‹ Paris: ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 11 sur 39 · I. — LB MOHOPOLB · texte numérisé non relu

I. — LB MOHOPOLB

Cohlba et tabaco. — Jean Nicot. — Sourerains. — Le dixième de la fortune de la France. — Ferme générale. — Compagnie des Indes. — Droits réunis. — Décret du 20 mars 1791. — Sophbticalions. — Les diamants de madame R... — Décrets de 1811. — Monopole. — Prorogation. — Contributions indirectes. — Direction générale — ' Méthode scienliGque substituée à l'empirisme. — École polytechnique. — Laboratoire. — 17,200 fr. — Toxicologie. — Amphithéâtre. — Salle des modèles.— Jardin botanique. — Culture. — Sel de potasse. — Sincérité. — Surreillance de la culture. — Graines imposées. — Magasins. — Entrepôts. — Recettes et dépenses.

Lorsque, le 8 octobre 1492, Christophe Colomb découvrit i'ile de Guanahani, qu'il nomma San Salvador, il envoya deux Espagnols reconnaître Tintérieur des terres. Les messagers revinrent et racontèrent qu'ils avaient rencontré plusieurs naturels qui tenaient en main un petit tison d'herbes dont ils aspiraient la fumée. L'herbe ainsi brûlée se nommait cohiba et le tison était appelé tabaco; on a pris la partie pour le

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tout, et ce dernier mol seul a prévalu, en Europe du moins, car à la Ilavaue on dit encore probar un tabaco, pour déguster un cigare.

Ce fut Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, qui apporta dans notre pays le tabac, déjà connu en Espagne et en Portugal. Le nom scientiGque de nicotiana tabacum consacre ce souvenir. Catherine de Médicis adopta la plante nouvelle qui, passant pour guérir tous les maux imaginables, devint l'herbe à la reine, l'herbe de Médicée, l'herbe sainte. La mode s'en empara, l'usage 8*élendit peu à peu et finit par entrer dans les mœurs. Ce ne fut pas sans protestation de u part de quelques souverains. Âmurath IV faisait piler les priseurs dans un mortier ; le shah de Perse, Abbas, plus doux que le sultan, se contentait de leur faire couper le nez; Innocent YIII les vouait aux peines éternelles, et Jacques I" d'Angleterre écrivait contre eux des livres pleins de sages sentences. Rien n y fit : le tabac devait vaincre ses adversaires, triompher des obstacles et devenir une sorte d'aliment baroque, d'une utilité fort discutable, mais correspondant à des besoins impérieux, et que la tyrannie de l'habitude rend aujourd'hui indispensable à une grande partie de la population.

Jadis le commerce du tabac était sévèrement circonscrit, les apothicaires seuls avaient droit d'en vendre, mais seulement sur une ordonnance motivée du mé-

decin. Actuellement, loin de vouloir restreindre la consommation de riierbe de Nicot, l'État s'est emparé des opérations qui doivent en rendre l'usage plus agréable et plus sain ; les débits surveillés par l'autorité pullulent dans nos villes ; le tabac est absorbé sous toutes les formes possibles, on s'ingénie à en trouver de nouvelles et à satisfaire la passion de certains gourmets qui apprécient un bon cigare comme d'autres savent goûter un verre de vin vieux ; de plus, l'exploitation monopolisée rapporte au fisc des revenus considérables qui augmentent chaque année, et qui dès à présent représentent le dixième de la fortune de la France. Le cigare a succédé aux boîtes à priser de nos grandspères ; il a droit de cité partout aujourd'hui, dans les rues, dans les jardins publics, dans les cafés, dans les cercles, dans bien des salons ; encore un peu, et il entrera peut-être dans les théâtres, ainsi qu'en Hollande. Si, comme le prétendent certains docteurs moroses, le ^abac est un poison, il faut avouer que les Indiens nous ont fait un triste cadeau ; mais nous leur avons rendu l'eau-de-vie, et nous sommes quittes.

