‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 30 sur 124 · LA COMMUNE DE PARIS AUX DÉPARTEMENTS · texte numérisé non relu

LA COMMUNE DE PARIS AUX DÉPARTEMENTS

Vous avez soif de vérité, et, jusqu’à présent, le gouvernement de Versailles ne vous à nourris que de mensonges et de calomnies. Nous allons donc vous faire connaître la situation dans toute son exactitude,

C’est le gouvernement de Versailles qui a commencé la guerre civile en égorgeant nos avant-postes, trompés par l'apparence pacifique de ses sicaires ; c’est aussi ce gouvernement de Versailles qui fait assassiner nos prisonniers, et qui menace Paris des horreurs de la famine et d’un siége, sans souci des intérêts et des souffrances d’une population déjà éprouvée par cinq mois d'investissement. Nous ne parlerons pas de l'interruption du service des postes, si préjudiciable au commerce, de laccaparement des produits de l’octroi, etc., etc.

Ce qui nous préoccupe avant tout, c’est la propagande infime organi ée dans les départements par le gouvernement de Versailles, pour noircir le mouvement sublime de la population parisienne. On vous trompe, frères, en vous disant que Paris veut gouverner la France et exercer une dictature qui serait la névation de la souveraineté natiotionale. On vous trompe, lorsqu'on vous dit que le vol et l’assassinat s’étalent publiquement dans Paris. Jamais nos rues n'ont été plus tranquilles. Depuis trois semaines, pas

un vol n’a été commis, pas une tentative d’assassinat nes s’est produite. |

Paris n’aspire qu’à fonder la République et à conquérir ses franchises communales, heureux de fournir un 0 aux autres communes de France.

Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses at=" tributions normales, c’est à son grand regret, c’est pour répondre à l’état de guerre provoqué par le gouvernement, * de Versailles. Paris n’aspire qu'à se renfermer dans sons autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres communes de France.

Quant aux membres de la Commune, ils n’ont d'autre ambition que de voir arriver le jour où Paris, délivré des royalistes qui le menacent, pourra procéder à de nouvelles élections.

Encore une fois, frères, ne vous laissez pas prendre” aux monstrueuses inveutions des royalistes de Versailles. Songez que c’est pour vous autant que pour lui que Paris lutte et combat en ce moment. Que vos efforts se joiynent. aux nôtres, et nous vaincrons, car nous représentons Île » droit et la justice, c’est-à-dire le bonheur de tous par tous, la liberté pour tous et pour chacun, sous les auspices d’une. solidarité volontaire et féconde.

Paris, le G avril 1871.

La Commission exécutive CourNeT, DéLesCLUZE, Félix PyaT, TRIDON, VAILLANT, VERMOREL.

Ce beau et long morceau d’éloquence n’a probablement pas produit en province tout l'effet que Fon en attendait ici, car aucun mouvement sérieux m'est venu du dehors séconder le mouvement parisien, qui

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non seulement a besoin d’être activé dans les départements, mais encore dans Paris.

La Commune de Paris, Considérant que les gardes nationaux ont reçu l'arme et reçoivent la solde pour défendre la République; Considérant que plusieurs manquent à leur service, tout en touchant leur paie, et gardent leur fusil inutile ainsi dans leurs mains ; Décrète :

Ant. der, — Tout garde national réfractaire sera désarmé. Arr. 2. — Tout varde désarmé pour refus de service sera privé de sa solde. ART. 3. — En cas de refus de service pour le combat, le garde réfractaire sera privé de ses droits civiques, par dé- » cision du conseil de discipline.

Paris, le 6 avril 1871.

La Commune de Paris,

Ainsi done, on vous force à vous battre sous peine ‘de conseil de discipline, et bientôt de cour martiale! C'est injuste et inhumain!

Que dans la guerre contre l’étranger on lève tous

* les citoyens valides, rien de mieux; que ceux qui se dérobent à ce devoir saint et patriotique soient fusillés sur l'heure, c’est cruel, mais je l'admets encore :

il faut sauver la patrie, tous ses enfants lui doivent leur sang.

