BEYLE
Frileuse
^^ONHiEUR Bktle, qui Sait que l'on peut mettre de "^*« l'art, du style, de la poésie et de la grandenr dans lonB les snjets, nous révèle le plus souvent, dans ceux qu'il choisit, une préférence marquée pour les humbles, les faibles, les petits, les travailleurs de la terre — ceux de la mer plus encore — dont ses pinceanx, vraiment sympathiques, nous racontent la vie toujours sévère, parfois pénible, mais souvent pittoresque — c'est ce qu'il faut au peintre I
Nous connaissons de lui des morceaux d'une très jolie facture, et véritablement intéressants.
Je peux appliquer le bénéfice de ces observations au tableau que nous reproduisons aujourd'hui, la Frileuse.
Par les traits de son visage, et surtout par son expression de physionomie, la femme appartient au type populaire. Mais elle n'en est pas moins pleine de grandeur et de style. On dirait une belle plébéienne descendant d'un bas-relief antique. La pose est d'un naturel parfait ; le geste très simple et très vrai. La chevelure dénouée répand fièrement son flot noir sur le marbre des blanches épaules, et au-dessus le brasero qui brûle en plein air, la frileuse étend avec une avidité visible ses mains que pénètre la douce chaleur et que le bien-être envahit.
Une lectrice qui suit, par dessus mon épaule, les lignes à mesure qu'elles tombent de ma plume, me fait cette observation judicieuse : n Mais si cette dame a si froid, pourquoi resle-t-elle les bras nus et la gorge nue ? » La chose est facile à deviner, chère Madame. C'est parce qu'elle a une belle gorge et de beaux bras : on ne vous donne pas ces choses-là pour les cacher.
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