HENRY
Est-ce que la mesure de l’infamie n’est pas comble? — Des étrangers, des coureurs d'aventures, profitent de discordes civiles pour se mêler d’affaires qui ne les regardent pas, et fusillent des Francais comme des thiens !
C’est honteux! et je ne sais qui il faut le plus accuser de ceux qui obéissent à Dombrowski ou de ceux qui le commandent.
N'est-ce rien que la vie d'un paysan, et lout ce qui est rural doit-il donc être tué par la Commune ? — Allons! c’est triste à dire, mais ce ne sont en général que des gens peu scrupuleux qui font de tristes besognes, et les Polonais pouvaient nous éviter d’a-
Le: \ 1802 voir à les haïr autant que nous les avons aimés; car c’est une nuée de Polonais qui attisent la guerre. —
2e 3 Te
Les Wrobleski, les Okolowitz, les Dombrowski! — Il
faudra nettoyer la France de ces étrangers qui n'ont
adopté notre patrie que pour en vivre ou pour la dé-
chirer. |
L'Officiel a démenti cette dépêche, mais le journal le Paris-Libre, qui l'avait publiée d’après une source officielle, a refusé de démentir ce qui malheureusement était trop réel.
Nous sommes arrivés à un moment où la répétition des mêmes événements aménerait forcément des redites ; or, même dans ce qui ést de l’histoire, la variété est un attrait. Nous adopterons donc une forme moins rédigée, qui donnera, par sa sécheresse même, comme un aperçu plus réel de la situation.
Pour ceux qui sont dans Paris, ce qui se passe leur donne la fièvre : une fièvre qui va sans cesse en augmentant.
Trois lignes suffisent pour un fait, car dans le grand duel de Versailles et de Paris, on est au plus fort du combat.
Des deux côtés, pendant la dernière quinzaine d’avil, on crovait également à la victoire; mais dans les
PCT LD premiers jours du inois de mai, en mème temps que la prise du fort d’Issy, l'esprit de la Commune change ; surviennent les complications : c'était la fièvre ; voici le délire. Les convulsions de ce pouvoir à son agonic sont plus intéressantes que lorsqu'il se portait bien, ou qu'il en avait l'air. |
La Commune se sentant malade, ne voudra pourtant pas succomber à la sueur de sang qui l’affaiblit et la tue; c’est alors qu’il nous faudra de la place
pour raconter ses derniers moments, recueillir ses
derniers décrets et rapporter, avec son’ testament, l’histoire de ses derniers crimes. |
Journée du 17 avril.
Rapports nalitaires. — Deux drapeaux, pris à Neuilly sur les Versaillais, sont portés à l'Hôtel-de- Ville.
Quel glorieux triomphe! lun de ces étendards était un drapeau d’ambulance ; l’autre celui d’un yacht américain, qu'un naturel des États-Unis avait arboré à sa maison!
Prise du château de Bécon par les Versaillais, Cest le premier fait de guerre où l'avantage fut bien constaté en faveur de l’assiégeant,
Mine, — Le citoven Latappy, remplissant les fonc-
. tions d’amiral... presque Suisse, publie Pordre suivant pour le service des six canonnières de la Commune:
Les citoyens commandants devront être à bord à sept heures du matin ; ils ne quitteront le bord qu’à six heures du soir, après que le commandant chargé de la garde de de nuit sera de retour de son diner.
Le matin, le branle-bas se fera à cinq heures et demie ; à six heures, déjeüner; à six heures et demie, propreté du navire; à huit heures, on hissera les couleurs; à neuf heures, branle-bas de combat et inspection; de dix heures à midi, travaux journaliers ; à midi, diner. De deux heures à quatre heures, exercices divers ; s’assurer que les armes sont en bon état; à cinq heures, souper; à six heures, le commandant règle le service.
Commune. — La Commune décide qu'un de ses membres ne pourra être chef de légion, puis elle publie l'arrêté suivant, rendu par la commission exÉCUtIVE :
ART. de. -— Les armes des bataillons dissous seront immédiatement restituées aux mairies.
