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EUGENE BULAND
A Huitaine
(plaideurs a la ji'st:cb-de-paix}
^aONSiEUR BuLAKD n'est pas seulement un peintre FSw c'est un poète.
Il a des façons à lui, élevées et délicates de voir liis choses. Je sais, de par le monde, des tableaux signés de son nom, dont le eonvenir me hante.
Le Paris-Salon de 1885 publia un tableau du jernie maître, intîtuté « Restitution à la Vierge s d'une grâce charmante en sa naïveté. C'était une offrande de jeune mariée, au lendemain des épousailles, apportant à la divine vierge un bouquet de fleura symboliques-
II y avait dans l'œuvre tout entière je ne sais quelle
pureté céleste ; on se serait cru devant quelque panneau de maîtres primitifs de TÉcole Toscane ou Vénitienne.
Mais M. EuaÈNE Buland n'est pas un monotone ou un monocorde — et il sait faire vibrer tour à tour les notes les plus diverses — je dirais volontiers les plus opposées.
Il échappe par des fuites subites, à ce monde du passé, auquel on aurait pu le croire inféodé pour toujours, et il se plonge avidement dans les plus vives réalités du monde moderne, où il apporte je ne sais quelle verve ironique, dont le contraste avec sa première manière ne laisse point que d'être fort piquant.
Sont-ils assez pris sur la nature même, ces deux plaideurs en Justice-de-Paix, renvoyés à huitaine, l'honmie crétinisé, déjà abruti par les huissiers — et la vieille — une forte tête — ruminant des moyens de procédure dans sa cervelle de fée carabosse.
AIME MOROT
La (Danse
<^MoNSiEiJB AiHÉ MOBOT est DU des henreux parmi les ■^^peintres de l'époqne contemporaine : ses débuts furent éclatants ; la fortune ue l'a pas condamné à faire antichambre chez elle. Il était encore adolescent quand il reçut le premier baiser de la Muse, qui, quoique femme, lui resta fidèle. Il a en la gloire jeoue. C'est la seule gloire qui fasse plaisir ; car, après !
A quoi bon ? se demande celui dont les lauriers ne servent plus qu'à cacher des cheveux gris.
Dans la variété déjà grande de ses productions — car M. MoROT est un infatigable travailleur — les juges les plus difficiles reconnaissent les rares mérites d'une exécution pleine de verve, d'éclat et de brio. Sa touche est tout à la fois fraîche et brillante, et il sait donner la vie à tout ce qui passe par ses mains. La chair, sous son pinceau, palpite et frémit. Il y a quelques années, son Christ en croix était la page la plus pathétique du Salon des Champs-Elysées.
Aujourd'hui M. Aimé Morot nous offre l'apothéose de la danse.
La scène se passe dans les nuages roses et gris-perle de quelque Olympe, où nous voyons défiler dans les costumes de leurs temps la Pavane de Louis XIII, le Menuet de Louis XIV, la Gavotte de Louis XV, la contre-danse de la Restauration, et les valses et les polkas fin-de-siècle de l'an de grâce 1892, et tout cela vif, léger, coquet, pimpant — comme un cotillon du dernier carnaval.
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VUILLEFROY
«Bœufs dans un chemin
«MIoNBiBua Félix de Vuillefbot, qui occupe auv%ef jourd'hui un rang bï élevé dans rËcole française contemporaine, marche Taillamment à la tête de nos peintres d'animam. Héritier eu ligne directe de notre grand Troyon, il n'a pas laissé longtemps oisifs les pinceaux tombés de cette main puissante, et personne anjonrd'hai ne songe k Inï contester le rang qu'il a conquis — le premier ! Nous ne trouverons chez personne l'étude de l'animal plus consciencieuse ni serrée de plus près. Chacune de ses toiles révèle nu grand effort, mais en même tempe un effort réussi. Sa facture est toujours très large, et les types de la
DEBAT-PONSAN
Le Jour de Saint (Roch- ■
(VIEILLE COUTUME DU MlDl)
*j^A Religion chrétienne, que des Barbares imbdcilea ^ voudraient chasser de notre Société contemporaine, s'associe avec une soilicitude touchante à tous les besoins, à toutes les pompes, à toutes les grandeurs, comme à toutes les misères de la vie humaine. Elle s'occupe trop de l'homme pour ne pas s'occuper aussi des humbles et doux compagnons de son existence. Presque tous les animaux associes à l'homme par la Nature ont dans le ciel là-haut, près du trône de Dieu, un protecteuv et un patron. Personne n'eatend prononcer le nom de saint lloch sans penser ft son chien ; saint Antoine, dans sa solitude, nous semblerait plus seul sans son cochon fidèle ; saint Luc a son bœuf; saint Marc, son lion; saint Agnès, son doux
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s^o^éan; saint Jean, son aigle, dont l'œil perce lés ténè* bres de l'Apocalypse ; saint Georges, son cheval de ba taille; la Vierge-Mère, la colombe mystique dont un battement d'ailes féconda pour le salut du monde les
entrailles sacrées.
