‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 29 sur 124 · COMITÉ CENTRAL · texte numérisé non relu

COMITÉ CENTRAL

Mais le corps de l'affiche resta blanc, malgré l'arrêté de la Commune.

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Un bien curieux spectacle dans le 41e arrondissement! Le 137c bataillon est allé rue Folie-Méricourt," s’est emparé de la guillotine, a brisé en morceaux lan machine de mort, puis l’a brûlée aux pieds de la sta=«

tue de Voltaire.

Cet acte, accueilli avec tant d’applaudissements pars

les gens présents, nous parait une bonne plaisanterie! — Pourquoi brûler la guillotine quand la peine” de mort est maintenue? — Qu'importe que l'effet. change quand la cause reste la même? | |

Dans le Mot d'Ordre, Rochefort publia un court

article qu'il est bon de reproduire :

Hier jeudi, 6 avril, à dix heures du matin, le peuple a brûlé l’échafaud sur le boulevard Voltaire. L'idée était Lonne et le boulevard bien choisi. Mais à quoi bon, je le demande, cet auto-da-fé accompli sur les bois de justice, si, en détruisant l’échafaud, nous conservons la peine capitale, avec cette seule nuance que la guillotine est remplacée par le chassepot ?

Les Français sont décidément des êtres surprenants. Ils sont tous d’accord pour proclamer l’inviolabilité de la vie humaine; mais cette inviolabilité consiste à déclarer qu’aucun individu, à quelque sexe qu'il appartienne, et quelque crime qu'il ait commis, ne sera désormais appelé à grimper les degrès de la fatale machine qui a emprunté son nom au docteur Guillotin. |

En revanche, il paraît convenu entre nous qu’adosser un homme contre un mur et lui envoyer douze balles daus le corps ne s'appelle pas violer la vie humaine.

Le mode d'exécution ne nous inquiète pas; c’est l’exécu-

tion elle-même qui nous préoccupe. Si même il fallait choisir entre le fusil ou la guillotine, j’aiidée que je préférerais encore celte dernière, eu égard aux derniers préparatifs, ‘qui exigent un certain temps, tandis qu'il ny a rien comme une arme à feu pour rayer avec promptitude un citoyen du | nombre des vivauts.

La terrible guerre que nous traversons n’établit que trop irréfutablement la vérité de ce que javance.

Ce que nous voulons, ce n’est pas l'incendie de Péchafaud, c’est l'abolition de la peine de mort.

Henri ROCHEFORT.

Terrible guerre, en effet! car, ce même jour, la. Commune avait invité Paris à l'enterrement des victimes des journées des 2, 3, 4 et 5.

A deux heures de laprès-midi, on se réunissait à l'hospice Baujon, où un grand concours de public fai- - sait la haie au cortége et le suivait.

Tout devenait spectacle pour les gens renfermés dans Paris; gai ou triste, on allait voir chaque événement de la journée, et, dans cette imposante cérémonie, ce que l’on voulait voir surtout, c’étaient les membres de la Commune délégués : MM. Amouroux, Martelet, Malon, Delescluze, Demay et Antoine Arnaud.

Le convoi traversa le boulevard Haussmann, la place et le boulevard de la Madeleine, les boulevards des Capucines, des Italiens, etc., dans l’ordre suivant : Trois clairons, dont un de la garde nationale, un de la ligne, un de la mobile; le 131 bataillon fé-

déré, l'arme renversée, puis le 203€ et une partie du 4162; douze tambours et clairons garnis de crêpes, battant et sonnant aux champs, et alternant avec deux corps de musique fusionnés ; douze porteurs cet douze gardes sans armes; trois gigantesques cercueils recouverts d’un drap de velours noir frangé d’argent et oarni de bandes dé crêpe, trainés chacun par quatre chevaux caparaconnés, recouverts de housses noires semées d'étoiles d'argent, ct conduits par autant de piqueurs des pompes funèbres sans galons ni aiguillettes; aux quatre coins des chars, un trophée de drapeaux rouges cravatés de crêpe et portant une couronne d’immortelles jaunes et noires. Derrière le dernier char, les délégations de la Commune et du Comité central.

Pendant ce temps, le canon tonne du côté de la porte Maillot, et le bruit de la fusillade arrive par imstant jusqu’à nous; les opérations militaires continuent, Versailles veut avancer, Paris ne veut pas; le choc est continu, et tandis que l’on transporte au Père-Lachaise les victimes de la veille, la guerre civile en fait de nouvelles. Ce jour-là, le pont de Neuilly tomba au pouvoir des assiégeants malgré l’ardeur des assiégés; et, chose bizarre, tandis qu’entré Français on se tire à bout portant, entre Allemands (Bavarois et Prussiens), cantonnés à Nogent-sur-Marne, on se tue à l'arme blanche.

La guerre scrait-elle épidémique?

La nouvelle commission exécutive avait hâte de faire sentir son arrivée aux affaires, et comme la plupart de ses membres sont des écrivains, c’est un torrent d'impression; non seulement 1l v en à pour Paris, mais voici venir la part de la province :

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