ART. 2. — Seront pareillement restituées aux mairies
les armes des émigrés, des réfractaires jugés comme tels par le conseil de discipline.
Art. 3. — Les municipalités devront faire faire des perquisitions méthodiques par rues et par maisons, afin d'assurer dans le plus bref délai la rentrée de toutes ces armes.
ART. 4. — Toutes fausses déclarations faites par les concierges entraineront leur arrestation immédiate.
ANA (ET pen
Autre décision : Ja place d'Italie prendra le nom de place Duval, en souvenir du général de a Commune.
Cour marliale. — S'appuyant sur une vérité digne de M. de la Pahisse :
« En présence de l'invpossibililé de traduire devant les conseils de querre de légion QUI N'EXISTENT PAS ENCORE... »
La commission exécutive institue une cour mar- -Liale qui siégera tous les jours, à l'hôtel des conseils de guerre, rue du Cherche-Midi. Cette cour se compose des personnages suivants : |
Le colonel Rossel, chef d'état-major de la guerre;
Le colonel Henry, chef d'état-major de la place; Le colonel Razoua, commandant de VÉcole mili- (aire ;
Le lieutenant-colonel Collet, sous-chef d'état-major du commandant supérieur Eudes;
Le colonel Chardon, commandant militaire de la préfecture de police ;
Le lieutenant Boursier, membre du Comité central.
Parricade. — Deux cents ouvriers construisent une barricade place de la Concorde, au coin de la rue Saint-Florentim.
Arrestations. — L'abbé Orse, vicaire de Plaisance, est arrêté dans la nuit, ainsi qu'un des vicaires de
Saint-Bernard, à La Chapelle. Cette église et celle de Saint-Ferdinand, des Ternes, sont fermées. Les frères tenant l’école du Marché-Saint-Martin, rue Montgolfier, sont chassés de leur éco.
Journée du 18 avril.
Guerre. — Tout va bien, comme toujours.
Cour martiale (4). — Elle débute par l'affaire d'un sieur Girot, chef du 74€ bataillon, accusé d’avoir refusé de se rendre à la porte Maillot pour combattre. Il se défend en disant que s’il n’a pas conduit ses hommes où on le lui ordonnait, c’est qu’ils étaient éxténués de fatigue et de faim.
La Cour prononce l'arrêt de mort, auquel le condamné répond par un ironique : « Merci, citoyens. »
Communications offici….euses. — L'Officiel rassure Paris sur la probabilité d’un investissement prochain. Des marchés passés avec la Commune assurent aux Parisiens des vivres pour bien des jours encore.
Les parcs, jardins et autres lieux publics de promenade sont remis à la disposition des promeneurs.
Bruit. — Le bruit avait couru que M. Ch. Lullier
avait recu le commandement de la flottille.
(1) A la fin de ce livre, aux documents essentiels, on trouvera le curieux arrèt réglant la procédure et les peines devant la cour martiale (note A).
— Allons donc! répond la Commune, est-ce qu’on peut donner un commandement à l’homme par la faute duquel, de son propre aveu, le Mont-Valérien est entre les mains de l'ennemi?
Lullier a -protesté.
Décret communal sur les échéances :
ART. 4er. — Le remboursement des dettes de toute nature souscrites jusqu’à ce jour et portant échéance, billets à ordre, mandats, lettres de change, factures réglées, dettes concordataires, elc., sera effectué dans un délai de trois années à partir du 45 juillet prochain, et sans que ces dettes portent intérêt.
ART. 2. — Le total des sommes dues sera divisé en douze coupures égales, payables par trimestre, à partir de la même date. |
ART. 3. — Les porteurs des créances ci-dessus énoncées pourront, en conservant les titres primitifs, poursuivre le remboursement desdites créances par voie de mandats, traites ou lettres de change mentionnant la nature de Ja dette et de la garantie, conformément à l’article 2.
Arr, 4. — Les poursuites, en cas de non-acceptation ou de non-paiement, s’exerceront seulement sur la coupure qui y donnera lieu.
