II
DEYROLLE
La Femme du pêcheur
e«ARiii ces vaillantes et courageuses créatures, dont la '^vie est une lutte sans trêve et sans relâche, pour gagner le pain du jour, j'en connais peu qui soient plus dignes d'une sympathie profonde, sincère et attendrie, que la Femme du Pêcheur... Je l'ai vue à l'œuvre, et plus d'une fois j'ai pris en pitié — non sa fatigue — mais ses angoisses, ses inquiétudes et ses terreurs !
Ce n'est rien le travail I et pour le redouter, il faut n'avoir ni force ni courage. Le travail c'est la loi du monde. Celui qu'on a surnommé le Grand Apôtre n'a-t-il pas écrit quelque part :
« Qui ne veut pas travailler, ne doit pas manger. y>
Travailler à deux, quand on s'aime, c'est une joie ! Le malheur, le vrai, le seul, Tinconsolable, c'est la séparation, et, pour ceux qui vivent à la mer et de la mer, la vie n'est autre chose qu'une longue séparation avec des intermittences de revoir... trop courtes, hélas 1
Tandis que le pêcheur, au péril de la vague, court l'aventure, toujours dangereuse, car on sait quand on part — on ne sait jamais quand on reviendra, ni si l'on reviendra — elle, une crainte étemelle au cœur, reste à la côte, avec les petits, prêtant l'oreille aux bruits du grand large, écoutant si la tempête ne vient point, implacable et cruelle, pour lui ravir celui qui est maintenant tout pour elle, si nécessaire à sa vie, et, pour tout dire en un mot ce son homme. »
C'est ce que M. Deyrolle a bien compris, et c'est ce que comprendront aussi tous ceux qui regarderont avec l'attention qu'elle mérite sa belle toile pathétique.
OUTIN
Le <Pont à roulettes
^^B ne sais pas si c'est an élève de Polytechnique, nn '^^pipo ou un cube de l'Ecole centrale qui a inventé le Pont à roulettes, mais j'imagine que s'il en avait fait la confidence à M. Ârmengaud, celui-ci, de sa plume autorisée et singulièrement compétente, aurait décrit le procédé, de manière à faire obtenir à l'ingénieur-inventeur — un solide brevet — mais bien eutendn, S. Q. D, G.
A la différence des autres ponts qui n'ont pas l'habitude de changer de place, et dont le premier mérite est, à
coup sûr, de rester tranquillement où on les a mis, le Pont à roulettes est essentiellement voyageur. On le promène pai les routes et par les chemins ; on le pose pour un instant là où le besoin s'en fait sentir, quitte à s'en aller bientôt, avec lui, chercher fortune ailleurs. Quel succès il aurait à Paris, ce pont à roulettes, pendant ces mauvais 1
jours où les balayeurs font grève, et où les Parisiennes aux j
petits pieds pleurent le trépas d' Alphand, comme les nym- '
phes autrefois pleuraient Daphnis éteint
c( Extinctum nymphœ crudeli funere Dophnim Flebani... »
Une équipe de pontonniers de ce genre fonctionnant sur nos boulevards, du Gymnase à la Madeleine, ferait une ample récolte de gros sous.
Ce n'est pas la question d'argent, qui a piéoccupé ,
M. OuTiN, le constructeur de notre Pont à roulettes. '
C'est la question pittoresque. 11 l'a résolue à souhait avec ;
cette belle Madame en costume Directoire, dont le vent fait badiner la robe fouettée sur le bas bien tiré. Que de gens, avec elle, ne craindraient point le passage des ponts !
M'" PILLINI
Sortie de la Grand'Messe
(FIKIBTÈRE)
en^BEiLLES k des sœurs, les Yertns passent à travers le ®« monde en se tenant par la main . La vieille terre bretonne est la patrie de tontes ses fidélités . Pendant des BiÈcleB, elle aima d'un égal amonr son Dieu et son roi, et, aujourd'hui encore, la dernière entre les dernières, pro-
vince intacte, elle résiste à renvahissante civilisation universelle, et garde le même culte inébranlable pour ses costumes et pour ses traditions. Je comprends donc qu'elle soit pour nos peintres la terre classique du pèlerinage, et que, chaque année, leur tribu voyageuse aille y chercher l'inspiration. Ils y trouvent des tableaux tout faits, qu'ils n'ont plus qu'à transporter sur leur toile.
C'est la bonne fortune qui vient d'échoir à Mademoiselle Marguerite Pillini, dont nous reproduisons aujourd'hui le très joli tableau : Sortie de la Grand"- Messe, souvenir du Finistère.
La scène, fort bien reproduite par la jeune artiste, est très bien choisie, très pittoresque, et aussi bien rendue qu'elle est bien comprise.
Devant nous se dresse la grande façade d'une église de la Renaissance, ornée de ses statues, de ses pinacles et de ses clochetons traditionnels ; la vaste porte est ouverte, et, par de là les profondeurs de la nef béante, nous apercevons la blancheur des cierges, fumant sur le maître-autel.
Au premier plan, la foule qui vient de prier, les hommes aux vestes brodées, les femmes aux coiffes blanches, et les petits bercés sur le sein des mères, et tout cela animé par une intensité de vie qui fait plaisir à voir.
EDMOND DUPAIN
■ le (passant '
^^E Tirette vivement pour mes lecteura de n'avoir pas ■^^Bous la main — an moment où jVcris ces lignes ^ le délicieux poème de François Coppde. Au lieu de lire le commentaire en vileproEe du tableau de M. Ed.Dl'pain, je leur offrirai les vers enchanteurs du poète des Intimités, et ils me sauraient plus de gré de ce que je ne leur dirais pas que de ce qne je leur dis.
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