‹ Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitie du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 26 sur 70 · U POPULATION · texte numérisé non relu

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pour subsister au jour le jour ; quelques-uns cependant s'élèvent au-dessus de cette humble moyenne, et Ton ^•oit à Paris, comme dans toutes les grandes capitales, des gens qui sont du monde, vivre sans ressources normales comme s'ils avaient deux cent raille livres de rente, et se soutenir sur ce pied pendant une longue existence avec le jeu de bourse, le jeu de cercles, les paris de courses et quelquefois aussi avec les économies d'une danseuse. « On ne doit pas manquer de respect à sa pauvreté, » a dit Juvénal. Les acrobates, les charlatans, les montreurs de bêtes curieuses sont bien moins nombreux, car Ton n'en compte que 424.

Les professions libérales nourrissent 194,829 personnes, ce qui serait trop considérable si la statistique n'avait souvent des façons de procéder qui déroutent les opinions reçues et demandent explication. Dans ce chiffre, tout ce qui vit des cultes reconnus, de l'armée, des administrations publiques, de la magistrature, de l'enseignement, forme un total de 125,560 individus, auxquels il convient de joindre 17,515 hommes de peine, garçons de bureau, journaliers qui en relèvent ; il ne reste donc que 51 ,954 à l'avoir des professions libérales ; c'est encore beaucoup, car on n'en vit pas toujours et souvent l'on en meurt. Les savants et les lettrés sont comptés pour 1,878 ; les artistes peintres, sculp* teurs, compositeurs, acteurs, pour 9,420, dont 2,058 femmes; ces 11,292 personnes pourvoient aux besoins de 12,191 autres. U y a un détail touchant : les 1,878 lettrés n'ont à eux tous que 80* domestiques; en revanche, les parents qu'ils soutiennent du prix de leur travail sont au nombre de 2,258.

Les discussions d'intérêts privés, la criminalité, les délits qui doivent comparaître devant la justice entraînent un gros personnel: nous avons raconté précédemment coiTiment la Cour d'assises procède envers les

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accusés * ; le tribunal de première instance, chargé de* prononcer sur les dissentimonls survenus entre particuliers, ne chôme pas; en 1872, il a inscrit à son rôle 17,776 affaires, dont 968 avaient été libéralement acceptées par Tassistance judicinire, qui accorde la gratuité de toute procédure aux indigents ; 150 avoués près le tribunal, 53 avoués près la cour d*appel ont libellé la « grosse » de^ procès; 149 huissiers ont porté les i citations; 652 avocats inscrits au tableau de Tordre, ^ sans compter 836 stagiaires, ont plaidé pour « les demandeurs et les défendeurs »; et 60 avocats à la Cour • de cassation ont pu suivre une affaire jusqu'aux dernières limites assignées par la loi.

Les ventes publiques d'objets mobiliers sont effec- \

tuées par un des 83 commissaires-priseurs responsables, et les ventes d'imineubles sont réservées aux 122 notaires de Paris, corps privilégié qui constitue une •

sorte de noblesse de demi-robe dans la bourgeoisie parisienne, et qui porte avec orgueil sa fière devise en mauvais latin: Lex est (juodcumfjite notamus, que Von doit traduire : « Ce que nous inscrivons est la loi des parties. »

Si Paris est malade, ce n'est pas faute d'avoir des médecins de toutes sortes : allopathes, homéopathes, hydropathes ; l'un d'eux, un des meilleurs et des plus perspicaces, s'appelait spirituellement un gachopathe^ pour indiquer qu'il n'était point exclusif en thérapeutique et qu'il prenait dans toutes les écoles le bien qui pouvait soulager sest>malades. i,726 médecins, répandus d'une façon assez régulière dans les vingt arrondissements, ont une clientèle que la mort renouvelle souvent, mais qui leur permet de vivre. Ce chiffre n'a rien d'excessif; il fournit, en moyenne, un médecin

* Voir chap. xiv, tome 111.

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pour i, 000 habitants. Ils ne sont pas to\is docteurs; parmi eux on compte 179 officiers de santé ; ce ne sont ni les moins riches, ni les moins connus. Ceux-ci, ea effet, sont presque tous étrangers ; ils ont, en passant des examens sommaires, aisément obtenu le droit d'exercer la médecine. Leur qualité d'étrangers est un litre de plus pour beaucoup de gens qui les accueillent et les recommandent; ils se font ordinairement une petite spécialité, celle des maux de gorge, par exemple, dans laquelle il est facile d'exceller sans avoir jamais ouvert un Codex ; ils guérissent l'enrouement des chanteuses et calment la toux des enfants ; on les prône, on les appelle pour les cas graves; incapables de distinguer un cancer d'une engelure, ils n'en acceptent pas moins la redoutable responsabilité de traiter des affections morbides qu'ils ignorent, et quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent on peut dire à leurs clients le mot de Figaro : « Ou la maladie vous tuera, ou ce sera le médecin. » •

Derrière ce petit corps d'armée médical, dont quelqiies généraux sont des hommes du plus haut mérite, viennent les troupes auxiliaires, composées d'une centaine de somnambules qui donnent des consultations et font retrouver les chiens égarés ; de 561 sages-femmes, de 355 dentistes, de 528 herboristes et de 754 apothicaires. « Un compte d'apothicaire » est une expression qui est restée dans la langue française pour signifier l'exagération d'un total. C'était bon autrefois, du temps des Turgon ; aujourd'hui sans doute ils ont mis de l'eau dans leur vin et supprimé quelques zéros de l'addition ; on peut en juger. Ayant eu à acheter 100 granules de Dioscoride, je les ai payés 20 francs chez un apothicaire, 10 francs chez un autre et 95 centimes chez le droguiste qui les fabrique. C'est un excellent métier qui fait d'é« normes bénéfices contre lesquels a protesté la baisse

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