ART. D. — Tout débiteur qui, profitant des délais accordés par le présent décret, aura, pendant ces délais, détourné, aliéné ou anéanti son actif en fraude des droits de son créancier, sera considéré, s’il est commerçant, comme coupable de banqueroute frauduleuse, et, s’il n’est pas
commercant, comme coupable d’escroquerie. Il pourra être
= 47 — poursuivi comme tel, soit par son créancier, soit par le ministère public.
° C'est à peine si l'on v fit quelque attention, quoique la Commune ait employé grand temps à élaborer celte loi. | "A côté de la sentence, l’exécuteur; à côté des échéances, les huissiers. Le délégué à la justice, Me Protot, devant l« fermeture VOLONTAIRE de quelques études d'huissiers, juge nécessaire la création d’offices nouveaux, et les candidats peuvent se présenter sans la délibération d’adnaltatur du tribunal
Travaux forcés. — MM. Lebaudy frères, exploitant une grande raffinerie de sucre à La Villette, ont suspendu leur fabrication. La Commune leur demande des explications; ils ont répondu : € Nos ouvriers sont de la garde nationale. » Cette réponse n’a pas suffi aux autorités communales : « Si vous ne faites pas travailler, ont-elles dit à MM. Lebaudy, nous trouverons un moyen de continuer les travaux sans vous. »
L'attaque de la propriété privée se réglementera sous le nom de revendication sociale. L'outil doit être à louvrier, disent certains doctrinaires; et quand l’ouvrier n’a pas su gagner cet outil, il le prend : c’est là leur logique sociale!
ARS È HONT +
Mesures arbitraires. — Arrestation de M. Polo, directeur de l’'Éclipse, par le citoyen Pilotell, ex-dessinateur. et ex-employé de M. Polo. — Mise de main sur l’encaisse.
Suppression des journaux le Soir, la Cloche, l'Opihion nationale et le Bien public (1).
Malgré la défense de la Commune, l'Opinion nationale et le Bien public paraissent.
Journée du 19 avril.
Décrets communaux. — La Commune décrète que les arrêts et jugements seront rendus au nom du peuple, et que les officiers de police et les gardes nationaux seront chargés de leur exécution.
Menus faits. — Une nouvelle perquisition a lieu chez M. Chaudev. |
Des gardes nationaux du 123€ bataillon expulsent de leur couvent les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, rue Saint-Bernard (2).
Un délégué de la Commune se présente à l'hôtel des Invalides, requiert la vaisselle plate et les couverts d'argent, et les fait transporter à l'hôtel de la Monnaie. La Commune, de cette façon, se trouve avoir
(4) Voir à la note B de curieux détails relatifs à la suppression de ces journaux.
(2) Voir à la note C la liste des prêtres arrêtés du 4er au 20 avril,
tout à coup dans sa caisse une centaine de mille francs de plus. Il ést vrai qu’en compensasion, le caissier de la mairie de Montrouge s’est sauvé avec sa caisse contenant 60,000 fr.
Les ateliers de la maison Cail lancent une nonvelle canonniére : La Voltigeuse.
Cour martiale. — Moins sévère que M veille, la’ cour martiale acquitte les prévenus qu’elle avait à juger : les citoyens Retterer (Jacques), vingt-huit ans, ingénieur civil, et Chautard, quarante-huit ans, gérant d’une société de plombiers, accusés d’avoir soustrait le timbre — non pas de l’État — mais du comité d'artillerie, ce qui avait amené du retard dans des envois de munitions, ete.
Commune. — À la séance d'aujourd'hui : discussion du rapport de la commission des élections, concluant à ne pas tenir compte du huitième des électeurs. Le citoyen Régère trouve cette loi du huitième ridicule : beaucoup de ses collègues sont sans doute de cet AVIS, puisque les conclusions du rapport sont adoptéés par 26 voix contre 13,
Ont voté pour : les citoyens Alix, Amouroux, Ant. Arnaud, Babick, Billioray, Blanchet, Champy, E. Clément, Delescluze, Demay, Dereure, Franckel, Gambon, Paschal Grousset, Jourde, Ledroit, Martelet, Malon, Melliet, Protot, Ranvier, Régère, Raoul Riganlt, Urbain, Vaillant, Varlin.
