L'HIVER EN FORÊT
LLONGÉ est un des rois du fasaiu; personne n'en connaît mieux que lui toutes les ressources, et n'en tire un plus habile parti ; ce charbon intelligent devient entre ses mains le rival des jjinceaux les plus puissants. Nul mieux que ce maître n'est capable de nous faire comprendre tout ce qu'un véritable artiste peut obtenir des deux seules tonalités du Noir et du Blanc, bien employées.
L'œuvre de M. Allongé est déjà considérable, et chaque Salon vient y ajouter plusieurs morceaux importants. Après tant d'années de travail
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— c'est-à-dire de succès — il tient encore à se sentir en communication directe et constante avec le public, et il fig-ure dans toutes nos expositions avec l'exactitude, le zèle et l'ardeur d'un débutant qui aurait à faire son nom et son chemin. On peut le citer à tous comme un modèle et comme un exemple.
Amant passionné de la nature — on n'est un véritable paysagiste qu'à cette condition — M. Allongé s'est attaché à la reproduire dans une foule vraiment innombrable de compositions, sous les aspects les plus divers. Il est vivant et varié comme elle. Il nous a rendu le sourire du printemps, et les ardeurs de l'été torride, et les frissons de l'eau déroulant sa nappe humide entre des rives de myosotis, de fontinales et de cressons ileuris, etlesg-rands rochers immobiles, hérissant la cime des UKUits sourcilleux', et les beaux arbres majestueux, arrondissant au-dessus de nos tètes leurs berceaux de fraîche verdure, et les lointains horizons auxlig'uesllottantesetmolles, comme des ceintures dénouées, (pii senil)lent eur.'rmer l'iiiimensité dans un p(>tit cadre
Aujourd'hui M. AllouLiè nous doniu» une ^'ranih'
pag'e austère, mais qui n'en est pas moins belle. Cela s'appelle l'IIincr en forci .
Le cruel décembre a dépouillé les arbres de leurs feuilles. Les grands tronc^s s'élèvent — droits et nus — comme les colonnes d'un temple sans fin, tandis qu'ils projettent dans toutes les directions leurs long-s bras noirs et décharnés. La neig-e étend sur le sol son blanc tapis g-lacé. Rien qu'à re^i-arder ce tableau on a l'onodée.