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fciiilIoUe d*un doigt rapide, de ces masses d'or qu'on j)Cî^e leslcmcnl sur des balances, mettcnl un peu d'ordre dans la foule, ne la laissent entrer que pclit à petit et font jwrfois des réflexions baroques. — Ah! me disait l'un d'eux en regardant une liasse de billets de banque qui représentait bien 5 ou 600,000 francs, si j'avais cela, je mettrais tous les jours une côtelette de porc frais à V ordinaire I — Si j'étais roi, disait un bouvier de la Sabine, je garderais mon troupeau à cheval !
Les zones sont très> différentes entre elles. Celle du faubourg Saint-Germain est représentée par des domestiques en livrée, qui viennent payer le billet de leur mailre; celle de la rue Notre-Dame-de-Loretle montre de petites femmes piaillardes, remuantes, jouant des coudes pour se faire faire place, regardant l'heure à toute minute, tant elles craignent de manquer le dtner auquel elles sont invitées ; elles tiennent en main 2S ou 30 francs qui doivent acquitter le billet fait à la marchande à la toihîtte pour un faux chignon ou une perruche verte; celle de la rue Notre-Dame-de-Naxarelh est fréquentée par un monde asses sordide, en grande redingote traînante, à longs cheveux gras : oeil inquiet, regardant par-dessus des besicles, nez pointu, barbe de bouc, mains osseuses et d'une propreté peu ragoûtante. Là sont les juifs, qui payent en rechignant, et qui oui l'air d'examiner chacun de leurs écus pour
voir s'ils sont suffisamment rognés. Au milieu de tous ces gens qui forment queue à chacune des cases et que les garçons de recelte se hâtent d'expédier, il y a bien des industriels sans industrie, qui viennent tâter le terrain et les poclies du voisin pour reconnaître si, par hasard, ils ne pourraient pas y trouver, sans malencontre, quelques-uns des fafiots garâtes dont ils sont si friands ^
L'endroit n'est pas sain pour eux, d'ailleurs, et j'ai vu rôder là certains bourgeois aux pommettes saillantes, aux larges épaules, aux allures félines, qui pourraient bien avoir dans quelque coin de leur portefeuille une carte d'agent du service de sûreté. Le poisson va toujours à la rivière, et le filou aux endroits où il peut travailler; il est donc naturel que les salles d'attente de la Banque soient très-fréquentées par les voleurs. Il y a aussi une autre espèce de gens qui hantent la galerie, se mêlant aux groupes dès qu'un chef de service passe auprès d'eux, flânant, regardant de ci et de là avec nonchalance, et qui attendent l'instant propice pour aller demander aux garçons si tels billets, dont ils donnent l'indication, ont été remboursés. Ceuxlà sont les petits escompteurs, race véreuse par excellence, écorchant le pauvre monde, faisant faire des
* Fafiotgaraté est le terme par lequel les voleurs désignent les billets de banque : fafiot signifie papier, et garaté rappelle que les billets ont, pendant de longues années, été signés : Garai»
4S0 Là banque de PRàNGB.
signatures d'endossement pour cinq sous par des écrivains publics, marchands de contre-marques à l'occasion, ne reculant devant aucun bas métier, tombant souvent en police correctionnelle et frisant parfois la cour d'assises ; on les appelle les toupinien. Lorsqu'un haut employé les aperçoit et les reconnaît, il s'empresse de les faire jeter à la porte, sans plus de cérémonie que si c'était des chiens crottés.
Quand le dernier souscripteur de billet, le dernier voleur, le dernier agent de police, le dernier toupinier ont quitté la galerie, on ferme les portes; mais cependant tout n'est pas fini, loin de là. Il faut régler les bordereaux, voir s'ils concordent entre eux, relever les erreurs, compter les billets de banque et peser Tor. Chaque escouade fait ce travail, qui est long et méticuleux, sous la direction de son brigadier. Lorsqu'on s'est mis d'acoord, l'argent est porté à une caisse, les billets à une autre ; tout est vérifié de nouveau et transmis à la caisse principale. On peut croire que tout alors est terminé ; mais il faut préparer l'échéance du lendemain et distribuer à chaque homme les effets qu'il devra présenter. C'est ainsi que parfois, lorsque les échéances ont été lourdes, la galerie est encore éclairée à deux, à trois heures du matin, et que les habits gris, ainsi que les garçons de recette s'appellent en Ire eux, sont occupés autour de leur petite lampe h faiie des calculs et à pointer les cliilfics. Chaque jour
LES OPËRàTIONS. 421
suffit à sa tâche ; quand cette besogne a pris 6n , les garçons ont mérité d'aller dormir.
Tout n'est pas rose dans leur métier, car ils sont responsables de l'argent qu'ils ont à recevoir, et ils sont obligés d'opérer avec une telle rapidité que leurs erreurs sont fréquentes.