Re
Ont voté contre : les citoyens Arthur Arnould,. Avrial, Beslay, Clémence, V. Clément, Géresme, HN ee français, Miot, ER Vallès, Vus Vermorel.
Générosilés communales. — Une décision prise par le directeur de l'assistance publique dit que les hôpitaux et hospices auront, à l'avenir, une salle de lecture où les convalescents, les blessés, les vieillards, trouveront les feuilles démocratiques qui défendent la République ct propagent les institutions sociales de l'avenir,
Gette mesure a pour but d’annihiler les influences malsaines des écrivains et des livres réunis dans les
bibliothèques officielles, et destinés à dégrader les
âmes et à refouler toutes les aspirations patr iotiques.
Les rédacteurs de journaux se sont associés à cette pensée et se sont empressés de promettre l'envoi gratuit à ces salles de lecture.
Le citoyen Treillard a trouvé le moyen de chasser les miasmes des hôpitaux, en mettant des journaux comme le Cri du peuple et le Père Duchêne dans toutes les salles : Vallès et Vermesch passés à l'état de désinfectant !
Journée du 20 avril.
Guerre. — Les fédérés font prisonniers soixante-neuf tonneaux de jambon, de fromage et de lard. Leurs
affaires vont tellement bien, que Domhrowski demande un renfort de deux mille hommes.
La Commune a parlé. — Poussée à bout par ceux qui la soutiennent comme par ceux qui la combattent, la Commune se décide enfin à dire ce qu’elle veut et ce qu’elle prétend faire. Elle ne s’adresse pas à Paris seulement, comme on pouvait le croire, mais au peuple français en général, et dévoile ainsi son but : changer la révolution communale en révolution sociale. On s’en doutait bien un peu; aussi cette profession de foi (1) ne surprend-elle personne, et ne parvient-elle qu'à faire hausser les épaules aux gens sensés, qui comprennent qu'il faut d’autres hommes que ceux qui régissent la Commune pour opérer le changement gouvernemental et social qu'ils se proposent.
La Commune en séance. — Le jacobm Delescluze trouvant que l'autorité communale se noie dans les commissions, Sous-commissions, délégations, etc., etc., qu'elle a nommées, propose dé confier le pouvoir exécutif aux délégués réunis des neuf commissions, lesquels formeront la dixième : la commission exécutive. Ces délégués rendront compte à la Commune, en comilé secret, des mesures qu’ils auront arrêtées.
(1) Lire à la note D la Déclaration au peuple français.
Ron, W” :
SAIT Lette proposition est adoptée, et lon passé aux voix. Sont nommés :
MONTE: Ha uote CLUSERET, par 42 voix sur 53 votants. MARNCEST + bei cne JOURDE, — 33 — pe Subsistances ........ VIARD, — 930 — — Relations extérieures. GROUSSET, — 27 — a Enseignement. ...... VAILLANT, — 27 — — DUSLGE ssl e 0 PROTOT, — AT — — Sûreté générale...... R.RIGAULT, — 29 — — Travail et échange... FRANCKEL.
Services publics. .... ANDRIEU.
Ce ministère d’un nouveau genre ne fera pas merveille.
Trop de bombes. — Grande colère du général Cluseret, qui trouve qu'on consomme beaucoup trop de projectiles dans les forts: celui de Vanves en a consommé à lui seul seize mille ! Aussi, le délégué à la guerre prévient-il les commandants qu’il ne leur délivrera de munitions qu’en raison du nombre de coups alloués à chaque fort.
Ce nombre, quel est-il? Mystère qui ne se dévoilera jamais. |
Légion belge. — Jusqu’aux Belges qui s’en mêlent! Que ne restent-ils chez eux à absorber leur faro, plutôt que de se mêler — avec les Polonais et autres — de ce qui ne les regarde pas.
Journée du 24 avril.
