
J'avoue que je n'y comprenais jamais rien; mais je me hâte d'ajouter que les narrateurs, quand ils étaient sincères, déclaraient n'en savoir pas davantage.
A l'exception du général en chef, et des rares confidents de sa pensée intime, les batailles sont lettres closes pour les comparses plus ou moins héroïques que l'on envoie se faire tuer à droite
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OU à gauche, saus prendre la peine de leur faire connaître, par raison démonstrative, pourquoi on les a priés de venii' ici, ou d'aller là.
Ce que je dis des récits, je pourrais le dire également des tableaux de batailles.
Il est possible que les stratégistes au coup d'oeil d'aigle puissent faire de Tordre avec ce désordre ; se retouver dans le pêle-mêle de ces régiments qui se heurtent et se confondent ; mais la foule, le visiteur naïf, qui n'a pas fait une étude suivie et raisonnée de ces tueries savantes, n'y voit que du feu... et de la fumée.
C'est un peu ce qui m'arrive avec le Renfort de M. Chigot, brillant épisode de notre campagne sur la Loire, en 1870, où la Fortune, cette capricieuse qui nous a tant de fois trahis dans cette guerre, eut encore un ou deux sourires pour nos armes.
L'aspect général de la toile de M. Chigot ne manque pas de grandeur, et les groupes sombres de ses combattants se détachent par un puissant relief sur la blancheur immacidée des neiges, couvrant la plaine immense.
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OUTIN
L'EMIGRE
'est une page douloureuse de uotre histoire révolutionnaire, et de ses dissentiments politiques que M. Outin nous raconte. Puisse notre génération n'en jamais voir le retour ! Je ne sais quel acteur du grand drame social qui se joue en France depuis bientôt un siècle, disait un jour, pendant un entracte ;
« Dans des temps troublés comme le nôtre, il est plus difficile peut-être de discerner son devoir que de le faire. »
Il y eut un temps, en effet, où des hommes appartenant au meilleur monde, adorant leur pa-
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trie, attachés aux institutions séculaires sous lesquelles la France avait grandi , dont le sangavait arrosé tous les champs de bataille oii la patrie avait déployé son drapeau, se demandèrent tout à coup :
Que faut-il faire ?
Lanation, debout, frémissante, se tenait enarmes devant le roi, réclamant ses droits, elle à qui ses maîtres n'avaient jamais parlé que de ses devoh's. . .
Et pour ces hommes, qui avaient jusque-là vécu des idées du vieux monde, sans avoir même le le soupçon qu'un monde nouveau allait remplacer celui-là, il y eut comme un écroulement de toutes choses, et croyant la France perdue, ils l'abandonnèrent, prenant volontairement le chemin de l'exil...
Leurs doutes, leurs perplexités, leurs angoisses, c'est ce que M. Outin a fort bien rendu dans son émouvant tableau de l'Éni'Kjrê, cet exilé volontaire.
SALZEDO