Ne soyons donc point étonnés si M. Dbbat-Ponsan, qui a toujours une vue élevée et poétique des choses, nous a peint avec un visible amour cette bénédiction des troupeaux dans les belles campagnes du Midi. La scène est aussi bien rendue qu'elle est bien conçue ; il s'en dégage une impression vigoureuse et saine. Ce n'est pas seulement une remarquable étude d'animaux. C'est un excellent tableau, dans le sens le plus large du mot, à coup sûr un des meilleurs du Salon de 1892.
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CALVES
<Dans les champs
&^ui, la Toilà bien, la Vie de$ Champs, telle qne douh ®^raiinoD8, c'eBtp-à-dire active, occupée, robnBte, saine et bien portante; où personne n'eat oisif ; où chacnn trouve nue tâcbe à son gré, et proportionnée à ses forces ; où l'on vit an grand air, en constante onion avec l'éternelle Nature, perdu en quelque sorte dans son sein.
Ansai j'ose dire que peu de toiles, au Saloh de 1892, nous donneront nne impression à la fois plusanguste, pins sereine et plna benreose qne celle de M. Galtés.
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FAlirS-SALOX
Xotis 90xnmc9 bien Dans les Champs à l'Iienre bénie, de la récolte, qal récompense des travaiLi de toate nne année* La scène est vire, plttoresqne et animée. Elle ne nous montre, il est vrai, qne les menns travaux dévolus aux femmes. On cneille les pommes de terre, qne Ton arrache anx sillons. Les nnes vont emplir leurs corbeilles dont elles dévei^nt le contenu dans les sacs largement onrerts que les antres leur tendent joyeusement.
Un cheval au piquet, attelé à une charrette encore vide anime le premier plan, traité aveo une grande vigueur, et qui nous fait mieux apprécier la décroissance voulue des horizons fuyants et dégradés, dans lesquels le regard va se perdre au loin.
Qaand on vient de lire les faits divers, troublés toujours, sanglants trop souvent, dans lesquels se résume aujourd'hui l'histoire de nos grandes villes, bâties sur des volcans, on envie M. Calvéh, et l'on voudrait, avec lui, passer ea vie dans les Champs.
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DAMERON
Q^écDlte de Êeurs, au cap d'Antîbes
^^'esDOBisiR danE 1e brouillard et ee réveiller daiiE nu ^TiiyoD de Boleil ; partir en soufflant dans sœ doigte, et arriver en e"e»njant le front ; laiffler dcmère eei les frimaiB et h. neige, et, aprèe mie nnit de traio-e^iresB, se tronver an miliec dee aœandJeiG en âeiUB et dee lOfies
épanouies
Ce rêve, un voyage à Nice, en hiver, par le raj^de F.-L.-M, se charge de le réaliaer. Je le faiB tme fois chaque
année, et le joli tableau de M. Dameron en renouvelle chez moi la sensation délicieuse.
Quand on a quitté Marseille, quand on est sorti des Gorges (TOllioules, tourmentées comme un tableau de Salvator Rosa^ le train s'avance entre deux haies, parfamées comme le mois de Mai en Normandie. Nulle part, en Europe, vous n'assistez à un tel épanouissement de la Nature.
On dirait un coin retrouvé du Paradis-Perdu. C'est l'Eden, au bord de la Méditerranée. A partir de Fréjus, il suffit d'étendre la main pour cueillir des roses, et sans habiter le Palais de l'Âlcazar et les fameux jardins des rois Maures, un amoureux, pourvu qu'il soit ténor ou baryton, peut chanter à sa favorite :
« Ici tu marches sur des fleurs ! »
Les fleurs I Voilà donc la vraie fortune de ce coin de terre aimé des dieux. Les fleurs I toutes les fleurs ! depuis le Mimosa aux effluves capiteuses, jusqu'aux Anémones à peine odorantes ! Et ces fleurs ne sont pas seulement la joie et l'orgueil du pays : elles en sont aussi la fortune.... . demandez plutôt à ces belles fllles aux cheveux noirs et aux yeux bruns que le joli tableau de M. Dameron nous montre faisant leur cueillette dans les vallons du Cap d'Antibes. Elles en mettront pour un million dans leur corbeille.
