XVI
d'une orgie, fut extrême, elle aussi. dès son pre: mier pas. |
En cela, elle a bien mérité de nous. C’est seu: lement en étant horrible qu'elle pouvait nous servir. A force d'être châtiés, peut-être seronsnous corrigés, Ce sont les révolutions et les révolutionnaires à l’eau de rose, comme disait Champfort, qui nous ont perdus. Rien n’est dangereux comme de ne pas être étrillé quand on S asseoil à une table de roulette, et le feu qui ne vous brûle pas d'abord jusqu'aux os vous induit dans la tentation fatale de jouer avec lui, On s'imaginait que les crimes révolutionnaires étaient désormais impossibles : on vantait la douceur de nos mœurs ; on se flattait d’avoir canalisé le torrent, Que de fois n’avons-nous pas entendu déraisonner sur ce thème : la meilleure garantie de: l'ordre, c'est la démocratisation de la rente! Qui voudrait le désordre, quand tout le monde est intéressé à l'ordre? On à armé, il est vrai, quelques mauvaises gens dans la masse; mais comme
les hénnêtes gens ont des armes aussi, nous dé-
fions bien les coquins de bouger. « Ajoutez, disait M. Prudhomme, officier de la garde nationale, que les coquins sont toujours Tâches. »
La journée du 31 octobre mit le comble à cette sécurité de la bourgeoisie gardée par ellemême. « Avez-Vous vu comme nous avons MIS les Flourens en déroute? Les sergents de ville et les gendarmes ne servent qu'à gâter les affaires. » Allez, allez, à bonnes gens! complices naïfs et préparateurs inconscients du drame qui frappe à votre porte aujourd'hui et qui l’enfoncera demain. ; Le premier livre que j'ai ouvert dans le lit où je suis encore par la grace des balles du 22 mars était une Histoire de la Révolution française par un écrivain éminent dont la place serait à l'Académie française bien plutôt que dans nos assemblées politiques. Louis Blanc à écrit ceci dans le préambule de son Histoire de la Révolution française ; je cite textuellement, avec le volume sous les veux :
« … Quelle formidable, quelle sanglante his-
toire !.. Mais loin de nous consterner, que ce souvenirs de deuil nous rassurent! Si la parti intellectuelle de l’œuvre à accomplir nous es désormais réservée, c'est parce que les homme de la Révolution en ont pris pour eux la parti funeste. Cette mansuétude de mœurs au nom d laquelle nous avons souffert qu'on voilât leur: statues, cœurs pusillanimes et ingrats que nou: sommes, Ce Sont eux qui nous l'ont rendue facil par les obstacles qu'ils ont affrontés à notre place et surmontés pour notre compte, par les combats dont ils nous ont dispensés, en y périssant, LEURS VIOLENCES NOUS ONT LÉGUÉ AINSI DES DESTI- NÉES TRANQUILLES. HS ont épuisé l'épouvante, épuisé la peine de mort; Er LA TERREUR, PAR SON EXCES MÈME, EST DEVENUE IMPOSSIBLE À JAMAIS. » | Qu'en dites-vous ? |
Pour moi, je fermai le livre et me mis à réver
On n'était encore qu'au mois de mars, peut ètre aux premiers jours d'avril, et la soi-disant Commune élue venait de naître, sous les auspices
de MM. Tirard et compagnie, dont les écharpes
municipales avaient voulu proclamer l'union nonstrueuse du droit réfugié à Versailles et de émeute triomphante à Paris. Is appelaient cet iécouplement conciliation et concorde. Un prêtre émissant l'union de Pasiphaé et du Taureau ne maurait pas paru plus monstrueux que ne le urent députés et maires dans ces allées et venues le leur proxénétisme effronté ou aveugle entre aris et Versailles.
Je veux les croire de bonne foi, puisque rien ië prouve le contraire. Louis Blanc était de la ande. 11 en devait être, lui qui nous croyait joués à des destinées tranquilles, et qui avait prohétisé Le relour de la Terreur impossible. C'est unsi que ne servirent pas même à ouvrir les jeux décidés à ne point voir l'assassinat des géiéraux Lecomte et Clément Thomas, et les calavres et les blessures du 22 mars.
