GALLAND
Le Triomphe de Bacchus
. alland, qui sait beaucoup, qui met un goût extrême au service de sa science, et dont la causerie est aussi instructive que ses œuvres sont intéressantes, est reconnu comme un véritable chef d'école par tous ceux qui ont le sentiment de l'art décoratif, et qui comprennent que, dans certains cas, la Peinture est condamnée à se faire l'auxiliaire de l'Architecture, pour concourir avec elle à l'embellissement de l'édifice dont l'architecte doit régler les détails de même qu'il en a conçu l'ensemble...
Ce serait une étude curieuse, et singulièrement profitable pour notre jeune école de peintres-décorateurs, celle que nous espérons faire un jour des œuvres sans nombre
que cette main ingénieuse autant qu'infatigable a semées aux voûtes et sur les parois de nos palais et de nos églises,, de nos théâtres et de nos hôtels. On y trouverait, à un degré remarquable cette harmonieuse unité dont je proclame la nécessité, et dont M. Galland donne l'exemple.
Aujourd'hui, ma tâche est plus modeste, car je ne puis étudier qu'un seul des nombreux envois de M. Galland à l'Exposition du Champ de Mars.
C'est un simple desstré de cheminée pour la salle à manger du Président du Tribunal de Commerce de Bordeaux, M. Segrestaa.
Dans une ville où l'on boit aussi bien qu'à Bordeaux, le sujet s'imposait, et M. Galland, qui l'a bien compris, célèbre avec ses pinceaux le Triomphe de Bacchus.
Le petit dieu est encore enfant ; mais on peut dire que déjà « il aime à rire, il aime à boire. » Le corps est bien dessiné, très sculptural dans sa grâce enfantine, avec une expression de visage d'une gravité précoce qui, dans l'enfant, permet de deviner le jeune dieu* Heureux les convives de M. Segrestaa, quand ils sableront le château Yquem et le château Laffitte, sous les yeux de Bacchus, président-né de leurs festins. Ils n'oublieront pas de porter un toast à M. Galland, qui l'a si bien peint t
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RIXENS
Le Feu
lle n'était, certes, ni vulgaire, ni facile, la tâche que Ton confiait à M. Eixbns, en le chargeant de symboliser le Feu, pour orner un panneau décoratif dans une des nombreuses salles de l'Hôtel de Ville de Paris — celle-là que l'on appelle précisément la Salle des Sciences.
Il y a bien des façons de symboliser le feu : d'abord sous la forme d'un incendie, dévorant quelque édifice célèbre, le Temple de Diane à Ephèse, la Bibliothèque des Ptolémées dans Alexandrie, ou bien encore l'holocauste de quelques-uns de ces théâtres qui sont condamnés à brûler avec une périodicité presque régulière.
Mais ce sont là des faits divers, matière à simple repor-
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tage, et M. Rixens n'a pas cru qu'ils fussent suffisants pour lui inspirer un tableau.
Il a donc symbolisé le feu sous la figure énergique d'un homme dans la force de l'âge, qui n'est pas beau comme Narcisse, Écho, Adonis ©u Endimyon, mignons des déesses ; mais il n'est pas vulgaire non plus, et l'on devine une rare énergie chez cet arrière-neveu des Cyclopes et des Cabires du monde Grec, qui est peut-être aussi un petit cousin des Kobolds de l'Olympe Scandinave ou germanique. Le large rire qui éclate sur ses lèvres indique bien l'orgueil de l'homme, triomphant de la force brutale de l'élément, et la joie quelque peu bestiale de l'ouvrier qui ne connaît que ses muscles, et qui s'exalte dans sa victoire sur la matière.
Tout cela a été saisi et compris par M. Rixens avec la finesse d'observation d'un penseur, qui, dans l'exécution de son idée, n'oublie pas que le mérite pittoresque est indispensable à toute œuvre d'art. Son personnage, avec sa force sans lourdeur, et l'harmonieux balancement de ses lignes, prend une valeur singulièrement décorative.
On comprend en le voyant qu'il ne faut pas plaisanter avec le feu !
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MUENIER
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Le Catéchisme
^ubnier (Jules-Alexis), dont nous écrivons ici le nom pour la première fois, est un infatigable travailleur, dont la dévorante activité se projette dans toutes les directions. Il n'expose pas moins de dix tableaux dans les galeries du Champ de Mars, et la variété ne le cède pas au nombre dans son œuvre. Portraits, tableaux de genre, paysages, études de types et de physionomie, scènes de la vie populaire, tout s'y trouve, et tout s'y présente à nous avec un caractère toujours intéressant et une touche de très sincère originalité.
Entre ces diverses compositions qui toutes méritent l'attention, nous avons choisi le Catéchisme, d'abord
parce qu'il se présente avec un caractère franchement pittoresque, et puis aussi parce qu'il s'en dégage une impression d'honnêteté qui nous gagne et qui nous séduit. Trouvez-moi donc une meilleure figure que celle de ce bon vieux curé arrivé au soir de sa vie sans que rien n'ait troublé la sérénité de sa conscience pure. Assis sur sa chaise rustique, qui n'a rien de commun avec les trônes d'or et de velours de nos seigneurs les évêques, en pleine nature, en plein champ, au milieu des pavots en fleurs, et à l'abri des roses trémières qui dépassent d'une coudée sa tête vénérable, tout simplement, à la bonne franquette, sans même avoir de livre à la main, il fait la leçon à son jeune troupeau.
Et les petits, rangés sur le banc de bois, qui se lèvent chacun à son tour, pour répondre à Monsieur le curé, comme on les devine fils de bonnes mères, élevés dans l'honnêteté des familles encore pieuses, et n'ayant pas jusqu'ici payé le tribut à cette corruption du siècle, qui, dans nos villes maudites, les dévore plus jeunes et plus tendres!
On regarde avec plaisir des tableaux comme celui-là, et et si l'on éprouve un regret, c'est de ne pas être assez riche pour l'offrir à l'église de son village !
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