Mais enrégimenter de force pour la guerre civile;

forcer le frère à combattre le frère, l'ami à tuer

—" 190 — l'ami, cest le dernier mot de la barbarie, et la civilisation recule, au lieu d'avancer, avec les’ gouvernés ments qui ordonnent de pareilles mesures.

La Commune à oublié que dans une guerre étras gere, si tous les citoyens sont des soldats, dans 16S guerres civiles, il r’y à que des volontaires qui st battent.

Mais sur ce chapitre tout n’est pas dit, et au jour le jour vous verrez l'excitation à la délation des ré fractaires, les arrestations, les perquisitions domiciliaires, bref, tout ce qui concerne la chasse à l'homme. Un jour, c’est un fils que l'on prend, que l’on méne au fort, sans lui laisser voir sa mère; un autre jour, cest une rafle dans les rues; ici, on est dur: là, on est brutal; partout, on est inique!

On ne vous mène plus à la guillotine, c’est à Ia tuerie que l’on vous envoie : au fond, e’est la même chose; mais dans la forme, c’est bien plus habile.

Les élections à la Commune auront lieu le lundi 10 avril; le nombre des membres à élire dépasse le chiffre de trente.

La vie devient chère; les légumes sont hors dé prix, tout à augmenté. La viande de boucherie sé vend un tiers en plus de ses prix ordinaires ; le pois son manque presque tous les jours.

Nous sommes en pleine semaine sainte, et voiei ce qui s’est passé le vendredi-saint à Notre-Dame :

Le vendredi-saint, à deux heures trois quarts; après

la vénération des saintes reliques, quelques hommes habillés, les uns en civils, les autres en gardes nationaux, entrèérent dans l’église, ayant à leur tête un individu jeune encore qui avait gardé sa casquette Sur sa tête el avait l'air assez déterminé.

Quelques-uns se dirigèrent vers le sanctuaire; les autres allérent à la sacristie du chapitre et à celle de ‘la paroisse. Ils étaient accompagnés par un homme ‘qui se disait commissaire, et qui avait un mandat de délégué de la préfecture de police.

IL se fit ouvrir les armoires du trésor de la sacristie et procéda à l'mventaire des vases sacrés, des bronzes et des ornements. Pendant ce temps, un <serrurier ouvrit le tombeau des archevèques, dans lequel ils allérent faire une visite, toujours la casquette sur la tête et La pipe à la bouche.

Ceux qui étaient dans la sacristie S'emparérent des troncs. M. le commissaire ayant terminé son inventaire, s’empressa de compter le produit de ces troncs.

Il donna ensuite l'ordre de transporter tout le mo- -bier de Notre-Dame dans une voiture qui, requise à -cet effet, stationnait sur la place du Parvis.

L'un des emplovés de Notre-Dame courut à l'Hôtelde-Ville informer les membres de la Commune de ce qui se passait. [ls parurent surpris, et l’un d'eux $’éeria : « C’est affreux, surtout un vendredi-sant! » Un délégué de la Commune arriva à Notre-Dame et se fit exber le mandat dont se disait muni le commissaire.

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IL trouva que ce mandat était ir éoulier, RE que tous les objets fussent retirés de la voiture et ramenés dans la sacristie. Il appela le sacristain pour lui faire vérifier que le tout était bien rapporté. |

Cette opération terminée, M. le délégué fit dresser procès-verbal de ce qui venait de se passer, le signa lui-même et le fit signer ensuite par le sacristain du chapitre et par quelques gardes nationaux qui se trouvaient présents, puis fit fermer les portes et apposer les scellés. |

Militairement, la journée a été chaude, et les Versaillais ont quelque peu avancé dans Neuilly. Les forts du sud sont soumis à une violente canonnade, ce qui n'empêche pas les journaux dévoués à la Commune d'annoncer des succès pour l’armée fédérée : |

Toute la journée on s’est baftu avec acharnement à Neuilly. Les fédérés ont soutenu héroïquement le choc de nombreuses troupes auxquelles ils ont fait éprouver des pertes sensibles.

Et cependant, malgré ces succès continus, le général Bergeret est remplacé par le général Dom< browski:

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