Dans les premiers temps qu'ils sont au service de la Banque, les garçons font école sur école ; on a beau ne leur donner ni corvées, ni gardes, ni veillées à faire, les laisser exclusivement se consacrer à la recette; il est rare que leur apprentissage ne leur coûte fort cher, et lorsqu'au bout de l'année ils alignent leur compte, ils s'aperçoivent avec stupeur qu'ils ont perdu plus qu'ils n'ont gagné. Il faut rembourser; c'est une grosse affaire, bien pesante; ils payent par tempérament, tant par mois qu'on retient sur leurs appointements; peu à peu ils s'y font, prennent l'habitude de bien compter, plutôt deux fois qu'une, et finissent par avoir des recettes en équilibre; heureusement que la Banque les laisse profiler des excédants de recette, et qu'ils peuvent ainsi diminuer leur déficit. Celui qui parvient à ne pas faire de pertes est fort admiré et envié par ses camarades, qui disent de lui : c< C'est un vieux roublard, il n'a pas été refait une seule fois cette année-ci! »
Le fait est douloureux à avouer, mais on les vole beaucoup. Qui? les voleurs qui cherchent fortune dans
m LA BANQUE DE FRANGE.
les mes, les gamins qui se fauGlent entre les jambes ci excellent à fourrer leurs petites mains dans les poches? Non pas. Ils sont volés par les personnes mômes auxquelles ils ont afiaire, et qui, peu scrupuleuses parfois, estimant que tout bien trouvé est un bien gagné, ne s'empressent pas de faire remarquer au garçon de recette qu'il oublie, tant il se hâte, tant il est talonné par l'heure, de ramasser un billet ou un appoint en écus. Ces pertes sont assez considérables pour la galerie, 25 ou 30,000 francs par an au moins. Elles sont personnelles et retombent tout entières, d'un poids souvent très-lourd, sur le pauvre homme qui s'est laissé duper.
Si je me suis si longuement étendu sur l'escompte, c'est que de toutes les opérations c'est la plus importante, la plus générale, celle qui fait le plus de bien, qui pénètre jusqu'aux dernières couches de la société, et qui, par les immenses services qu'elle rend chaque jour, suffirait à expliquer l'existence de la Banque de France et à justifier le respect dont elle est environnée. Toutefois cette opération, qui est bien réellement la base du crédit et du travail industriels, n'est pas la seule dont la Banque soit le théâtre.
Il en est d'autres qui, d'un caractère moins universel, offrent cependant une grande utilité pratique et donl il convient de dire quelques mots. En première ligne se placent les œmptes couranU. Tout individu.
LES OPÉHATIONS. 4-25
pourvu qu'il ne soit pas failli non réhabilité, peut avoir un compte courant à la Banque, il suffit de remplir certaines formalités faciles et d*adresser une demande au conseil, qui ne refuse jamais. On peut dès lors conler à la Banque les fonds qu'on a sans emploi, en disposer selon ses besoins, à Taide de mandats payables au porleur, à la condition expresse que la valeur du mandat ne dépassera jamais celle de la somme mise en dépôt.
La Banque devient donc dépositaire et caissière; elle est responsable de la somme reçue, touche et paye au lieu et place de celui qui prend lui-même le nom de compte courant. Ce sont les gros négociants, les notaires, les agents de change, qui usent surtout de ce moyen très-sûr de garder de l'argent et de le faire mouvoir sans en avoir l'embarras. Pour beaucoup de ces personnes, principalement pour les notaires et les agents de change, les mandats donnés sur la Banque sont des mandats de virement. Si à la suite d'une liquidation un agent de change doit 100,000 francs à l'un de ses confrères, au lieu de le payer en écus ou en billets, il lui remet un bon de virement qui est envoyé à la Banque; on débite le compte du premier agent de change de la somme indiquée, et l'on en crédite le compte du second; de cette façon, le payement est effectué sans échange d'espèces.
Ce système est très-pratique, il est d'une sécurité
parfaite et apporte dans les relations financières une économie de temps considérable. Les personnes admises au compte courant et à l'escompte ont aussi la faculté de faire toucher par la Banque les effets qu^elles ont à recevoir; cette opération, qu*on appelle le camjh tantj est absolument gratuite. Ce service prend un accroissement extraordinaire et pourrait même, par l'encombrement qu'il occasionne, par les frais qu'il entraîne, causer quelques embarras à la Banque, si elle ne savait toujours se maintenir à la hauteur de sa grande mission \
La Banque fait aussi des avances sur des valeurs mobilières qui ont été étroitement déterminées par la loi; de quelque nom qu'on veuille appeler ce genre d'opération, c'est le prêt sur nantissement. Nulle demande d'avances n'est acceptée, si elle n'est accompagnée d'un certificat signé par une personne ayant un compte courant et attestant que le postulant a toujours fait honneur à sa signature. Dans le bureau des avances, de larges ardoises, fixées à la muraille au-dessous de Ténonce des titres acceptés, relate le cours à la Bourse de chacune de ces valeurs et la somme proportionnelle
* La progression du senrice du comptant eit saisisniite ; en TanHf au début, 58,750 effets représenUnt 123,037,655 fir. 7S cent.; — en 1848, 568,984 eiïets et 420,784,165 fr. 05 cent.; — en 1868, 1,890,515 effets et 2,297,504,296 fr. 55 cent. Cette proportion toujours croissante a obligé la Banque ^ créer récemment quarante nouveaux garçons de recette, et il est à présuinerqa*oa n^ea restera pas lk«
qu'on peut prêter dessus, qui est généralement de 60 pour 100 ; de celle façon îl n'y a jamais hésitation de la pari de l'emprunteur; un seul coup d*œil lui apprend à quoi il peut s'en tenir.
Ce service est assez considérable et a entraîné pour l'année 1868 un mouvemenl de fonds de 433,415,450 francs ; le prêt a lieu pour deux mois, avec facilité de renouvellement, et est grevé d'un intérêt annuel de 3 pour 100. Comparé aux bureaux de l'escompte, du comptant, à la galerie, ce bureau est assez silencieux ; mais il n'en est pas toujours ainsi. Quand TËtat se décide à faire un emprunt, c'est à qui viendra apporter là ses titres de renie, ses actions, ses obligations, ses bons du trésor pour avoir de l'argent comptant qui permet de souscrire et de réaliser quelques bénéfices.
