IV. — MÉRT-SUR-OISB
Saturation. — Cimetière d'ivry. — Cailloux. — Saint-Ouen. — Les guin-
' guettes. — « A ta santé, Horbusl » — Paris n'a pas de cimetières. —
En contradiction avec la loi. — Envahissement des avenues. — 34hec-
lares pour tout Paris. — Ce qui serait nécessaire. — La saponification.
— Méphitisme. — La nappe d'eau. — Sources sulfureuses. — La cré-
mation. — Opposition de l'Église. — Kespect des vieilles traditions. — .Nécessité d'éloigner les cimetières. — Opposition et résistance. — Le projet de M. Haussmann. — Suppression de la tranchée. — Trente ans. — 514 hectares. — Le provisoire est ruineux. — 11 faut revenir au projet Haussmann. — Le trajet. — La difCculté. — Foule. — Les visites dans les cimetières. — Le jour des Morts. — Le point de vue. — C€uta Diva, — Le jardinet. — Les offrandes funèbres. — NécrolAtrie.'
Tous les cimetières contenus dans Tenceinte de Paris sont actuellement fermés, c'est-à-dire que Ton n'y permet plus les inhumations que dans les concessions perpétuelles; les concessions temporaires et les tranchées gratuites sont closes ; les morts ont saturé la terre et la place manque pour en recevoir de nouveaux; on n'en sera pas surpris en se rappelant que le Père-Lachaise, Montparnasse et Bfontmartre ont seuls reçu 1,493,920 morts depuis qu'on les a ouverts. L'hygiène publique aussi bien que le respect dil aux trépassés ne s'accommode guère d'un tel entassement; par cette accumulation de matières en décomposition, nous avons jeté un défi à la peste; c'est miracle qu'elle n'y ait point ré-^ pondu.
Pour faire face à des exigences que chaque jour renouvelle et rend plus poignantes, la Ville a été obligée d'établir deux nouveaux cimetières hors de Paris, Tun à Ivry, l'autre à Monlmartre-Saint-Ouen. Le premier, situé en face de Bicêtre, qui le regarde du haut de sa laide colline, a été ouvert le !•' janvier 1874; il côtoie la route de Choisy, déjà bordée de petites maisons où s'installent les marbriers, les fabricants de croix et les marchands de couronnes. Le pays qui l'enlonre est désolé et sent fort mauvais ; des fabriques de colle animale, de chandelles, de poudrette, le dominent aux quatre points cardinaux; de quelque côté que souffle le vent, il est empesté. Près de là verdoient les cyprès de l'ancien cimetière d'Ivry et se dressent les clôtures en planches qui environnent le Champ des Navets. Le nouveau ci-
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metière d'Ivry a une étendue superficieHe qui atteint presque 14 hectares : en 1877, il sera plein et il faudra le fermer. Au milieu bâille une vaste excavation, qui est une carrière; on en tire des moellons pour construire l'enceinte, dont la solidité apparente n'a rien de rassurant. Le terrain sablonneux est propice aux inhumations, mais il est mêlé de gros silex qui sonnent sinistrement sur les bières. Pourquoi M. le directeur dès travaux de Paris, qui a charge d'aménager la surface des cimetières et d'y ordonner des plantations, ne faitil pas enlever ces cailloux? Il pourrait s'en servir avaiitageusement pour réparer le macadam de nos grandes voies publiques, qui en tant d'endroits est singulièrement défectueux.
Le cimetière de Saint-Ouen, que les gens du métier ont surnommé Gayenne, est un peu plus grand qu'Ivry ; 14 hectares 1/2; il fonctionné depuis le 1«' septembre 1872 et l'on calcule qu'il pourra durer aussi jusqu'en 1877. Il est, comme celui d'Ivry, placé à côté d'un vieux cimetière devenu insuffisant ; on y arrive par la routé départementale n^ 20, qui prend naissance à la porte de Clignancourt. Tout ce large chemin est embarrassé des deux côtés par des constructions en bois, en pisé, en feuilles de zinc provenant des démolitions, embryon d'un village qui se fonde: cabarets, guinguettes*, tonnelles, jeux de boules, jeux de siam, jeux de quilles, balançoires; c'est d'une gaieté étourdissante; les gens qui se rassemblent là sont bien vivants et ne se dérangent guère lorsque passent les corbillards; peut-être, en temps d'épidémie, feraient-ils comme ces ouvriers dont parle Chateaubriand et qui, en 1852, assis aux barrières, regardant défiler les convois, levaient leurs verres pleins et s'écriaient: < A ta santé, Horbus! »
Un peu plus haut que ces masures à ivresse, le cime- .