A L'AUBE
lexandre PROTAIS, dans une carrière déjà longue et noblement remplie, nous donne l'exemple d'une inviolable fidélité à la première vocation. Engagé volontaire de la vingtième année dans la peinture nationale et guerrière, il s'est senti attiré tout d'abord par la poésie du drapeau, et, depuis lors, il n'a cessé de consacrer son talent à la reproduction exclusive des scènes de la vie militaire, tour à tour simples, grandioses et terribles. Mais, quel que soit le sujet qu'il traite, on peut être certain d'avance que
A î. E X A N lt lt E 1' n 0 T A r S
la note qu'il fera vibrer sera toujours la note juste et vraie. — Je me hâte d'ajouter : — et la note sympathique ; car M. Protais appartient à la race des artistes qui ont besoin d'aimer leurs héros, qui mettent leur âme dans leurs œuvres, et dont la sensibilité fait partie du talent même.
Les lecteurs du Paris-Salon de 1881 n'ont pas oublié l'émouvante composition que nous avons publiée sous ce titre : Le Drapeau! toute frémissante de patriotisme.
M. Protais reste toujours dans le même ordre d'idées.
Une sonnerie de clairons, tournée du côté des tentes, appelle les troupes aux armes. L'ennemi n'est pas loin, s'il faut en croire les physionomies sérieuses et pensives du petit groupe d'officiers qui, lorgnettes en main, fouillent minutieusement l'horizon.
Ici, comme dans toutes les œuvres de M. Protais, le sujet est simple et l'effet puissant, grâce à la sincérité de l'émotion, à la justesse des poses, à la vérité des mouvements, à la sincérité de l'accent personnel de chacun de ces mâles visages. On sent qu'ils sont des hommes avant d'être des soldats.