On a gardé le souvenir de 1852. Ce fut une année exceptionnelle. La presse, étranglée, soumise au brutal arbitraire administratif, ne pouvait faire entendre sa voix ; nul contrôle n'existait, tout le monde parlait à voix basse, aucun bruit ne parvenait du dehors. Celle heure de mutisme et de menace fut celle d'une spéculation effrénée ; toutes les nobles aspirations étant comprimées, les mauvais instincts se ruaient à la curée. Les affaires les plus folles, les plus véreuses, s'étalèrent au grand jour et poussèrent, dans notre civilisation malsaine, comme des champignons sur un fumier. Tous les aventuriers de l'industrie se jetèrent
dans la môlëe avec une hâte et une impétuosité qui semblaient signifîer : Dépêchons-nous de (aire fortune pendant qu*on ne peut rien dire. La Banque reçut le contre-coup de toutes ces convoitises dépravées. Les employés du bureau des avances, surmenés par un labeur excessif, avaient à peine assez de la journée pour répondre aux demandes qui les assaillaient.
Si la Banque accorde des avances sur valeurs mobilières, à plus forte raison en fait-elle sur lingots d*or et d'argent et sur pièces étrangères ; mais cette opération est presque exclusivement exploitée par les banquiers et les changeurs qui font le commerce des monnaies et gardent souvent leurs métaux avant de les envoyer à rhdtel du quai Conti, mais les mobilisent néanmoins en empruntant une somme à peu près égale à la valeur du nantissement.
Les diverses opérations que je viens d'énumérer sont actes de banquier; mais la Banque de France intervient aussi comme simple dépositaire et se charge des objets précieux qu'on lui confie. Elle devient alors une sorte de caisse de sûreté dans laquelle chacun a le droit de faire enfermer ses diamants, ses bijoux, excepté toutefois l'argenterie, lorsque le volume ne permet pas de faire passer les boites qui la contiennent dans l'escalier de la caisse. Le droit de garde auquel les dépôts sont assujettis est fort minime et équivaut jusqu'à un certain point à une prime d'assurance. Il est
de 4 fip. 25 cent, pour 1 ,000 ; mais la valeur d'un dépôt est toujours censée représenter au moins 5,000 francs. liC déposant signe sur un registre l'acte de dépôt, en regard duquel il applique un cachet analogue à celui qui scelle la boite renfermant les objets qui ont été vérifiés en sa présence. Le dépôt est fait pour six mois, c'est-à-dire que, ne serait-il laissé que vingt-quatre heures à la Banque, il est frappé d'un droit représentant une demi-année de garde.
Presque tous les diamants appartenant à des personnes qui vont d'habitude à la campagne, passent l'été dans les armoires de la Banque. Si la caisse des dépôts pouvait parler, elle fournirait plus d'un curieux chapitre à rhisloire contemporaine. Elle dirait qu'il y a longtemps, — je me hâte d'ajouter que c'est avant notre douloureuse expédition du Mexique, — elle a contenu toutes les dépouilles de la cathédrale de Mexico : ostensoirs garnis d'émeraudes et de diamants, crucifix, statuettes d'or, encensoirs de vermeil, bagues à chaton d'améthyste, crosses pastorales émaillées. Que sont devenues ces richesses? Il est difficile de le savoir, mais les brocanteurs, les joailliers, les changeurs, les banquiers de Paris pourraient peut-être en raconter quelque chose.
Nulle prescription ne peut atteindre un dépôt, et il y en a dans les caisses de la Banque qui y sont pour jamais. Ce sont des titres au porteur émis, au moment
du grand agiotage de 1838, par des sociétés industrielles pour lesquel)^ des asphaltes imaginaires, des bitumes problématiques et dMnvraisemblables charbons étaient un sûr moyen de vider les poches d'actionnaires plus cupides que clairvoyants. Ces compagnies ont été rejoindre les neiges dont parle François Villon. Quelques-uns des titres dont ces compagnies avaient inondé la place de Paris ont été déposés jadis à la Banque comme un bien précieux. Les propriétaires les y laissent sans mot dire, car ces paperasses n'ont plus aucune valeur, pas même celle du droit de garde qu'il faudrait acquitter, si on les voulait retira. Tous ces chiffons sont là, dans des portefeuilles respectifs, disparus sous une épaisse couche de poussière qui augmente tous les ans et finira par les ensevelir.
Ce sont jusqu'à un certain point les premières actions dont la Banque ait eu le dépôt; aujouixl'hui un service spécial, créé en 1853 et fort surchargé, est consacré au dépôt des titres qui sont indéterminés et n*ont, sous ce rapport, aucune ressemblance avec ceux sur lesquels on fait des avances. En 1868, la Banque a reçu à Paris 22,860 dépôts volontaires, formant ensemble 661,939 titres de valeurs françaises et étrangères, de 924 natures différentes. Non- seulement la Banque garde ces actions, ces obligations, mais elle en reçoit les arrérages pour le compte des propriétaires, qui viennent les toucher lorsque Fhaire de Té-
chéance a sonné. La même année, ces arrérages se sont élevés à la somme de 62,903,993 francs.
