‹ Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie, dans la seconde moitié du xixe siècleChapitre 13 sur 30 · LES DESIDERATA · texte numérisé non relu

LES DESIDERATA

Opéni, descendu. — Coulisse, interdiction de jouer. — Signé : Robert. » Un journal le traduisit ainsi en faits divers : « Le parquet de l'Opéra est descendu dans la coulisse ; par suite de cet accident on a interdit la représentation de Robert le Diable. » — Après l'attentat d'Orsini, on transmit en Allemagne cette dépêche : « Machine infernale; empereur et impératrice saufs. — Général Roguet blessé. » — On en interpréta la fin de cette manière : « un général et le petit chien de l'impératrice ont été blessés. » — On avait simplement lu ou écrit : roquet au lieu de : Roguet. On met volontiers toutes ces niaiseries sur le compte de la télégraphie électrique; le plus souvent elle n'en est pas coupable, et, par les services qu'elle a déjà rendus, elle prouve co que l'on peut attendre d'elle.

On reste émerveillé quand on pense que la première ligne a Ibnctionné en France il y a vingt-quatre ans, et que maintenant Paris est en communication permanente avec le monde entier : avec la Chine par les fils russes, avec l'Afrique par le câble de la Méditerranée, avec les Indes par la Turquie d'Asie et le câble du golfe Persique, avec l'Amérique par le câble de l'Océan, et cependant il reste beaucoup à faire à la France; il faut qu'elle se mette en communication avec elle-même ; il faut que chaque viUe, chaque village, chaque bourgade ait son poste et jouisse du bienfait des correspondances rapides. Cela est de toute nécessité; une nation qui paye régulièrement l'impôt a droit à toutes les facilités possibles de communication. La direction générale est prête à établir le réseau cantonal, mais il faut qu'elle soit aidée par le pays lui-môme, c'est-à-dire par les intéressés. Là, elle aura de grands obstacles à surmonter; la France a l'habitude de teiKlre toujours les mains vers le gouvernement et de ne savoir rien faire par elle-même. La vie communale n'existe réellement pas chez nous et

ICO LES TÊLÉGR.VI'IIES.

l'adminislraliou des télégraphes aura, je le crains, à s'en apercevoir.

On demande à la commune de fournir le local et de payer la moitié de la dépense de l'établissement de sa ligne spéciale'; en échange, on lui fournit les appareils, on lui donne une indemnité proportionnelle par dépêche, et on la fait entrer dans cette grande circulation électrique qui est une des gloires de notre époque. Beaucoup ont relusé, mais ceci n'aura qu'un temps. Les efforts de l'administration sont incessants, ils triompheront des difficultés. Quand avec un simple et même fil métallique on remue magiquement à distance tous les signes du langa<;e, quand on imprime ou qu'on écrit à volonté, quand de Paris à Marseille on envoie instantanément une dépêche pour un franc, on doit arriver à convaincre les récalcitrants, à ramener les populations ignorantes et à faire comprendre la nécessité d'un sacriiice en échange duquel on offre d'incalculables avantages.

Appendice. — Quoique l'adminislraliou des télégraphes ait fait de gn nds progrès depuis 18G7, nous s-o urnes encore loin d'avoir de naiidé à la télégraphie électrique t ms les services qu'elle peut rendre, et il s'en faut que toutes nn^ c iinmunes soient pourvues de cet jidniiraMe instrument de c( rainiinication. Le nombre des postes a cependant été augmenté dans de notables proportions; au lieu des 2,276 que nous pos-^édions en 18tt7, on en complaît 3,753 au i" janvier 1874, dont 2, dô relivant de 1 État et 1,3'20 ouveris dans lesgarisaux correspondances privées. 47,055 kilomètres de lipnes donnent, à la même époque, un développement de 125,808,000 mètres de fils métalliques, parmi lesqm is ne sont pas compris les fils appartenant directement aux compagnies de chemins de fer. Le réseau sémapliorique est de 1,i23 kilomètres, et les câbles sou.s-marins de la Méditerranée et du littoral ont 1,294 kilomètres de longueur. Les dépêches se sont élevées, en 1873, au chilTre de 6,550,023, dont 877,264 internationales, et 5,673,369

' oOSfraacs en moyenne par kilomètre .

intérieures; le produit de ces transmissions a été de 1^,CT>,539 fr. 70 cent.; le personnel a dû être augmenté : au 1" janvier 1874, il était de 5.278 employés de tout grade.