Dès que Tusage de la nicotiane tendit à se généraliser sérieusement, on pensa à en tirer bon parti au point de vue de l'impôt, et en 1621 le tabac fut frappé d'une taxe dont la perception fut attribuée à la ferme générale. C'était l'époque où la fabrication embryonnaire n'avait pas encore réussi à pulvériser mécanique

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ment les feuilles importées d*Âmërique ; chacun po^ tait aloi*s sa carotle et sa râpe. Gela dura longtemps, et Molière s'est moqué des jeunes seigneurs qui arrivaient à la cour le nez barbouillé et le jabot parsemé de poudre de tabac. En quarante an?, le produit du nouvel impôt avait presque décuplé, car la ferme des tabacs, qui en 1680 rapportait simplement 500,000 livres, donnait un revenu net de 4,200,000 livres en 1720V

De 1723 à 1747, la Compagnie desindd», destinée, après avoir fait concevoir tant de magnifiques espérances, à mourir si misérablement, posséda les tabacs, qui entrèrent ensuite dans le mécanisme des droits réunis. Ils y restèrent jusqu'au décret du 20 mars 1791, qui reconnaissait à tous les Français le droit de cultiver, fabriquer et vendre du tabac sous quelque forme que ce fût. Deux ans plus tard, une restriction fiscale modifia cette liberté absolue, et les négociants en tabac furent tous astreints à payer une licence.

Par les sophistications que les marchands de co-

* Ces chiffres eussent dû être plus considérables, si Ton en croît Barat, qui dit, à la date de mars 1719 : « On prétendait que la ferme des tabacs produirait au moins 12 millions par an, sur lesquels il Cadlait en ôter cinq, tant pour les frais de la culture du tabac que pour le salaire des gens qui lo façonnaient, des commis et autres frais de la régie ; qu'ainsi il en devait entrer 7 millions dans les coffres du roi. • {Bavai, tome I, p. 365.)

mestibles font aujourd'hui encore subir à leurs denrées, malgré l'étroite surveillance dont ils sont l'objet, on imaginera facilement ce que pouvait être ce com« merce spécial dans ce temps-là. Sous le nom de tabac, on fumait toutes les herbes de la Saint- Jean, des feuilles de choux, des feuilles de noyer, du varech, du foin ; on prisait du tan, du poussier de mottes, des racines de lichen d'Islande porphyrisées et bien d'autres choses dont le nom honnête est encore à trouver. Les vraisamateursfaisaient à grands frais venir leur tabac de la Hollande, qui du moins fournissait des produits sincères de Varinas et de Virginie, à la marque des Trois-Rois. Cette situation se prolongea jusqu'au milieu de la période impériale.

Une anecdote caractéristique amena, dit-on, le régime du monopole exclusif, qui dure encore et ne paraît pas près de prendre fin. Au commencement de l'hiver de 1810, à un bal donné au palais des Tuile* ries, l'Empereur vit passer devant lui et remarqua une femme couverte de diamants. Il demanda quelle était la personne qui était assez riche pour étaler une telle profusion de pierreries. On lui répondit que c'était tout simplement madame R., dont le mari était fabricant de tabacs. Ce renseignement ne tomba pas,, comme on dit vulgairement, dans l'oreille d'un sourd, et dès le 29 décembre de la même année, un décret, complété par un autre du 11 janvier 1811, décidait

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que dorénavant la fabrication et la vente des tabacs appartiendraient exclusivement à l'État.

Comme l'expérience manquait et qu'on craignait de faire des écoles onéreuses, on employa les anciens fabricants, qui du moins avaient pour eux le bénéfice de Texpérience acquise ; mais oh avait appris à se défier de leurs façons de procéder ; aussi pour les soumettre à une surveillance qui ne permtt nul écart et fit rendre à Taffaire tout l'argent qu'elle contenait, on les plaça sous la direction immédiate des droits réunis, qui plus tard sont devenus nos contributions indirectes. C'est donc en réalité de 1811 que date l'organisation régulière des manufactures de tabacs en France. Le monopole, renouvelé tous les dix ans, a été prorogé jusqu'au 1*" janvier 1873, par la loi du 23 mai 1862.

La n'gie des tabacs a été soumise aux contributions indirectes jusqu'en 1831 ; à cette époque, elle devint une direction relevant du ministère des finances; en 1848, le ministre, ne se rendant pas sans doute un compte bien net de ce que pouvait êlre cette administration compliquée, qui touche en même temps à l'agriculture, à l'industrie et au commerce, remit les choses sur l'ancien pied ; les contributions redevinrent maîtresses absolues du monopole, qui ne fut plus considéré que comme une affaire fiscale très-importante. Les inconvénients d'une telle organisation, qui enlevait au service de l'exploitation du monopole des

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tabacs un conseil spécial dans lequel tous les perfectionnements dont les procédés de fabrication sont susceptibles étaient discutés et approfondis à un point de vue d'ensemble, ne tardèrent pas à frapper les yeux les moins clairroyants, et un décret du 12 mars 1860 nomma un directeur général des manufactures de tabacs.