Ce jour-là, je l'avoue, en me sentant frappé, ine consolation m'était venue à l'esprit: « Si je neurs, pensais-je, mon cadavre, promene par la
ïille, pourra du moins servir à lui faire prendre
XXI a les armes contre cette poignée de bandits qi l'ont suprise. » Mais il paraît qu'il n’y à pi que les émeutiers qui sachent exploiter leu morts. Ils ont fait le 2% février avec un eorp sanglant, une charrette, une torche et ce cri «On égorge nos frères ! » Ils ont ébranlé l'Empir avec le spectre de Baudin:; car Sedan n'a fa qu'achever une démolition déjà commencée pa des échauffourées de cimetière, un plaidoyer d Gambetta et les coups de crochets de l'écrivai de la Lanterne. | Vainement, ainsi que me l'a raconté lui-mêni ce courageux citoyen, un ancien maire, M. Fré déric Lévy, sorti sain et sauf de la manifesta tion sur laquelle les prétoriens du 18 mars ve naient de se montrer si vaillants sans danger, fi ramasser un Corps plus désespéré que le mie et le mit sur le siége d’une voiture, avec un dr peau tricolore, en criant : « Aux armes, les gen de bien!’» Les gens de bien restèrent chez eu pour la plupart, ou y rentrèrent et y firent leurt
paquets. [ne manquait plus, pour achever K
LE Ps +
AXII ause de l'ordre, que Fexpédition ridicule de amiral Saisset, qui vint, ne vit rien, et laissa es lorgnettes et ses gants au Grand-Hôtel, avec ne paire de canons et de mitrailleuses qu'on ait rattrapées et qu'on rendit sans coup férir. h ma conté qu'en cette réunion du Grandlôtel, qui servit un moment de quartier-général la résistance, plusieurs milliers de gardes na- Onaux s'étaient réunis, be demandant qu'à ure de leur mieux contre l’émeute. Mais un vocat se leva, M. Floquet, assure-t-on (si c’est ü, je plains sa conscience), qui aflirma que le uc d'Aumale venait d'être proclamé lieutenanténéral du royaume; — oui, Messieurs, du Oyaume ! 1] ne restait donc plus aux républians qu'à marcher avec la Commune. D’autres rétérèrent ne pas marcher du tout; l'amiral asset les y invita d’ailleurs en se repliant én ésordre sur Versailles.
Telle fut la fin, n'est-ce pas? de nos velléités € rébellion contre les polissons du 18 mars,
iquins du Comité central et coquins de la com-
mune. Les niais du 22 en furent pour leu frais. M. Thiers les injuria de Versailles, pa dessus le marché. s’étonnant, dans la série proclamations qui ont émaillé Ja guerre Civil que Paris n'eût rien fait pour se délivrer lu mème. Permettez; qui avait donné le signal d départ, après avoir fourni, par le rapt mani des canons de Montmartre, le signal à l'émeut. Qui nous abandonna à nous-mêmes ? Qui, enfn pour comble de désastres, nous avait ENVO] comme chef un amiral, brave, je n’en doute pa: mais aflolé d'un deuil récent et sans doute € peu de cervelle en tout temps ?
Que de fois, pendant les longs jours d'oisivit et les interminables nuits d'insomnie au xquel m'avaient voué les coups de feu de la place Ven dôme, j'ai retourné dans mon esprit les crime des uns et les fautes des autres, tout ce trist bagage dont était déjà chargée la révolution don je n'ai vu que le prologue! 11 était dans ma des née de ne plus paraître aux actes suivants. O:
me les à racontés, et je les ai lus: je vais le
NAN relire dans ce livre que ma curiosité attend avec impatience, parce que je sais qu'il fut écrit jour par jour, par un témoin attentif, hardi et impartial des événements. Ceux qui se sont dévoués à la tâche souvent périlleuse d'assister aux pémpéties terribles ou grotesques de ce drame de deux mois, pour s’en faire ensuite les historiens, auront bien mérité de leurs concitoyens. Plus la vérité sera connue, plus il y a de chance pour qu'elle nous profite. L'écrire et la propager, c'est servir la cause nationale, apporter sa pierre à Rédifice de la restauration du peuple par le peuple. L'ignorance est un des vices cardinaux dé la France moderne. Dans tous les états, on he sait pas son état. On a inventé un mot parisien : le chic, et la France s’est mise à tout faire de chic. On a fait de chic la guerre contre la Prusse ; les résultats ne se sont pas fait attendre. Cest de chic aussi que l’on s’est flatté de maintenir l'ordre depuis le 4 septembre, et le 18 mars avec son cortége exécrable fait foi qu'à l'intérieur comme a l'extérieur, le chic est peut-être