‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 37 sur 124 · SS · texte numérisé non relu

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Journée du 26 avril.

Dire et faire sont deux. — La déclaration de la Commune au peuple francais dit : « Les droits mhé- « rents à la Commune sont : la garantie absolue de « la liberté individuelle, de la liberté de conscience «et de la liberté du travail, » et la mairie du 17€ arrondissement fait afficher un arrêté signé par quatre

des signataires de la déclaration, dans lequel il est dé-.

claré que « tous les citoyens âgés de dix-neuf à qua- « rante ans qui ne se seront pas présentés dans les « quarante-huit heures seront considérés comme « réfractaires, recherchés et livrés à la cour mar- « tiale. »

Où est la liberté individuelle ?

La Commune et la franc-maçonnerie. — Qui à poussé la franc-maçonnerie à se mêler au conflit élevé

entre Paris et Versailles? Qui lui a suggéré l'idée de ‘ se poser en médiatrice entre les deux camps? Sans doute, les insinuations de quelques membres de las Commune, franes-maçons eux-mêmes, qui, par leur active propagande, ont réussi à se faire des partisans

parmi les adeptes des loges de Paris, dans l’espom

que cet exemple serait suivi par la franc-maçonnerie entière. Le plan était certainement habile; mais las 2

Û ommune n'en a pas retiré le résultat qu'elle en:

SA Ce RUE "espérait, et l'intervention des franes-macons dans ses affares ne leur à fait faire ni un pas en avant, ni un pas en arriére.

À quatre heures, une députation franc-maçonnique se présente à l'Hôtel-de-Ville. Elle vient déclarer aux membres de la Commune qu'ayant épuisé, auprés de Versailles, tous les moyens de conciliation, la franc-maçonnerie avait résolu de planter ses bannières sur les remparts de Paris, et que si une seule balle les touchait, les K.:. M.'. marcheraient d’un même élan contre l’ennemi commun.

C'était certes beaucoup s’avancer, et une pareille déclaration, que nous ne voulons pas supposer avoir été consentie d'avance entre les francs-macons et les communaux, devait produire sur ceux-ci et sur Paris un grand eftet.

Le citoyen Jules Vallés, membre de la Commune, dans un élan d'enthousiasme, donne son écharpe au F.:. Térifocq, lorateur de la députation, qui lui assure que cet emblème restera dans les archives de la franc-maçonnerie.

Après s'être congratulés mutuellement, les francsmaçons et les communaux se quittèrent enchantés les uns des autres, et croyant fermement que leur entente va faire cesser la guerre civile.

Arbilraire. — Le général de Martimprey, gouverneur des Invalides, presque impotent, est arrêté,

Journée du 27 avril.

Hospitalité communale, -— Sans doute pour com-

penser le scandaleux envahissement de la légation belge, dont les coupables n’ont jamais été punis ni mème recherchés, le citoyen Paschal Grousset, délégué aux relations extérieures, ce qui, dans le moment actuel, est un titre pour rire, rappelle dans une note à lOfficiel que :

Les personnes et les biens des citoyens étrangers sont sous la garantie du droit des neutres et de l'hospitalité proverbiale de la France.

En conséquence, aucuns objets mobiliers, voitures, chevaux, etc., aucun appartement inscrit au nom d’un citoyen étranger, jouissant des immunités attachées au titre sacré d'hôte de la République, ne peuvent et ne doivent étre sujets à réquisition.

Nominations. — Raoul Rigault est nommé procureur de la Commune. |

Le citoyen Voneken (Adolphe), avocat près la cour d'appel de Paris, est nommé président chargé des référés, des conciliations en matière de séparations de corps et des légalisations de signatures.

apports militaires. —W'après V'Officiel :

Issv. -— Feu violent.

Clamart. — Pas de pertes.

AO Montrouge. -— Peu de dégâts.

Neuilly. — Prise d’une barricade.

Porte Maillot. — Un blessé.

Asnières. — Feu violent; bonne contenance.

Clichy. — Le bastion 42 démonte une batterie ennenne.

Assassinat d'un réfractaire. — Un ouvrier peintre

en bâtiments, rue de Rennes, 141, est fusillé par quatre gardes nationaux qui venaient le forcer à, marcher.

