‹ Paris-Salon (volume 4)Chapitre 2 sur 45 · P R K F A C E IX · texte numérisé non relu

P R K F A C E IX

n'ont pas trouvé que ses arrêts fussent toujours justes, et ils ont poussé la clameur de haro. On a crié un jour au scandale. Devant cette orag-euse liberté, qui ne leur donnait ])oint tout ce qu'ils avaient espéré ou souhaité, beaucoup ont demandé « qu'on les ramenât aux carrières », c'està-dire au Jury d'Etat.

Ces plaintes, un peu exagérées d'ailleurs, faisaient la partie belle à I'Administration dks Beaux- Arts, qui reg-rettait sans doute son influence amoindrie, presque perdue.

Rendons-lui toutefois cette justice qu'elle n'a pas voulu abuser de sa facile victoire. Ce qu'elle avait donné, elle n'a point essayé de le reprendre . Le Salon annuel existe encore, et il existera toujours.

Mais, en face de ce Salon qu'aujourd'hui j'appellerais volontiers nécessaiii'e,V A d^ninistration en a institué un autre, qui ne s'ouvrira qu'une fois tous les trois, ans, et qu'elle appelle pour cette raison le Salon triennal, dont elle entend garder la direction exclusive, et dans lequel, à côté des œuvres absolument inconnues et nouvelles, elle se réserve le droit de recevoir colles qui auront

eu déjà la publicité d'une expor^ition dans les trois dernières années qui le préeéderont.

Pour ce Salon officiel, véritable Salox d'État, l'Administration se charge de tout; de l'or^-anisatiou môme de l'Exposition, de la distribution des récompenses, et, chose à la fois; ])lus délicate et plus grave, de l'admission ou du rejet des œuvres présentées.

Le jury qui a prononcé en son nom est composé des membres de l'Institut appartenant aux sections de la Peinture, de la Sculpture et de la Gravure ; d'un état-major hors cadre d'amateurs bien vus par l'œil du Pouvoir, et de quelques critiques agréables — personxœ ijrdla^ comme on (lit dans la langue diplomatique.

Pour notre compte, une telle combinaison n'a rien qui nous déplaise. D'abord, parce (pic les inanifestaticms artistiques — quand elles sont bonnes — ne sont jamais trop noinbnMises, à nos yeux, et parc(^ (pie celle-ci nous |)ai'ait remplir tous les (leMdcvdld reconnus des S\lons annukls.

Ceux-ci représenter! lut toujours le uiouvemcnt d'avant-garde de la dcuiocratiL^ de l'art, et, à ce

seul titre, seul, ils inériterout toujours notre attention et notre étude.

L'autre nous offrira surtout les résultats a('i|uis, contrôlés, acceptés, reconnus par tout le monde . Ilnous montrera les gloires incontestées, et ceux-là môme qui sont l'honneur de l'École française contemporaine.

On a tini par le comprendre dans les ateliers, comme on l'avait compris tout d'abord dans le public désintéressé. Aussi le projet, qui avait commencé par soulever quelques oppositions, fondées sur une susceptibilité jalouse, et inspirées par une rivalité ombrageuse, ne rencontre plus aujourd'hui que l'adhésion sincère, sympathique, des personnalités les plus marquantes dans le monde de l'art.

Pour nous, qui nous sommes voués, avec un zèle que rien ne décourage, à la vulgarisation des grandes œuvres de nos peintres, nous reproduisons aujourd'hui les plus belles pages de l'exposition triennale, avec le même empressement et le, môme soin que celle de l'exposition annuelle. Les uns comme les autres appartiennent de droit à la publication que nous poursuivons depuis

plusieurs années déjà, sans interruption et sans relâche, qui a su marquer sa place dans toutes les bibliothèques artistiques et mondaines, et qui s'appelle le Paris-Salon.

Louis Enault.

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