L'ENVOI AU TONQUIN
Bri'iL est au monde une fraternité sainte et ton- ^^ chante, c'est bien celle du malheur, celle qui naît du sentiment des infortunes communes, et qui vous fiùt oubher vos propres douleurs, pour ne plus song-er qu'aux douleurs des autres.
On se rappelle la belle parole du Christ aux femmes qui arrosaient de leurs larmes la croix douloureuse et sacrée du Calvaire :
Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez plutôt sur s'ous-mêmes !
Nous pourrions tenir le même langage à l'Alsace, cette fille de France, sanglante et mutilée, arrachée par la conquête au flanc maternel, et dont la blessure ne sera jamais fermée. '
Son deuil est assez grand pour l'absorber tout entière, et ses propres peines lui suffisent.
Mais son cœur généreux est assez riche en
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i>A.R.is-s.A.XjOisr
sympathies poiir qu'aucun de uos malheurs la puisse laisser indifférente : son ancienne patrie ne lui sera jamais étrangère.
C'est ce que M. Pabst a su nous faire comprendre dans la jolie toiie qu'il intitule : Envoi au Tonkin.
Nous sommes dans un modeste intérieur alsacien. La scène est à trois personnages : une vieille femme au visage austère, dont le profil s'enlève avec ha netteté d'un trait de burin; une johe blonde aux tresses dorées, qui Ht la lettre d'un cher absent — un de ces héros que l'on a envoyés là-bas à une mort obscure et inutile — et une douce et tendre créature, qui recueille les offrandes pour ceux qui souffrent par delà les mers.
C'est tout, et c'est assez pour que l'on regarde le tableau de M. Pab^t avec une émotion vive et profonde.
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