La caisse où les dépôts sont conservés s'appelle la serre; c'est, du reste, le nom que la Banque donne à toutes les caisses qui, n'étant pas destinées à la dépense ou à la recette, sont réservées à la garde des valeurs non circulantes, tels que papiers pour billets, billets imprimés, billets non encore émis. Cette fois, du moins, le nom est bien trouvé, car le local lui-même fait illusion, et c'est bien une serre qu'on a sous les yeux. C'est une vaste salle oblongue assez semblable à une galerie, éclairée par un jour d'atelier et garnie d'énormes armoires dont les légers montants de fer sertissent des glaces transparentes. Là, sur des planchettes de fer, les portefeuilles sont appuyés les uns sur les autres, avec cet air penché et maladroit que les volumes affectent dans une bibliothèque mal rangée. Le bâtiment est récent, et Ton peut voir qu.el soin la Banque apporte à ses nouvelles constructions : il ne contient pas un atome de bois; il n'y entre que du fer, de la pierre, du verre, de l'ardoise. L'incendie serait habile s'il pouvait mordre sur de tels matériaux. On ne saurait, du reste, s'entourer de précautions trop minutieuses pour défendre un tel trésor. Lorsque j'ai été admis à le voir, il représentait 1,240,159,863 francs, au cours de la Bourse du jour, et se composait do 2,583,561 liircs.
Non loin du dépôt s'ouvre le bureau des actions, qui sont, d'après la loi, au nombre de 182,500, dont 124,615 inscrits à la Banque centrale, et 57,887 dans les succursales. Le registre sur lequel elles sont relatées en contient Thistorique depuis l'origine jusqu'à rheure présente, et l'on peut, en le consultant, savoir entre quelles mains elles ont passé, combien ont clé transférées volontairement, combien à la suite de décès, combien atteintes d'oppositions. Elles ont le privilège de pouvoir être assimilées à un immeuble, et, comme telles, d'être frappées d'hypothèques, de servir à un emploi de régime dotal, de former un ma* jorat. L'héritier d'un des grands noms du premier empire a encore aujourd'hui son majorât constitué de h sorte.
Le registre, ou, pour mieux dire, le grand-livre, est composé de seize énormes volumes qui pèsent chacun une vingtaine de kilogrammes. Ils sont en double, et chaque soir, au moment de la fermeture du bureau, on en met un exemplaire complet sur des brancards et on le porte à l'autre extrémité de la Banque; de sorte que, si un incendie se déclarait pendant la nuit, il faudrait qu'il embrasât instantanément tous les bâtiments pour que les titres des aclionnaires^—^originaiu ou copies, — fussent détruits.
Au bout de la galerie des actions, dont l'aspect n'a rien de particulier, le bureau des succursales étale or-
gueilléusenicnt des salles nouvellement construites. C'est de là que part l'impulsion donnée aux banques de province, et c'est là que ces dernières envoient journellement le procès-verbal de leurs opérations, qui sont, dans des limites naturellement plus restreintes, les mêmes que celles dont nous nous occupons. Quatre inspecteurs visitent à époques indéterminées les succursales, en apprécient les besoins, en examinent le fonctionnement et aident à leur donner tout le développement qu'elles peuvent comporter. Lorsqu'une succursale manque de monnaie métallique, on lui en expédie par le chemin de fer en acquittant une assurance onéreuse qui, pour 1868, s'est élevée à la somme de 407,000 francs; mais lorsqu'elle est dépourvue de billets, on emploie pour lui en faire parvenir en toute sécurité un moyen fort ingénieux que le lecteur, se souvenant que Jud n'est pas encore arrêté, me pardonnera de ne pas dévoiler.
La Banque ne paye jamais qu'en billets, excepté, bien entendu, les appoints au-dessous de 50 francs; mais comme ces billets sont au porteur et qu'on peut immédiatement les convertir en espèces, elle a un bureau de change qui est fort occupé et regorge de monde à toute heure du jour. Il est Irès-surveillé, car il ne manque pas de gens à mine douteuse qui viennent y chercher fortune. Toute somme inférieure à 10,000 francs est changée à ce bureau; oour les
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sommes supérieures, on doit s'adressa à la caisse principale. Le maniement des fonds exigé par le change des billets en or a été pendant Tannée 1868 de 722,515,000 francs, dont 374,208,000 francs pour la caisse d'échange et 348,307,000 francs pour la caisse principale.
A propos de ce bureau et de toutes les autres caisses de la Banque, il existe dans le public une opinion qu'il convient de rectifier. On croit généralement et l'on dit volontiers que tout versement fait par la Banque est considéré comme déGnitif et que si, par distraction, le caissier a payé plus qu'il ne devait, la somme totale est légitimement acquise à celui qui l'a regue. 11 n'en est rien, et, comme les caissiers sont personnellement responsables de leurs opérations, ils réclament par tous les moyens en usage, et font rentrer les erreurs en trop que la probité la moins chatouilleuse devrait engager à restituer sans délai.
Toutes les affaires d'une nature litigieuse sont transmises à un bureau de contentieux, qui ne manque pas d'occupation. La façon de procéder de la Banque, en certaines matières, mérite d'être expliquée. Lorsque la Banque est forcée de poursuivre un débiteur, elle fait sa grosse voix, elle menace beaucoup; mais en réalité elle fait plus de bruit que de besogne, car elle a pour principe de ne jamais pousser les choses à l'extrême et de ne pas arriver aux dernières rigueurs.
LES OPËRiTlONS. 435
Même dans les plus mauvaises époques, en 1848, par exemple, lorsque tant de gens ont ar^rué de la révolution pour ne pas payer leurs dettes, elle ne s'est jamais montrée créancière implacable.
