‹ Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitie du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 27 sur 70 · VI · texte numérisé non relu

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extrême de prix inaugurée par certaines pharmacies nouvellement instniiées. Parmi les apothieaires comme parmi les médecins, il y a des savants de premier ordre; la justice les appelle souvent à son aide et les grandes sociétés savanies ont été fièresdclcs accueillir. Quelques-uns se sont délournés de leur voit?; faligués de rouler la pilule, ils sont devenus hommes politiques et ont pu s'improviser législateurs, car Molière est mort depuis longtemps.

Les difiérenles catégories dont on vient de parler vivent toutes d'un travail quelconques. Celle qui subsiste exclusivement de la propriété hérilée ou acquise, ^ c'est lo cas le plus fréquent, — pnr suite d'un labeur heureusemenl récompensé, cslsinguliércmenl reslreinte, et ne correspond guère aux envieuses récriminations dont elle a été l'objet. 16,^256 propriétaires et 54-, 872 rentiers n'ayant d'autres moyens d'existence que leurs revenus constituent cette clause si jalousée, dont la fortune ou la simple aisance est presque toujours le résultat de la bonne conduite, de l;i persévérance et de l'économie. Ces 71,1 ti8 personnes pourvoient aux besoins dé 154,599 individus qui sont de leur famille ou à leur service, et parmi lesquels il convient de compter 55,469 porticis; la garde des loges et le soin de tirer le cordon font seuls vivre 61,794 personnes.

La ditiicultè de la vie parisienne, lorsqu'un métier ne vient pas à son secours, est démontrée par ce fait que les retraités, les pensioimés, les réfugiés à la solde de l'État, n'exerçant aucune profession, sont au nombre singulièrement minime de 5,296. La plupart de ceux qui, après de longs services, obtiennent, sur le Trésor public, la pension à laquelle ils ont droit, et dont le maximum, à moins d'une loi spéciale, ne peut jamais dépasser 6,000 francs, vont chercher une existence facile à la campagne, dans quelque bourgade de pro-

LA POPULATION. U7i

vince, où les ressources matérielles sont à bon marché et que Tabsence radicale de plaisirs rend économique à habiter.

On a essayé de lutter, par l'association, contre le renchérissement de l'existence; on a réussi, jusqu'à un certain point, à faire concorder deux termes qui se combattent : l'extrême économie imposée par la moins- * value croissante du numéraire et les besoins de luxe qui sont inhérents au caractère de la bourgeoisie parisienne. Pour parvenir à ce double résultat, on a créé les cercles; il en existe quarante-six à Paris ; quelquesuns oifrent tous les rafflnements du confortable ; d'autres, beaucoup plus modestes, garnis de tables de marbre scellées dans le parquet à l'aide d'un pied en fer, rappellent l'aspect des salles de ca!é. Mais dans tous on peut dîner ù bon marché, et l'on est servi par des domestiques en culottes courtes. Qui penserait que pour beaucoup d'individus c'est là le grand attrait ? Sortir d'un « chez soi » terne et mal meublé où l'on n*a pour « livrée » qu'une bonne à tout faire, et pouvoir, moyennant deux ou trois cents francs par an, s'éfaler sur des lïieubles de soie, être éclairé par des lampes nombreuses, se chauffera un feu élincelant, lire tous les journaux, être obéi, au premier signe, par une valetaille en grande tenue,' c'est là une satisfaction intime de l'amour-propre à laf|uelle bien peu de petits bourgeois ont su résister. Cela expliquerait seul le succès des cercles, quand même l'on n'y trouverait pas le jeu, la causerie sans réticence et le droit de fumer à son aise. Nonlicet omnibus; il faut être relativement riche pour s'accorder de telles jouissances ; les moins heureux vont au café, un peu par désœuvrement, mais surtout par économie.

L'hiver est dur aux employés, aux petits rentiers ; le feu et la lumière entraînent un surcroit de dépenses

2U • LE PAHISIEN.

que souvent ils ne peuvent supporter; la tasse de café, — la demi-tasse, comme ils disent, — coûte quelques sous, en échange desquels on a aussi la clarté du gaz et la chaleur du poêle. Plus d'un personnage a débuté ainsi. Un homme qui a été un grand magistrat et dont la mort fut héroïque, avant d'êlre appelé aux hautes charges de TÉtat, allait, tous les soirs, avec sa femme, rue Daupliine, travailler dans un café annexé à un cabinet de lecture ; sa pauvreté ne lui permettait pas de se donner chez lui le luxe d'une lampe et d'un fagot.

Les fonctionnaires publics, — je ne compte pas l'armée, qui est de 34,454 hommes, — composent un groupe de 32,959 individus, ce qui n'est pas trop, lorsque l'on songe que presque tous les services généraux sont centralisés à Paris. « 11 faut en France, dit La Bruyère, beaucoup de fermeté et une grande étendue d'esprit pour se, passer de charges et d'emplois. » Cela a été vrai de tout temps: le fonctionnarisme est une maladie très-française. Sous prétexte d'être la plus aventureuse du monde, noire nation manque d'initiative, et bien des gens, -^ contents de peu, — estinient que c'est une bonne fortune de pouvoir entrer chns une administration publique, car, après soixante ans d'âge et trente ans dé service, on en sort avec une retraite qui aide à mourir de faim.

Il y a des familles où l'on est employé el quelquefois fonctionnaire de père en fils. L'hérédité que l'on a abolie de fait est resiée dans nos mœurs ; des hommes occupent d'importantes situations, même dans l'enseignement supérieur, sans autre motif que d'avoir un père qui les a occupées avant eux ; en politique môme on succède à ses ascendants, et plus d'un député n'a pour seule raison d'être qu'un parent autrefois connu dans les assemblées parlementaires. Et cependant, un de ceuxr

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