LA FÊTE DU 14 JUILLET
lfred-Philippe ROLL a su, très jeune encore, conquérir une grande place dans l'école de peinture contemporaine. Il fait grand, et je ne crois pas avoir besoin dédire que je n'entends point, par ces paroles, essayer la moindre allusion aux dimensions de ses toiles. Je ne vise que la manière et le style de l'artiste. L'Inondation et la Grève des mineurs ont attiré sur M. Roll une attention qui, depuis lors, ne s'est jamais détournée de lui.
ALFRED-PUILITPE ROLL
Mais si ces deux grandes pages sont les plus caractéristiques de la tendance et des procédés de l'artiste, il ne faut pas croire qu'il soit homme à se renfermer dans une formule, si large qu'elle puisse être d'ailleurs.
A coté de ces toiles énergiques et sombres, émouvantes et mélancoliques, dont l'artiste a trouvé les couleurs sur une palette en deuil, nous en rencontrons d'autres, pleines d'éclat, de gaieté, de jeunesse et de lumière. Tel était, par exemple, le beau tableau intitulé Don Juan et Haydée, souvenir éclatant du poème de lord Byron, où s'accusaient assez vivement des aspirations romantiques. La Chasseresse, montée sur une jument blanche, et levant répieu pour percer un jaguar, bondissant au milieu d'une meute de grands chiens tachetés, est un morceau plein de brio, d'élégance et de légèreté. La Fêle de Silène, véritable débauche de nu, — duCarpeauxen peinture, — avec une fougue superbe de mouvements et une véritable surabondance de formes plastiques, pouvait nous faire présager le coloriste habile et puissant, le maître savant de l'ombre et de la lumière, que nous retrouvons aujourd'hui tout entier dans la grande Fête du ii Juillet. 11 y a là, dans
ALFItED-PIIILIPPE ROLL
ce débordement de l'allégresse nationale, si admirablement rendue, une souplesse de facture, une variété de poses, une richesse de types, une animation, une vie que l'on retrouve bien rarement dans une œuvre pittoresque. Aussi, bien que la toile soit immense, l'œil la parcourt tout entière sans éprouver un seul instant de fatigue, tant il est charmé, récréé, captivé et séduit par la diversité incessante de ses impressions. Le peintre nous emporte avec lui dans le tourbillon où il jette les myriades d'acteurs de ce drame joyeux et vraiment populaire.
Pour qui connaît les difficultés de la peinture officielle , pour qui a goûté l'ennui de ces grandes toiles commandées par les gouvernements pour rappeler aux populations des souvenirs que l'on tient à graver dans leur àme, il y a là un mérite de difficulté vaincue dont il serait injuste de ne pas tenir compte au jeune maître. Un sujet qui, sous d'autres mains, n'eût été, pour parler la langue verte des ateliers, qu'une assommante machine, devient au contraire, traité par lui, amusant comme un tableau de genre. La composition, si vaste qu'elle soit, nous offre un caractère de frappante unité. On