LES EMMURÉS DE CARCASSONNE
|e compi-eiids bien qu'un artiste comme Jean-Paul Laurexp, qui excelle tout particulièrement dans les restitutions du passé, se sente vivement attiré vers cette vieille cité de Carcassonne, conservée avec une si merveilleuse fidélité et restaurée avec une habileté si parfaite qu'il ne manque pas une pierre à ses murailles, un créneau à ses remparts, un màcliicoulis à ses tours.
Tout le monde reconnaît le talent de Jean-Paul Laurens, mais je sais des délicats qui se plaignent parfois de l'usage qu'il en fait, et qui lui reprochent
son goût pour tout ce qui regarde le service des pompes funèbres.
Qu'il y ait du vrai là-dedans, je ne le contesterai pas, à la condition toutefois que l'on voudra bien reconnaître avec moi la rare valeur, la puissance extraordinaire et la singulière habileté que le peintre sait toujours mettre au service de son imagination maladive et de sa fantaisie sombre.
Le tableau que reproduit aujourd'hui notre Pauis-Salon échappe à cette critique. L'action que représentent les Emmurés de Carrassonne est violente comme une émeute; c'est un mouvement populaire dans lequel les passions de la foule se manifestent avec l'énergie un peu tumultueuse qui convient aux ouïsses ; mais la chose peut se regarder sans que l'on éprouve le moindre besoin de se boucher les narines, ou de se uuuiir d'un flacon de sels anglais. Kn revanche, de grandes qualités plastiques; beaucoup de fougue et de nuiuvement. Voyez plutôt le moine ipii liaraugue la population, et les ouvriers ([ui déuiolisscut le luuiderrière le(iuel gémissent les captifs, ('/est de la peinture d'histoire, de la uicilleuri', et de la plus vraie.
GUILLAUMEÏ
LAGHOUAT iSAHARA ALGÉRIEN)
jiLLAUMET est le vrai conquérant de l'Algérie, et, bien que pour accomplir ses exploits il se soit servi du pinceau et non du sabre, son œuvre n'en sera peut-être que plus durable. Toutes les belles compositions qu'il nous envoie du fond de l'Atlas, depuis une ving'taine d'années, nous donnent une ûote africaine dont l'éclat seul égale la franchise. Il traite les sujets algériens avec la compétence et l'autorité que seuls possèdent les véritables maîtres.
L'exposition de M. Guillaumet au Salon Triennal est à coup sûr la plus complète, la plus
belle et la plus brillante à laquelle l'éimueut artiste nous ait jamais conviés. On peut le voir et le juger ici à peu près sous tous ses aspects. Nous avons long-temps hésité, quand il s'est agi pour nous de faire un choix entre cinq ou six œuvres, toutes de premier ordre. Nous étions également attirés par l'intérieiw d'une tente, du plus joli arrangement ; par les Dunes du Sahara algérien — un océan de sables aux reflets d'or; par l'Habitation saharienne, qui nous eût fait pénétrer si avant dans l'intimité de l'existence arabe.
Nous avons préféré la Vue de Lagliouat, la dernière de nos possessions sur la route du Sud, posée à la hmite même du désert, et après laquelle toute trace de civilisation disparaît. C'est là, nous osons le dire, une œuvre tout à fait magistrale, et dans laquelle il nous semble que M. Guillaumet se montre supérieur à lui-même. Nous ne voyons guère que les murailles de la ville ; mais la ligne d'horizon est superbe, et les silhouettes d'Arabes, hommes, femmes, enfants, que nous voyons au i)ied môme des remparts, debout, assis ou couchés, ont une variété de poses et une noblesse d'attitudes qui cliarnient véritabhMuent le regard.
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