La mesure était excellente, on put le reconnaître promptement en voyant la nouvelle administration s'efforcer de donner satisfaction aux goûts du public et réaliser d'importantes économies dans l'emploi des matières premières, ainsi que dans les frais de manutention. A l'origine du monopole, la fabrication des tabacs était empirique ; de vieux contre-maîtres, ayant précieusement conservé la tradition des ateliers, indiquaient les procédés, les faisaient mettre en œuvre et restaient bouche béante devant tout cas anormal qui se présentait, ne sachant comment résoudre un problème imprévu. Chaque fabrique avait ses habitudes et n'en voulait changer; les mêmes espèces, traitées de la même manière, produisaient des résultats opposés; on n'était jamais certain de retrouver les qualités qu'on recherchait : bon aujourd'hui, le tabac était exécrable huit jours après, quoiqu'il sortît de la même manufacture et fût composé des mêmes éléments. A cette heure, il n'en est plus ainsi, et tout ce qui concerne la production du tabac, depuis le semis des

graines jusqu'à l'emballage de la poudre ou du scaferlati ^ arrivés à Tétat parfait, est conduit scientifiquement.

L'État a un intérêt puissant à ne fournir que des produits de premier ordre qui, excitant à la consommation, accroissent le revenu de l'impôt; d'autre part, il a compris qu'il avait charge d'âmes et que son devoir était , en assurant à ces mêmes produits une sincérité irréprochable et une innocuité presque complète, de sauvegarder la santé des populations. L'État, fabricant, disposant de ressources supérieures à celles de tout autre industriel, ne doit laisser sortir de ses ateliers que des objets se rapprochant de la perfection. Pour arriver à ce résultat, il ne sufGsait pas de remanier l'institution elle-même, il fallait changer le personnel chargé de la faire mouvoir; c'est ce que l'on fit, et les agents supérieurs des manufactures de tabacs

sont sans exception choisis parmi les élèves les plus distingués de l'École polytechnique.

* Scaferlati est le nom technique et administratif da tabac ï fumer. D*où Tient ce nom ? Selon les uns, c'est la dénomination que les LeTantins donnaient à une sorte de tabac qu*on expédiait de Turquie ; selon d*autres, c'est le nom d'un ouvrier italien qui, tniTaillant à la Ferme dans la première moitié du dix-huitième siècle, ioTenta un nouToau procédé pour hacher le tabac. J'avais cru un instant être sur la Toie. D'après quelques indications vagues, j'avais pensé que Scaferlati était le nom d'un négociant de Livourne, qui, pendant le siècle dernier, avait obtenu du grand-duc le droit exclusif de vendre du tabac en Toscane. Des recherches faites à Livourne n'ont amené aucun résultat, et je ne puis, à mon vif regret, pénétrer ce petit mjstàre étymologique.

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Cette innovation date de 1831, mais depuis une vingtaine d'années seulement elle a pris un développement sérieux, et grâce à elle la science s*est emparée d'une industrie à laquelle elle a fait faire d'inconcevables progrès. Tout vieux fumeur conviendra qu'il n'y a plus heureusement aucun rapport entre les tabacs durs, acres et violents qu'on nous fournissait jadis et ceux que nous fumons aujourd'hui. La prise de possession des manufactures par les anciens élèves de l'École polytechnique et surtout l'installation de la direction générale ont eu immédiatement un triple résultat qu'il est bon de signaler : amélioration des produits, accroissement de la fabrication, remplacement de la main-d'œuvre par des procédés mécaniques perfectionnés. On sait maintenant Je pourquoi de toutes choses, on peut facilement prévoir les accidents, y porter remède d'avance et les empêcher de se manifester. Dès qu*un problème se présente, il est étudié scientiflquement, expérimenté et résolu.