Par contre, l'Offictel raconte :

Ce matin, à la Belle-Épine, quarante hommes du 185° ba-

taillon ont été menacés d’être enveloppés par deux compagnies de cavaliers versaillais. La plus grande partie des fé-

dérés a pu se replier ; quatre gardes seulement, plus avancés

que les autres, n’ont pu suivre le mouvement. Se voyant cernés, ils ont, sur l’injonction de l'officier commandant une des compagnies, mis bas les armes, et aussitôt, sur un signe de l'officier, ils ont été fusillés. L'un d’eux a pu, mourant, regagner les lignes.

La Commune et les religieux. — On a pu voir de quelle façon la Commune traitait tout ce qui avait un caractère religieux, catholique, ce qui ne l'empêche pas de publier cette note impudente et fausse :

Les frères et les sœurs des écoles chrétiennes ont aban:= donné leur poste.

Nous espérons que cette lacune sera bientôt comblée, et …

que chacun reconnuitra que jamais occasion plus solennelle ”

ne nous à élé offerte d’inaugurer définitivement l’instruction laïque, gratuite et obligatoire.

L'ignorance et l’injustice font place désormais à la lumière et au droit. |

Vive la Commune ! Vive la République !

Les maires suburbains. — Les maires des localités environnant Paris sont venus faire une démarche en faveur d’une conciliation quelconque, car ils savent bien, ces braves campagnards, que ce sont leurs localités qui supporteront le plus fort de la lutte.

Résultat nul.

Le général Bréa devant lu Commune. — Le citoyen Léo Meillet propose le décret suivant :

La Commune de Paris,

Considérant que l’église Bréa, située à Paris, 76, avenue d'Ital.e (13° arrondissement), est une insulte permanente

aux vaiucus de Juin et aux hommes qui sont tombés pour.

la cause du peuple, Décrète :

ART. 47. — L'église Bréa sera démolie.

ART. 2. — L'emplacement de l’église s’appellera place de Juin.

ART 3. <a municipalité du 43 arrondissement est chargée de l'exécution du présent décret.

PTE

TO ee

Le citoyen Vésinier, croyant juste de s'occuper de la victime en même temps que du bourreau, présente l'amendement suivant :

La Commune déclare, en outre, qu’elle amnistie le citoyen Nourri, détenu depuis vingt-deux ans à Cayenne, à la suite de l'exécution du TRAITRE Bréa. La Commune le fera mettre en liberté LE PLUS TOT POSSIBLE.

Le projet de décret, combattu par Arthur Arnould et 1.-B. Clément, mais appuyé par le citoyen Johanrard, mis aux Voix, est adopté.

La Commune, consultée également sur l’amendement de Vésinier, décide sa prise en considération.

(Extrait de l'Officiel du 28 avril 1871.)

Get hommage, publiquement et solennellement rendu à l'assassinat, souleva de tcutes parts un mouvement de profond dégoût.

Nourri, l'assassin, transfiguré en sainte victime!

Le général Bréa, représenté sous les traits d’un bourreau !

Ces décrets, m'élait-ce pas comme la légitimation d'assassinats plus récents, les généraux Lecomie et Clément Thomas ?

Mais ee qu’il y eut de pénible pour cette Commune qui glorifiait l'assassin et condamnait la victime, c’est

"AE que la mère de Nourri vint à l’Hôtel-de-Ville réclamer son fils : on [ui donna une pension.

Journée du 28 avril.

Deux millions, S. V. P.?— Le plus joli coup de filet qu'ait opéré la Commune, c’est sa réclamation, auprès des cinq grandes compagnies de chemins de fer, des impôts arriérés dus à l’État par ces compagnies.

‘Cette somme était répartie de la manière suivante :

La compagnie du Nord...... 303,000 fr.

La compagnie de l’'Ouest.... 275,000 La compagnie de l’'Est...... 354,000 La compagnie de Lyon...... 692,000 La compagnie d'Orléans .... 376,000

Total. ...... 2,000,000

Et encore, la Conimune leur a-t-elle fait une bonification en raison des pertes qu’elles ont subies pens dant la’guerre avec l'Allemagne.

On n’est pas plus raisonnable!

Deux jours après la promulgation de cet arrêté, la compagnie du Nord apportait, à la Commune les 303,000 fr. pour sa quote-part. |

Comme on a dù se frotter les mains à l'Hôtel-des Ville!

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