Elle prend ce qu on appelle en langage de procureur toutes les mesures conservatoires, protêt, dénonciation de protêt (pour sauvegarder le recours contre les endosseurs), saisie-arrêt, inscriptions hypothécaires; mais pas une fois elle n'a provoqué une vente mobilière ou immobilière, pas une fois elle n'a requis Temprisonnement, pas une fois elle n'a fait déposer un bilan. Sa mansuétude est inaltérable; comme un géant qui ne s'abaisse pas à frapper un être faible, elle retient ses coups et se laisse rire au nez par ses débiteurs, qui lui disent parfois avec impudence : Je vous défie de me faire mettre en faillite. En cela on peut reconnaître qu'elle agit avec autant d'esprit que de générosité.
Telles sont, en somme, les opérations et les travaux de la Banque, mais aucune de ces opérations, si minime qu'elle soit, fût-ce l'enregistrement d'un effet de 1 fr. 25 cent., ne peut être faite par un seul employé. Toutes les écritures sans exception exigent le concours de plusieurs agents. Cette série de formalités est méticuleuse et peut paraître excessive, mais lie constitue un contrôle permanent et elle assure une régularité infaillible, puisqu'elle engage plusieurs II. ^
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responsabilitds intéressées à se surveiller mutoellement. Les résultats d'un pareil système sont tels qu'une erreur est une chose rare à la Banque, et que dans le bureau de Tescompte, où il passe annuellement plusieurs millions d'effets qui sont examinés un à un, on a, depuis vingt ans, égaré un seul billet, lequel valait 20 francs.
La comptabilité est excellente, car chaque caissier est teneur de livres ; cependant on ne s'en rapporte pas à eux, et, le soir, toutes les écritures de la journée sont transmises au bureau de la balance, qu'on appelle plus communément les livres. Là, des employés spéciaux, qu'on nomme balanciers^ prennent ces innombrables paperasses écrites au courant de la plume, les réunissent, repassent tous les chiffres, refont tous les calculs, ne jugent que sur pièces à l'appui, comme ferait une cour des comptes, et relèvent les erreurs, s'il y en a. 11 suffit parfois d'une virgule mal placée pour mettre en déroute une colonne de deux cents chiffres. Un effet de 16,55 a été inscrit 1,655; il faut tout recommencer, tout reprendre, et finir, à force de soins, de patience, de perspicacité, par découvrir pourquoi les totaux ne sont pas en concordance exacte. On peut dire que la Banque ne se couche qu'après avoir mis ses comptes à jour, car tant qu*une erreur n'est pas rectifiée, on veille et l'on travaille, quand même le gaz éteint aurait fait place au jour.
Grâce à cette façon de procéder, la Banque sait toujours où elle en est. Chaque soir, son passif est aligne en balance avec son actif; on ne peut jamais la prendre au dépourvu. Â quelque heure que ce soit, elle est prêle à liquider, à rendre compte de sa gestion, car à chaque minute elle sait combien elle a de billels en circulation, combien en caisse; ce que valent son portefeuille, sa réserve métallique, combien elle possède à Paris, conibien dans les succursales. C'est là le Iriom* phe de Tordre, de l'activité et de la prudence. Quand on pense aux millions qui se brassent du matin au soir, aux opérations nombreuses et aux formalités multiples qu'elles entraînent, on est confondu que tout soit apuré chaque soir. En arrivant à leur bureau, les hauts fonctionnaires et les principaux employés reçoivent une feuille formulée d'avance sur laquelle on n'a plus que des chiffres à écrire et qui contient la situation de la veille. On sait donc toujours avec certitude sur quel terrain l'on marche, et ce n'est pas une cause de minime étonnemeut pour ceux qui pénètrent la première fois dans les mystères sans secret d'une si grande institution.
45G Lk DAKQUË DE FRANCK.
!¥• — I.BB <3A¥B«i
Caisses partielles. — Tentatire de toI. — • Escorte des cais^ien. — La caisse prinripalc. — I^ milliuns. — Le méttl et le papier. — Le budget en billets de banque. — Un tanneur de Dijon. — Les cares. — Conte de fées. — Forteresse. — L*escalier. — Le trésor. — Les lingots. — Moyens de défense. — Les rondes de yeiUeurs. — La Banque pendant la nuit. — Précautions contre Tincendie. — Le personnel. — Caisse de retraite. — L'avancement. — Tout employé de la Banque est actionnaire. — Restaurant. — Mauvais conseils non suivis. — Jfo^ $ua êUU. — Menaces. — • Le plus grand orgai\p de crédit public.
Presque tous les bureaux où se préparent et s'exécutent les différenles opérations de la Banque de France sont munis d'une caisse qui, selon le^ besoins qu'elle doit satisfaire, est appelée caisse de recette ou caisse de dépense. Ces caisses partielles sont les succursales de la caisse principale, qui, pour éviter Tencombrement, a délégué une partie de ses pouvoirs ; c'est la division du travail. Chaque matin, avant l'ouverture réglementaire de la Banque, les caissiers se réunissent à la caisse principale, où on leur remet les sommes qui sont nécessaires à leur exercice quotidien; ils comptent les billets, les appoints en monnaie, et eni'erment le tout dans un solide portefeuille qu'ils font porter dans leur bureau par un garçon qui les accompagne. Les caisses sont aujourd'hui disposées dételle sorte qu'on peut s'y rendre sans franchir les cours.