On est arrivé à déterminer exactement les mystères de la fermentation, à préciser les dosages, à combiner les mélanges, à débarrasser la plante des principes malsains qu'elle contient, tout en lui conservant une saveur recherchée ; on a délivré les hommes de travaux rebutants et pénibles; les chevaux aveuglés qui tournaient le manège sont remplacés par les machines à vapeur ; l'analyse chimique a découvert les principes

nutritifs particuliers que le tabac demande à la terre; on marche à coup sûr, éclairé par des théories que la pratique a vérifiées, çt l'on est dans une voie d'amé- 'ioration constante qui ne parait pas encore près de trouver un terme.

Il ne faut pas croire que les élèves soient aptes à rendre beaucoup de services aux manufactures lorsqu'ils sortent del'Ëcole polytechnique. Dans ce dernier établissement ils ont surtout appris à apprendre, ils ont acquis un instrument de travail général qui a besoin d*être développé et spécialisé. De même qu'il faut passer deux années à Metz, à l'École des ponts et chaussées ou des mines, avant de pouvoir faire creuser une tranchée ou construire un pont, il faut, avant d'cfrc admis au grade d'ingénieur aux tabacs, rester pendant deux années à l'Ëcole d'application ou, comme on dit, au laboratoire. Il suffira de rappeler que Gay-Lussac a dirigé ce laboratoire pour faire comprendre à quels hommes élevés dans la hiérarchie des sciences on le confie généralement.

L'École d'application pour les tabacs n'a rien des somptuosités des Écoles des mines et des ponts et chaussées; elle est fort modestement installée dans le grossier bâtiment qui jadis contenait la pompe à feu du Gros-Caillou *. Les dépenses exigées n'ont rien de con-

* Sous la première restauration, la pompe à feu contenait une piscine chaude où Ton pouvait se baigner^ et qui fut d'abord résenrée aux

sidérable et ne sont guère en rapport avec les 180 millions que les tabacs rapportent annuellement. Le matériel et le personnel grèvent notre budget d'une somme de 17,200 francs. Il est difficile d'agir avec plus d'économie. Une partie de l'installation néanmoins parait suffisante; le laboratoire où tous les fourneaux sont alimentés par le gaz est très-grand, outillé d'une façon convenable et a vu distiller plus de poisons que les Exili et les Borgia n'en rêvèrent jamais, rtrfois, dans cette large salle où les murs en carreaux de faïence blanche renvoient une lumière à la fois douce et puissante, on amène un lapin trop confiant ou un chat lâchement attiré par un morceau de mou. Une baguette de verre trempée dans la nicotine et appliquée sur la glande lacrymale du lapin le foudroie presque instantanément ; la même opération faite dans la gueule du chat détermine chez ce dernier un état nerveux indescriptible. 11 s'arrache littéralement la langue à coups de griffe pour se débarrasser de cette saveur odieuse, acre et brûlante; puis les convulsions le prennent, le secouent par bonds prodigieux et le tuent dans une attaque de tétanos. Du reste, ce supplice n'est pas long, et en moins de deux minutes la vie si particulièrement persistante des félins est éteinte.

Ce sont là , on peut le croire, les expériences

pages de Louis XYIIi; plus tard, elle devint publique, et disparut quand on construisit la laçadc do b manufacture.

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exceptionnelles. Ordinairement le laboratoire est fort calme : un homme, sérieux et réfléchi, est penché au-dessus d'un matras et surveille attentivement un mélange bouillonnant que n'auraient point répudie les antiques sorcières de Gampanie ; des jeunes hommes, vêtus de longues blouses blanches, s'occupent autour de quelque cornue de forme baroque; par les fenêtres ouvertes, on entend les oiseaux qui chantfiit sur les arbres du quai d'Orsay ; il y a de la poussière partout, et les araignées, que nul ne dérange, filent paisiblement leur toile à l'angle des plafonds.

Dans toute école il faut un amphithéâtre pour que les élèves puissent s'asseoir en face d'un professeur qu'ils écoutent et qui les voit. L'amphithéâtre de la manufacture du Gros-Caillou est un objet de curiosité. Jamais école primaire d'un hameau perdu dans les Cévennes ou sur les landes de la basse Bretagne n'eut mine plus pauvre et plus piteuse. La chaire du professeur est figurée par un fourneau derrière lequel il s'installe sur une chaise de paille; les élèves se juchent comme ils peuvent sur deux ou trois planches qui représentent les gradins et où les bocaux, les ballons, les bassines, les thermomètres leur disputent la place. Tout se passe en famille fort heureusement, et il faut espérer que la cordialité des relations ôte plus de gêne que n'en donne l'insuffisance d'une telle salle d^études. C'est là qu'on fait aux élèves les cours techniques de

chimie, de physique et de comptabilité administrative qui donnent lieu, chaque année, à des examens sévères.