ÉVARISTE LUMINAIS
(passage de la Meuse par les Francs
(iv*' sièclb)
cFv^ARHi ses nombreux mérites, que penonne n'apprécie °^ plus que moi, il en eeb un que la critique k plaa sévère ne eaarait contester à M. Evabisie Luuiba.is : c'est ea fidélité à suivre le programme qu'il s'est tracé depuis son entrée dans la vie artistique.
Le peintre érndtt, dont chaque tableau pourrait servir de teste à une conférence historique, s'est dévoué à l'illnstration par le pinceau de ces cinq on siz siècles, li la fois troublés et féconds, livrés au chaos de la Destruction et de la Renaissance, que virent expirer le vieux monde, et le monde moderne sortir de ses mines.
Le sujet était inépuisable : le peintre semble s'être
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donné pour tâche de le creuser jusque dans ses plus intimes profondeurs, et il en a tiré cent tableaux divers qui donnent à son œuvre, à la fois une et variée, un intérêt singulier.
Les Francs, les Gaulois, les Huns, les Goths, les Ostrogoths et lesWisigoths, évoqués chaque année devant nous par ce pinceau très puissant, sont, à coup sûr, une des attractions et des curiosités de nos salons.
Le Passage de la Meuse par les Francs au iv® siècle, reste bien dans la gamme chère à M. Lumikais, et cette troupe pittoresque de vieillards, de femmes, d'enfants et de guerriers farouches attire et captive le regard, qui étudie avec un intérêt passionné ces types étranges et nouveaux, d'une vérité saisissante.
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LOUIS POMEY
Une visite à. l'atelier
^sjpL eu est on pea dea peiatres comme des comédienB. ^*"— révérence gardée I — Quand les coinédiena ont une soirée à eux, vons croyez qu'ils vont la passer chez eus, an coin du feu, si c'est l'hiver; an boia on à la campagne, Bi c'est l'été, YoQS n'y êtes point I Ils vont dans un antre théâtre,
voir jouer les rivanx, les camarades oa les amis. Tant leur tient au cœur l'amour sacré des planches.
Il en est de même des peintres — avec cette différence que leur théâtre à eux, c^est leur atelier. Aussi, quand ils n'ont pas d'autre tableau à faire dans Tatelier, ils peignent l'atelier lui-même.
C'est ce qui vient d'arriver à M. Louis Pomey.
Avec M. PoMEY, artiste d'une grande correction et d'une irréprochable élégance, l'atelier doit être en rapport avec sa peinture, et nous pouvons être certains d'avance qu'il va nous offrir un de ces jolis tableaux de genre, si goûtés il 7 a une vingtaine d'années, et dont je serais très fâché pour mon compte de voir la mode se passer complètement, car j'y trouvais parfois des petits coins très intéressants de notre vie bourgeoise et de tous les jours, traités avec beaucoup de soin et de recherche.
Je vous en donne la jolie toile de M. Louis Pomey comme un spécimen excellent. Le peintre qui fait les honneurs de sa maison, est, avec son pantalon gris perle et sa veste de velours noir, un jeune monsieur très bien, et la femme en robe blanche, regardant si attentivement la nouvelle œuvre est tout à fait attrayante et sympathique. On voudrait avoir un atelier — rien que pour recevoir sa visite.
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CHiGOT
Échouage par gros temps
^™[ 0H8IEUB Chigot s'est voué pendant longtemps à ■^^ l'illustration de nos annales militaires, et notre Paris- Salon a été heureux de reproduire, à diverses reprises, de grandes pages dues à ses pinceaux.
Tantôt, comme dans la toile intitulée : le Renfort, c'était un des plus brillants épisodes de cette campagne
sur la Loire, en 1870, où la Fortune, cette capricieuse qui nous a tant de fois trahis, eut encore quelques sourires pour nos armes ; tantôt, c'était l'efFort héroïque et désespéré de ceux qui, comme les Turcos à Frœschwiller, résolus à mourir, voulaient du moins vendre leur vie et tomber en héros.
M. Chigot, dans ces grandes œuvres, toujours remarquées par la fougue, l'entrain, l'emportement avec lesquels il savait rendre le fait de guerre, se distingue toujours par l'aisance et l'habileté d'un pinceau qui sait remuer les masses.
Aujourd'hui, plus calme dans un sujet par lui-même moins fougueux, il nous donne le spectacle de l'énergie tranquille.
Nous sommes au rivage, sur quelque côte de la Manche ou de l'Océan, la vague hurlante déferle avec fureur. C'est le gros temps. Six robustes marins, attelés à un câble, attirent à la côte le navire en détresse ; il vaut mieux s'échouer que de faire naufrage I Grande scène de la vie réelle, rendue avec autant de puissance que de vérité. Peinture saine et vigoureuse.
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