Autrefois il n'en élait pas ainsi, et le caîssîcr sV:i
LES GÀYES. 437
allait seul, portant sous le bras la dépense de la journée. Une tentative violente fit prendre des précautions plus sérieuses. Au mois de décembre 1837, M. Bouron, caissier, ayant en main un carton qui contenait 1,100,000 francs en billets de banque, au sortir de la grande cour qu'il était obligé de traverser, fut accosté dans un couloir étroit par deux individus qui se jetèrent sur lui et voulurent lui arracher son portefeuille. Il se défendit, appela au secours, tomba, entraînant ses agresseurs avec lui. Selon une vive expression d'un rapport de police, ils pataugeaient à- travers les billets de banque. Un des malfaiteurs put s'échapper, l'autre fut saisiet conduit chez le commissaire de police, où il se brûla la cervelle.
Cette aventure fut un avertissement sévère, et maintenant les caissiers, toujours escortés par un garçon solide, ne se rendent à leur bureau que par les salles intérieures de l'hôtel. Le maximum des sommes qu'un caissier peut donner est limité, et celles qui dépassent 20,000 francs doivent être acquittées par la caisse principale. Tous les jours, lorsque les bureaux sont fermés, les caissiers adjoints rapportent i\ la caisse mère le reliquat de la journée, de sorte que chaque soir tout l'argent, tous les billets de la Banque sont centralisés au même endroit, sous la môme surveillance, sous la même responsabilité.
Elle est curieuse à visiter, cette caisse principale,
458 Li BANQUE DE FRANGE.
OÙ Ton manie les billets de banque avec autant d*indilTérence que les pâtissiers manient les petits pâtés : le mouvement y est incessant et considérable; il devient parfois excessif au moment des fortes liquidalions. Dans la journée du 5 décembre 1868, par exemple, il a été Ae 550,559,509 fr. 18 centimes. C'est alors un va-et-vient perpétuel, et, sous forme de billets, le Pactole coule par les guichets devant lesquels s'entasse le public. J'ai vu là, répandus sur de grandes tables, 105 millions que Ton compulsait. J'étonnerai peut-être le lecteur en lui avouant qu'un tel spectacle ne produit qu'un effet médiocre. Autant Ton est ébloui par la vue de quelques centaines de mille francs en pièces d*or, scintillantes et sonores, autant on reste calme en présence de ces feuillets de papier.
Un million en billets de banque, épingles et ficelés, ne fait pas grand embarras, comme on dit vulgairement; dans la main, c'est fort léger, 1 ,644 grammes, et à l'œil ça figure à peu près le volume d'un gros inoctavo. Il y a quatre ou cinq ans, un tanneur de Dijon ayant dit que le budget représentait, en billets de banque, la hauteur du clocher de Saint-Bénigne, fut traduit en police correctionnelle sous l'inculpation de propos séditieux. Devant le tribunal, il soutint son opinion avec vigueur et fut acquitté. Les juges ont montré de l'esprit, et, de plus, ils ont implicitement reconnu que le prévenu n'avait pa^ tort. Mille billets
de 1 ,000 francs, placés à plat, ont précisément 10 centimètres de haut. En donnant au budget 2 milliards en chiffres ronds, les billets de banque qui le composent, superposés les uns sur les autres, atteindraient une hauteur de 200 mètres ; or, d'après VAnmiaire du Bureau des longitudei^ la tour de Saint-Bénigne n'a que 92 mètres 09 centimètres ; le tanneur de Dijon était donc bien au-dessous delà vérité.
Quoique la caisse principale soit amplement fournie, de manière à faire face aux nécessités, même exceptionnelles de chaque jour, il arrive parfois qu'elle se trouve inopinément dépourvue, et qu'on est obligé d'aller puiser dans la grande réserve qui est déposée dans les caves. Les caves de la Banque ! ce sont là les cinq mots magiques qui ouvrent un horizon sur le pays des Mille et une Nuits. On pense involontairement aux contes charmants de madame d'Aulnoy : « Toc, toc, fit la duchesse Grognon, et il sortit du tonneau un millier de pistoles ; toc, toc, et il sort un boisseau de doubles louis d'or ; toc, toc, il sort tant de perles et de diamants que la terre en était toute couverte. »
On s'imagine que dans ces souterrains, qui devraient, comme le trésor des Niebelungen^èire gardés par des génies, les pièces d'or et les écus d'argent sont jetés en tas ainsi que l'avoine dans les greniers. Il n'en est rien et il faut en rabattre. Nul endroit n'est plus
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triste, plus terne, moins fait pour tenter. Les doubles portes qui en protègent l'entrée sont formidables, et nulle forteresse n'est défendue par de telles murailles de fer, par de si gros verrous, par de si puissantes serrures. On y descend par un escalier en vrille, tout en pierres de taille assemblées au ciment romain, défiant le pic et la pioche; on l'a volontairement rendu si étroit que deux personnes n'y peuvent passer de front. Quatre portes de fer armées chacune de trois serrures se présentent ensuite. Pour les ouvrir, il faut le concours forcé du caissier principale! du contrôleur général. Lorsque tous ces obstacles sont franchis, on pénètre enfin en plein mystère.