Visites domiciliaires. —- Perquisitions chez M. Paul de Richemont, ex-sénateur, administrateur du chemin de fer d'Orléans, rue d'Amsterdam, 82; chez M, de Mentque, ex-sénateur, rue d'Amsterdam, 84. Envahissement, par le 208e bataillon, des bâtiments servant d'exploitation à la Compagnie parisienne du gaz, pour opérer la saisie des fonds qu'on pourrait y trouver. Le lendemain, soit honte, soit remords, la Commune — qui s'était rendue coupable de vol à main armée, crime prévu par les articles 381 et 385 du Code pénal — restitua à la Compagnie parisienne 183,000 fr.
La Commune en ballons. — Plusieurs aérostats, construits sous le gouvernement ‘du 4 septembre, étaient restés inactifs dans divers magasins. La Commune veut les utiliser soit pour le transport des dépêches, soit pour les observations militaires, et décrête la création d’une compagnie d’aérostiers civils et militaires. Ce projet, malgré sa destination, ést tombé dans l’eau. On n’a usé que de ballons libres.
La Commune dans le pélrin. — Sur la demande d’une partie de la corporation des ouvriers boulangers, le travail de nuit est supprimé,
Encore une mesure inexécutable, Mais la Gommuné décrète et ne s'inquiète pas du reste,
La Commune en séance. — Grande discussion à propos de l'Officiel. Le citoyen Rastoul demande qu’il soit envoyé gratuil à tous ceux qui ont voté. Ce serait une bien délicate attention ; mais comme elle est impraticable, on passe. Plusieurs membres demandent qu'on mette cette publication à cinq centimes.
La Commune adopte, et ce n’est que le 14 mai suivant qu'un arrêté du Comité de salut public fit exécuter la mesure prise par la Commune ce jour-ci.
Pénussion de F. Pyat, qui a saisi les nominations illégales des nouveaux membres pour s’en faire une porte de sortie; mais cette démission, considérée comme une désertion, n’est pas acceptée.
Les électeurs du 10 arrondissement lui écrivent pour le sommer de rester à son poste, et la lettre qui le décide est signée un groupe de citoyennes !
Galanterie et prudence est la devise du citoven Prat.
Adjonction aux délégués-ministres de commissions pour contrôler et surveiller leurs opérations. Cette preuve de confiance doit bien flatter la nouvelle commission exécutive.
Journée du 22 avril.
La Commune et lu médecine. — La Commune avait prié les étudiants en médecine de nommer dix délé-
gués. Les étudiants se réunissent dans l’amphithéâtre de l’école, au nombre de deux cents, sous la présidence de Paul Reclus, et le résultat de leur discussion est qu'il n’enverront pas de délégués à Ja Come mune, ne voulant pas la reconnaitre comme assemblée politique.
Cour martiale. — Condamnation aux travaux forcés à perpétuité de deux capitaines du 105€ bataillon, pour refus de marcher à l'ennemi. C’est un cas qui se présente assez souvent dans la garde nationale communale.
La Commune en séance. — Les citoyens Vermorel et Régère se prennent de querelle au sujet de F. Pyat.
Le premier l’accuse, le second le défend. Tous les deux ont néanmoins entrepris une mauvaise cause, car si Vermorel use de haime, Régèré atténue avec trop de simplicité la conduite pleine de roueries de son ami Pyat.
Journée du 23 avril.
Guerre. -— Les canons des fédérés rendent coup pour coup aux canons des Versaillais, et rien-n’est changé dans la situation militaire des deux armées. — Tous les jours on se tue du monde des deux côtés.
La Commune en séance. —- La première question
LAPRRT. PTT
“débattue, est la destitution du sieur Pilotell comme
“directeur des Beaux-Arts et commissaire de po-
lice. Le citoyen Arthur Arnoulid demande que cette destitution soit publiée à Officiel (1), « car il
ne faut pas, dit-il, qu'on nous accuse d’être des vo-
Heurs. » La seconde question discutée est que chaque
membre de la Commune pourra visiter les prisons et tous les établissements publics et militaires. Comme on le voit, les hommes qui ont l’orgueil de croire tenir dans leurs mains les destinées de Paris et de la
France ne peuvent pas mieux gaspiller leur temps.
