J LA LOIRE A BRIARE
SERIEZ-VOUS dire, ami lecteur, que vous auriez ^ ®^ pris sur vous, il y a seulement une dizaine § d'années, de prédire au maître peintre qui s'apî pelle Harpignies la destinée brillante, et le milieu ? de carrière comblé d'honneurs et de succès de 3 tous genres qui tont de lui, au moment oii nous § écrivons ces lignes, un des artistes les plus enviés ^ de ce dernier quai't du xix"" siècle? ^ Pur de toute intrigue, ennemi de toute coterie,
j vivant au sein de la nature, et l'adorant, souvent ; solitaire, et légèrement hirsute, sans se préoccuper ^ des autres, et tout à son œuvre, poursuivie fière- ^ ment et courageusement, 1 artiste creusait, non § sans peme, parfois, mais toujours avec une iné- I branlable constance, le sillon profond où devait
germer sa gloire.
Nous lûmes un des premiers à saluer cet avenir
obscur encore, mais pour nous déjà plein de pro-
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messes. Jamais nous n'avons été meilleur prophète ; car aujourd'hui l'infatigable travailleur est, de l'avis de tous, — et même du sien, — à la tête du paysage français, et dans les ventes publiques, on couvre d'or ses moindres toiles.
Au grand sentiment de la Nature, dont je parlais tout à l'heure, Harpignies joint le mérite d'une exécution singulièrement vigoureuse, à laquelle on pouvait jadis reprocher peut-être une certaine âpreté, et quelque chose, comment dirais-je bien? d'un peu farouche. Aujourd'hui tout cela s'est assouph, fondu, enveloppé, et, tout en restant fort, le peintre devenu harmonieux, atteint le solstice de sa glorieuse maturité, et jouit en paix de son triomphe — car il triomphe, ce don Harpignies, et je lui tire humblement mon chapeau.
F A.H.IS-SwA.L03Sr
PUVIS DE flHAVANNRS