On s'attend à se trouver dans le domaine des éblouissemenls, à voir les masses d'or et d'argent briller à la lueur des bougies en étincelles éclatantes , et Ton se trouve en présence de hautes caisses de plomb, qui cachent hermétiquement ce qu'elles contiennent, ne le laissant soupçonner que par l'étiquette écrite à la main qu'on a collée dessus. C'est l'argent qui est là, monnayé et enfermé dans de grands sacs qui tous, invariablement, tiennent 10,000 francs. Ceux de nos lecteurs qui, visitant un navire de guerre, sont descendus dans la soute à Teau, peuvent se faire une idée très-exacte de l'aspect général de ces caves, à celte différence près que les caisses, au lieu d'être en (et boulonné et rivé, sont en plombe Les sacs d'or, d'une
valeur de 10,000 francs aussi, sont gerbes les uns sur les autres, comme des bûches dans un chantier, par larges tas grisâtres, sans caractère et sans originalité. Lorsqu'on les remue un peu vivement, ils rendent un petit son aigrelet qui rappelle le métal et Tidée de la richesse.
Les lingots appartenant aux banquiers et aux changeurs, qui les ont déposés à la Banque contre avances, sont symétriquement rangés, et, sauf leur couleur d'un blanc verdûtre, ont l'air de briques empilées. Seuls les lingots d'or, jetant des lueurs fauves quand on les éclaire, semblent des carrés de feu immobilisés et représentent bien la matière précieuse. En somme, l'aspect est décevant et la dernière des vitrines de la galerie d'Apollon, au Louvre, montrant des buires en cristal de roche et des statuettes en sardoine, produit une impression bien plus profonde et bien plus durable. Il faut une certaine réflexion pour comprendre que ces caisses de plomb, ces tas de sacs au milieu desquels on se promène, constituent une fortune sans pareille. Lorsque je les ai visitées, les caves contenaient 726,275,666 fr. 68 centimes. Il ne faut point en faire fi, c'est une belle somme; mais si les caves de la Banque de France sont le séjour du veau d'or, il faut avouer que ce dieu médiocre est singulièrement mal logé.
Quels sont les moyens que la Banque tient en ré-
serve pour interdir l'accès de ses caves, ou pour y neutraliser les inlentions mauvaises de ceux qui seraient parvenus à s'y introduire? Il est difficile de le dire, car elle n'est point bavarde à cet égard. Je n'affirmerais pas qu'elle ne puisse noyer, asphyxier ou brûler les visiteurs trop indiscrets, les tuyaux de gaz et les conduites d'eau peuvent être, à un moment donné, de redoutables auxiliaires; de plus, on peut, en un laps de temps très-court, ensabler complètement Tescalier. Il n'y a pas d'autre issue pour entrer dans les caves, ni pour en sortir ; si elle est oblitérée, l'accès en est impossible.
La Banque fait bien d'être en mesure de protéger son encaisse métallique, qui est la fortune d' autrui bien plus que la sienne, et qui est la garantie des billets en circulation En somme et dans les circonstances ordinaires, elle est bien gardée et suffisamment défendue, par une compagnie de soldats d'abord, et aussi par un poste permanent de pompiers. Chaque nuit des garçons de recette désignés sont de garde, veillent près du vestibule de la caisse principale, que des hommes de confiance ne quittent jamais. D'heure en heure les garçons font une ronde qui embrasse les cours, les écuries, les jardins, les couloirs, les combles. Partout ils ont à constater leur régularité en remontant des cadrans qu'on a placés dans les endroits les plus écartés les uns des autres. Us doivent, à cha-
que ronde, tirer une sonnette qui correspond au poste des ponripiers comme pour leur dire : Nous veillons, veillez-vous? En outre, par un guichet semblable à la bouche d'une boîte à lettre, ils jettent un marron^ sorte de plaque en zinc carrée, qui glisse jusque dans la chambre de TofCcier de service au poste des soldats.
J'ai fait cette ronde, car il est curieux de revoir, dans le sommeil de la nuit, les lieux qu'on a visités pendant le jour, lorsqu'ils étaient animés par le travail, par la foule, par une activité toute-puissante. Dans les galeries, dans les couloirs, dans les vastes salles désertes, plane une odeur fade et neutre qui est celle de la poussière; les pas retentissent sur les parquets de bois et éveillent des échos sonores; le gaz tremble devant les fenêtres entr'ouverles; parfois derrière une croisée on aperçoit une ombre noire qui se promène régulièrement : c'est un planton qui, toute la nuit, arpente une terrasse par où l'on pourrait peutêtre s'introduire dans l'hôtel. Des chats effarés passent à travers les jambes, et au bruit des portes qu'on ouvre, des araignées glissent lestement le long des murs pour aller se cacher derrière leurs toiles tissées à Tangle des plafonds.
C'est en parcourant ce grand désert silencieux, en montant dans les greniers où souffle l'aigre bise de la nuit, qu'on peut apprécier les précautions que la Ban-
que a accumulées pour se défendre contre Tincendie. Dans chaque salle, des pompes sont gréées, partout où il y a des pans de bois, des haches sont appendues aux murailles, des conduites d'eau rampent comme des serpents le long des poteaux de pierre, et aboutissent à des robinets dont chacun a un numéro d'ordre; vingtquatre réservoirs contiennent 72,000 litres d'eau; ils sont toujours pleins et prêts à toute éventualité. Ce n'est pas assez; à chacun des angles du quadrilatère de la Banque, une prise est directement branchée sur la conduite d'eau de la ville, et la pression y est suffisante pour qu'au besoin le jet liquide dépassât la partie la plus élevée des constructions. Tout cela est fort bien et peut, dans un moment donné, être trèsutile; mais ce qui vaut mieux encore, c'est la surveillance journalière, ce sont les soins assidus, la prudence que rien ne met en défaut et qui est telle que Ton n'a pas gardé, à la Banque, le souvenir d'un commencement d'incendie. Si jamais il s'en manifestait un, il est probable qu'il serait vite comprimé, et que le zèle des employés suffirait.