Le poste central, qui est plus insuffisant que jamais, manipule quotidiennement l>,OPO dépèches, qui exigent 'J6,0(»0 transmissions; les erreurs diminuent dans une mesure dont il faut louer les employés : elles ne dépassent pas cinq ou six pour mi le; pour 6,550. 0'23 télégrammes déposés en 1873, l'administialion n'a reçu que 2.S92 réclamations, dont 1,830 ont été reconnues fondées. L'abus des dépêches officielles gratuites tend à s'angmenter tous les jours; les évi'nements de 1870-1871 l'ont singulièieui' nt développé. Kn i8G7, la moyenne des télégrammes de ci Ite n;iiure arrivant au bureau central était de 3.iO par jour ; elle est e plus de 1,000 aujourd hui. Par compensation, nos correspnmiances tolégraphi iues avec l'Amérique ont subi un accroi>.';eineni considérable ; au lieu des 616 dépêches que Paris avait exp'dii'es en 1867 par le ciible trunsatlantique, l'administration on a envoyé 3'2,-'36, et reçu 34 240 en 1«73. Le tarif subira une modilicalion à partir du 1" mai 1875; on ne payera plus par dépêche, on payra par mot (2 fr. 50 cent.). Le pr x des dépêches a été augmenté. La loi du 29 mars 1872, appliquée dès le 6 avril suivant, a é evé la taxe départementale à 60 centimes, et la taxe interdépartementale à 1 fr. 40 cent.

Pendant <|ue le nombre des dépêches augmente et que le public se familiarise de plus en plus avec cette façon rapide et sûre de correspondre, les inventeurs sont à l'œuvre et clierclicni le moyen d'accélérer les iransmisMons en les multipliant. L'appareil Hughes, légèrement modilié, est moins bruyant qu'auirelois; on est parvenu à neutrili>cr les trépidations qui le rendaient si faiigant. Le pentélégraplie Ciiselli n'existe plus qu'à l'état de relique, ce n'est pas radminislniliou qui l'a supprimé, c'est le public qui l'a délaissé, n'attachant aucune importance à l'autographie électrique, et ne se souciant que de l'aclieininement des dépêches. 11 est remplacé actu llementen re l'ans et Lyon par le merveilleux appareil multiple de H. Meyer. employé de l'administralion, qui a obtenu le diplôme d'honneur, la p. s haute récompense, à l'Exposition de Vienne en 1872. Grûce à un système aussi intelligent qu'ingénieux, un t-eul fil reçoit simulLinémenl six transmissions, et peut facilement expédier 150 dépêches par heure.

Le t'ibe pneuuiatique continue à cheminer sous notre sous-sol ; il compte actuellement 17 stations en relation les unes ave< les autres et avec le bunau central; peu à peu il s'éteni, au fur et à mesure de.s ressources que lui offre le budget ; di>n- qu'li|ues années, il 0. cupei a Pans tout entier, rayonnant dans tous les sens et soulageant le trava I des appareils clectrii,ues propremini dits; le jour où il saura se contenter d'une taxe de 15 ceuiimes par dé~ X. li

pêche, il se substituera naturellement à la petite poste et gagnera des millions.

Depuis le 11 janvier 1875, un bureau télégraphique directement relié au bureau central de Londres, qui est contigu au Stockexchange, a été installé au palais de la Bourse, dans l'ancien local réservé au Tribunal de Commerce, et où la reconstitution des actes de l'état civil, incendiés par la Commune, a fonctionné jusqu'au 31 décembre 1874. La Bourse de Paris est donc actuellement en communication directe avec celle de Londres, les deux plus grands marchés du monde se parlent sans intermédiaire. C'est là une mesure libérale et excellente, qu'il serait facile d'étendre à Vienne, à Francfort, à Berlin, à toute ville, en un mot, dont nous avons intérêt à connaître, sans délai, le mouvement financier.

Page 1