Journée du 24 avril.
Bulletin militaire. — « Un bataillon de ligne met
bas les armes à Asnières, pour venir rejoindre Îles
fédérés; mais avant qu'ils n'aient pu tomber dans ‘les bras les uns des autres, six cents gendarmes se
sont interposés. Aux forts du sud, un escadron de
chasseurs s’est présenté pour se rendre; mais les fé-
.dérés, ne comprenant pas leur intention, tirent; les chasseurs se sauvent, étonnés de cette réception moins
que fraternelle. »
Ce sont ces bourdes que l’on raconte aux défen-
seurs de Paris qui les croient.
Le général La Cécilia visite la ligne de bastions de
(t) Voir à la note E.
la Muette au Point-du-Jour, et revient enchanté de
son inspection.
Décret communal. — Décidément, Me Protot veut
pa
entièrement réformer la basoche, et la Commune den
Paris décrète :
ART. 1er, — Les huissiers, notaires,-commissaires-pri-
seurs et greffiers de tribunaux quelconques, qui seront»
nommés à Paris à parür de ce jour, recevront un tratement fixe. Ils pourront être dispensés de fournir un cautionnement.
ART. 2. — Ils verseront tous les mois, entre les mains du délégué aux finances, les sommes par eux perçues pour les actes de leur compétence.
ART. 3. — Le délégué à la justice est chargé de l’exécu-"
tion du présent décret.
Les mystères de Saint-Laurent. — Les faits mys-
térieux sont révélés au public par un article du Cri
du Peuple :
On apprenait que des faits étranges se passaient dans l'église Saint-Laurent. Un officier d'état-major reçut Ja mission de s’y rendre et de les vérifier exactement.
À son entrée dans l’église, il vit différents souterrains ouverts, et grand fut son étonnement quand il apercut un. espace de plus de vingt mètres cubes remplis d’ossements humains. |
Plus loin, quelques squelettes, remontant à une date plus récente, furent trouvés; après une minutieuse per-
qhisition, on remarqua que ces squelettes appartenaient au
rer “4 Lo 1e Vi FE
ARS sexe féminin. Un d'eux surtout avait encore une chéveluré abondante d’un blond cendré.
On se souvient qu’il y a environ dix années, une histoire de séquestration de personnes pesa sur le curé de Saint- Laurent; un homme oublié et endormi dans l’église avait été réveillé par des gémissements. |
L'affaire, rapportée dans la presse, souleva l’indignation sénérale; des rumeurs circulèrent, mais le parti clérical, aidé par les écrivains du trône et de l’autel, soudoya des médecins, qui firent passer le spectateur de cette scène . pour un halluciné.
-Il y a là un mystère qu’il faudra éclaircir, une série de crimes qu'il faudra dévoiler pour l'édification des timorés et la confusion des hypocrites et des gens de mauvaise foi, qui bliment la mesure relative à la fermeture des églises.
… Le drapeau rouge & la Bourse, -— Ce monument, élevé dans un des arrondissements les plus réactionnaires, c’est-à-dire des plus hostiles à a Commune, "avait jusqu'à ce jour été préservé de l’ornement — torchon radieux (Victor Hugo) — adopté par ce gouvernement; puis la Commune prit possession de la mairie et procéda au désarmement des bataillons de cet arrondissement qui n'avaient pas encore voulu lui donner leur adhésion. k
* Alsace et Lorraine. — Pour ne pas qu'on en -ionore, le délégué à la guerre fait publier l'avis sui- -vant :
Les Alsaciens et Lorrains actuellement dans Paris ne pourront être contramts au service de la garde nationale. Ils auront à produire la preuve de leur origine.
Le délégué à la guerre espère que le bon sens populaire le dispensera d'entrer dans de plus amples détails sur les motifs de cette mesure. R
Le bon sens populaire sait qu’Alsaciens et Lorrains ne sont malheureusement plus Français, et combien de Français voudraient être pour quelques jours Alsaciens et Lorrains!