Les employés sont profondément dévoués à l'institution qu'ils servent, et c'est justice, car elle est pour eux pleine de prévoyance et très-maternelle. Elle n'admet pas cette mesure égoïste du sumumérariat, par laquelle les grandes administrations ne craignent pas d'acc(^plor un travail sans compensation. La Banque
exige un servîce régulier, fatigant, souvent excessif dans les heures de presse, mais elle sait le reconnaître à sa juste valeur, et les agents qu'elle emploie entrent dans les bureaux avec un minimum fixe de 2,000 francs. Une caisse de retraite parfaitement organisée permet de donner une situation acceptable à de vieux serviteurs, et il est rare, pour ne pas dire sans exemple, que le conseil n'ajoute pas à la pension une somme annuelle arbitrairement fixée, selon la durée et l'importance des services rendus. L'avancement y est normal, et les hauts employés, ceux qui aujourd'hui remplissent les fonctions les plus importantes, — le secrétaire général, le caissier principal et d'autres, — sont entrés jadis comme petits commis aux écritures et ont fait leur chemin, un chemin brillant et fort envié, à travers les bureaux où ils ont gravi successivement tous les degrés de la hiérarchie.
Par suite d'une combinaison ingénieuse, tout fonctionnaire, depuis le gouverneur jusqu'au dernier garçon de recette, est soumis à un cautionnement qui, selon la situation administrative des individus, est représenté par un plus ou moins grand nombre d'actions de la Banque. Les employés, étant propriétaires dans rétablissement qu'ils servent, ayant une part du fonds social, ont un intérêt direct et permanent à ne pas négliger un travail qui peut avoir une certaine influence sur leur propre fortune. Aujourd'hui, le
personnel attaché à la Banque possède 9,175 actions, représentant au cours actuel 27,973,750 francs. La Banque ne dédaigne pas d'entrer dans les petits détails, et elle a fait établir dans les sous-sol un restaurant dont la carte, fixée à l'avance, permet aox employés de trouver pour un prix relativement minime, une nourriture qui ne paraît pas à dédaigner ^
Si j'ai réussi à faire comprendre les multiples opérations que la Banque met en mouvement, on conviendra qu'à une largeur de vues qu'on ne peut nier elle ajoute une prudence à toute épreuve. Bien des (inanciei*s de l'école moderne, école qui souvent a montré une hardiesse qui dépassait les limites, trouvent que la vieille^ c'est ainsi qu'ils appellent la Banque, devrait sortir de son cercle d'action habituel et entrer sans hésitation dans le mouvement des affaires. En la pressant, fort heureusement en vain, de soutenir des opérations d'intérêt général touchant à l'agriculture et au commerce, ils obéissaient à l'ancienne idée latine, catholique, essentiellement française, en vertu de laquelle on a toujours recours à l'ingérence du gouvernement, qui tue l'initiative individuelle.
La Banque a résisté, et elle a bien fait. Mole iuà
^ Les garçons de recette, en dehors des droits qit'fli ont k une pension de retraite, ont fondé, le 1* avril 1825, une caisse de secoun qui leur permet de donner 10 francs par année de senrice» âfec rèferabilité sur la vouve et les orphelins, à ceux qui en fout partie.
slat. Elle veut simplement, mais elle veut avec une inébranlable fermeté, que son billet soit bien réellement de l'or non-seulement pour elle, mais pour tout le monde. Ce résultat, qui pourrait nier qu'elle ne Tait toujours obtenu? Le jour où ce vieux monument se laisserait envahir par les plantes parasites, il ne tarderait pas à être couché dans la poussière. C'est pour .' oir voulu trop généraliser ses opérations que Law a jeté la France dans une banqueroute formidable. L'argent de la Banque n'appartient pas à la Banque; elle en est le dépositaire, parce qu'on le lui a conOé et parce qu'il est la garantie de sa monnaie fiduciaire. Si elle répudiait ce principe, elle entrerait dans la vie d'aventure qui mène au port quelquefois et le plus souvent au naufrage.
En dehors des conseillers trop intéressés pour être écoutés et qui veulent forcer la Banque à rompre brusquement avec ses sages traditions, elle a des ennemis qui verraient volontiers dans sa ruine le commencement de la félicité publique. De ceux-là il faut sourire, car ils ne sont point dangereux. Un agitateur célèbre, montrant du doigt Thôlel de la rue de la Vrillière, a dit : «C'est là qu'il faut faire la prochaine révolution! » Niaiserie d'un écrivain qui s'emporte à son propre lyrisme et d'un niveleur envieux 1 La Banque est le cœur même de la vitalité commerciale et industrielle de la France; c'est la bourse toujours ou-
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verte où les petites gens vont puiser : elle est à la fois le phare, le refuge et le port de raTitaillement; tout succomberait avec elle si on la brisait violemment, et les auteurs d'un tel crime seraient les premiers à mourir de faim sur les ruines qu'ils auraient faites.
Il n'y a rien de semblable à craindre, et en admettant qu'une révolution soit encore possible, elle n'atteindrait pas plus la Banque que d830 ou 1848 ne l'ont atteinte; elle est et elle restera Pexemple d'un établissement qui a pu traverser sans péril des crises que l'on croyait mortelles, que le cours forcé de ses billets a popularisé, et qui, par la moralité, par la prudence avec laquelle il est conduit, par l'excellent mécanisme du gouvernement constitutionnel qui dirige ses destinées, est devenu pour le crédit public un organe d'une puissance unique au monde.