Le cours de mécaniqne, un des phis importants sans contredit, et auquel d'incessantes découvertes donnent unintérôt majeur, est professé dans une salle qui contient les modèles réduits de toutes les machines employées pour la fabrication du tabac. On pourrait croire qu'aiin de rendre cette étude attrayante et lui imprimer un caractère réellement pratique, une machine à vapeur, si modeste qu'elle soit, communique le mouvement à tous les rouages. Nullement ; mais étudier des machines immobiles, c'est faire del'anatomie sur des mannequins ; aussi on a imaginé un arbre moteur qu'on met en branle à l'aide d'une manivelle tournée à la main. De cette façon, ce n'est plus la mort, mais ce n'est pas encore la vie.

Dans la cour qui précède le laboratoire, s'étend le jardin botanique. La composition du sol et la culture entrant pour une part énorme dans les qualités constitutives du tabac, il est élémentaire que les élèves puissent faire sur nature des études sérieuses souvent renouvelées. Un jardin botanique spécial destiné aux expérimentations était donc indispensable. L'administration compétente l'a compris, et elle a accordé à l'école d'application, avec un libéralisme dont il faut lui savoir gré, sept ou huit vieilles caisses provenant des

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envois d'outre-mer, absolument hors de service, mais dans lesquelles on a pu mettre un spécimen de différents terrains, les traiter à l'aide de certains gaz ou de certains sels, piquer des plants de tabacs divers et essayer, faute de mieux, de ce genre de culture à domicile. C'est un peu plus grand que a le jardin de Jenny l'ouvrière, x> mais pas beaucoup plus.

On ne se contente pas de faire des cours théoriques aux élèves, on leur donne toutes les notions pratiques qui peuvent leur être nécessaires, et l'on a poussé cela si loin, qu'on leur apprend à faire eux-mêmes des cigares aGn qu'ils puissent plus tard, en parfaite connaissance de cause, surveiller celle branche de la fabrication. Entre la première et la seconde année d'études, chaque élève est envoyé en mission dans une manufacture et doit rendre compte des faits qu'il a observés sur la fabrication locale et sur les procédés de culture dont leur jardin botanique, — on a pu s'en convaincre, — ne leur donne qu'une idée passablement ncomplète.

La culture est en effet un objet de la plus haute importance : c'est d'elle le plus souvent que dépend la récolte, et de la récolte découle le plus ou moins d'abondance de la production. Or, comme il faut toujours être en mesure de satisfaire aux exigences du public, il importe que nous trouvions chez nous, sur nos terrains mêmes, une assez grande quantité de ta-

bacs pour subvenir à nos besoins, car sans cela nous sommes obligés de nous fournir à l'étranger, où nous rencontrons des qualités inférieures et des prix Irèsélevés. L'analyse chimique a démontré que la faculté combustible des feuilles de tabac était spécialement fournie par des sels de potasse ; tout tabac qui en était dénué, celui d'Algérie par exemple, brûlait mal, ou, pour parler le langage technique, brûlait noir.

Rien n'est plus facile que d'ajouter, pendant la manutention, de la potasse au tabac qui en manque ; mais le principe de l'administration actuelle est que ses produits, quelle qu'en soit la provenance, doivent être soustraits à toute addition de corps étrangers et rester absolument purs. Il a donc fallu que ce fût la cullure elle-même qui fournît aux plants de tabac la potasse qui leur est indispensable pour être plus tajd d'une combustion facile. L'étude des engrais a permis d'arriver à ce résultat et d'utiliser ainsi des quantités énormes de matières qui, sans cela, n'auraient été bonnes qu'à laisser pourrir sur pied. Chaque terre réservée aux tabacs est donc expérimentée; on eu reconnaît les éléments constitutifs, et l'on peut déterminer ainsi de quel genre de fumure elle a particulièrement besoin. Heureusement que les cendres sont un engiais facile à trouver et qu'elles contiennent assez de potasse pour permettre au tabac de s'en imprégner suffisamment.

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