Cette note fut imposée par les Prussiens.
Bon gré mal gré. — Sommation est faite par des gardes nationaux armés aux commis en nouveautés de la maison des Trois-Quarliers de quitter Paune pour prendre le chassepot.
Pareille expédition aurait eu lieu aux cercles le Jockey et l'Union.
La Commune en séance. — Le citoven Rigault, fort
peu content du vote d'hier qui permet aux membres .
de la Commune de visiter les prisons, donne sa démission de délégué à la sûreté générale.
Grande discussion au sujet du secret auquel on soumet Îles prisonmiers. Les uns l’approuvent; les autres le désapprouvent comme une chose immorale. Mais le secret est conservé, et le citoyen Cournet est élu par %5 voix sur 99, en remplacement du citoyen
MA us | Rigault, conservé cependant comme membre de fa commission de sûreté générale.
Cour martiule. —- Elle avait échappé aux contrôles et sous-contrôles de la Commune, dont le système de défiance fait prévoir la discorde prochaine; mais on répare le temps perdu, et la Commune nomme une commission de révision composée des citoyens Glément, Dereure, Longuet, Meillet et Vallès, chargée de statuer sur les jugements prononcés par Ja cour martiale.
Journée du 25 avril.
Suspension d'armes. -— Une suspension d'armes pour que le village de Neuilly puisse être évacué est corsentie entre Paris et Versailles, pour aujourd’hui, de neuf heures du malin à cinq heures du soir. C'est le seul délai qu'on ait pu obtenir des belligérants (1).
La Commune réquisitionne tous les appartements vacants pour les mettre à la disposition des habitants des quartiers bombardés.
Les Champs-Élysées et l'avenue de la Grande-Armée sont encombrés de voitures chargées de meubles, de charriots trainant des sœurs de charité et
(+) Voir à la note F' les conditions de Ja suspension d'armes.
(EER
«AIG ES
des petites filles avec leurs couchettes, de ComanIs- à sionnaires avec des malles, de femmes avec un pa- |
quet d'effets à la main (4).
Entre eux. — Deux membres de la Commune, MM. Vermorel et Félix Pvat, s'invectivent de la belle
facon, l’un dans le Cre du Peuple, et l'autre dans le *
Vengeur.
Et comme toujours, la galerie s'amuse des champions.
Les Prussiens se füchent. — Au bruit qui s'était
répandu de lévacuation des forts du nord et de l’est par l’armée allemande après le paiement d’un demimilliard, le commandant du château de Vincennes fait armer les remparts de cette forteresse. Mais les Prussiens sont là et invitent la Commune à observer strictement la convention du 28 janvier.
La Commune obéit.
Législation. — Protot. — Me Protot, toujours pressé par le démon de la réforme, fait une loi basée sur trois principes :
Le jugement par les pairs ;
L'élection des magistrats ;
La liberté de la défense (2).
(1) Voir à la note G le récit d’une visite à Neuilly. (2) Voir à la note ZI le décret ir extenso.
Le ST 2 - D'après celte loi, le président ne résume pas les débats, ce qui d'habitude lui donne un faux air de ministère public, et les citations de témoins seront Sans frais pour les accusés.
Cour martiale. — La commission de révision casse le Jugement rendu par cette cour le 29, contre des officiers du 109€ bataillon, ce qui amène la démission du président Rossel et la disparition de ce
Wribunal, qu'on avait redouté beaucoup plus qu'il ne
le méritait.
La Commune et le Mont-de-Piété. -— La Commune s’est imaginée de retirer gratuitement pour les dépo- Sanis tous les objets mobiliers, d’habillement et de
travail engagés jusqu’à la somme de 50 fr. Ce projet
n'ayant pas été envisagé au point de vue de la pratique et de la raison, la discussion est renvoyée après plus ample examen.
Clémence de lu Commune.-— La Commune, en raison des antécédents de pure démocratie du condamné, commue la peine capitale prononcte contre le citoyen Girot, par la cour martiale, en dix ans de prison. |
Cela lui aura, comme à tant d’autres, servi d’être ‘démocrate.